« Compte tenu de la tendance de sortie de crise que nous connaissons, beaucoup plus lente que par le passé, nous ne jouons pas le cycle » commence par annoncer Catherine Garrigues. « Nous n’attendons pas grand-chose en « total return » sur le marché ».
Depuis 2011, les sociétés européennes n’ont généré quasiment aucune progression des bénéfices. Chaque année le consensus table sur une augmentation de 10% à 15% et nous terminons décembre avec une quasi stagnation.
« Si l’on considère le Stoxx 600, la part des entreprises qui ont un taux de croissance du chiffre d’affaires au dessus de 10% est passée de 35% dans les années 1990 à 15% aujourd’hui. La situation est un peu moins négative s’agissant des bénéfices à proprement parler grâce à des facteurs techniques que sont les opérations de restructuration et d’optimisation fiscale, la diminution des investissements et les frais financiers » constate Catherine Garrigues.

Pour 2015, le consensus table désormais sur un accroissement des profits de 13%. Il est vrai que les sociétés européennes ont deux avantages non négligeables que sont la baisse du prix du pétrole et la dépréciation de l’euro. Toutefois même si l’estimation peut paraitre prudente en raison des révisions négatives des quatre années précédentes, elle peut s’avérer de nouveau exagérée. « Il est un fait établi, unanimement partagé, que la croissance économique est destinée à demeurer molle durablement. En outre, certains secteurs phares connaissent des problèmes spécifiques et ont vocation à délivrer si ce n’est des résultats négatifs, tout du moins des résultats très minces. C’est singulièrement le cas du secteur pétrolier qui représente 10% de l’indice » note la responsable de la gestion actions Europe d’Allianz GI.

Cap sur le secteur des télécoms

Parmi les thématiques fortement plébiscités par Catherine Garrigue se trouve celle des entreprises qui ont fait le choix d’investir davantage. L’idée étant que les investissements d’aujourd’hui constituent les résultats de demain et les dividendes d’après demain.
En cela un cap a été mis sur les sociétés de télécoms. « Pendant longtemps nous avons assisté à une déflation des prix en raison d’une forte régulation. Des carcans considérables ont été mis en place en faveur du consommateur si bien que les entreprises n’investissaient pas ou investissaient peu car elles avaient le sentiment de ne pas pouvoir avoir une rentabilité suffisante des capitaux déployés. Depuis quelques mois, un changement de comportement a été perçu chez les régulateurs qui veulent désormais que les opérateurs télécoms génèrent des bénéfices appropriés. Des investissements ont alors été décidés dans la fibre optique, et dans la 4G. Une politique de l’offre est train d’émerger, attirant davantage de consommateurs. Plus de services sont en mesure d’être proposés à des coûts plus onéreux. Cet investissement devrait permettre une amplification des revenus et une expansion des bénéfices. Nous avons décidé pour notre part de revenir sur le secteur des télécoms il y a 18 mois en raison de cette inflexion au niveau de l’investissement. Nous avons vraisemblablement eu raison compte tenu de la performance affichée depuis le début de l’année » développe Catherine Garrigues.

Au-delà des entreprises s’inscrivant dans un nouveau trend sur le plan de l’investissement, la responsable d’Allianz GI privilégie également les valeurs à dividende soutenable ainsi que les valeurs de croissance. « Depuis la mi 2012, en raison de la considérable baisse des taux, de nombreuses sociétés versent un rendement sur leur dividende historiquement plus élevé que le rendement sur leur crédit. Une société que nous aimons beaucoup est la société SES. Celle-ci offre un rendement de 4%. Le dividende est en variation de +10% tous les ans ».
Pour ce qui est des valeurs de croissance, celles-ci ont été mises entre parenthèse depuis 18 mois, notamment à cause de l’effet devise défavorable qu’elles ont subi consécutivement à la chute de certaines monnaies émergentes. Cela a rogné de manière conséquente la hausse de leurs résultats. « Aujourd’hui nous avons l’impression que du fait de la déception sur l’évolution de la conjoncture économique, les investisseurs reviennent sur ces valeurs qui présentent plus de qualité et de visibilité » avance Catherine Garrigues.

Les small et mid caps européennes

Depuis quelques mois, même dans le rebond actuel du marché, les small et mid caps n’enregistrent pas un bon parcours. Deux facteurs peuvent l’expliquer. En premier lieur le manque de liquidité. Certains investisseurs craindraient de ne pas pouvoir sortir à temps de ces titres voyant les difficultés grandissantes à se retirer massivement sur les large caps. « Aujourd’hui pour sortir un montant de 20 millions d’euros sur une valeur comme L’Oréal, plusieurs jours sont nécessaires. Il y a quelques années seules plusieurs heures étaient requises » note Catherine Garrigues.
Une autre considération qui pourrait justifier le moindre engouement pour les small et mid caps est liée aux mauvais chiffres publiés sur l’inflation. « La probabilité d’entrée en déflation n’est pas nulle ».
Ceci étant Catherine Garrigue n’exclut pas la possibilité qu’une prime de risque se constitue sur le compartiment des petites et moyennes valeurs qui sont pour l’heure valorisées normalement. Si tel était le cas, des points d’entrée intéressants pourraient se matérialiser.

Les sociétés européennes exposées à la consommation dans les pays émergents


« Nous sommes d’avis que la consommation dans les pays émergents reste encore une thématique structurelle majeure de croissance des résultats des sociétés européennes. Cela semble également être l’avis du marché si l’on en croit ce qui se passe avec le cours de l’action Unilever, une des sociétés la plus mondialisée au monde, qui réalise 60% de son chiffre d’affaires en dehors de l’Europe et des Etats-Unis ». 100% de la croissance des résultats d’Unilever émane de la consommation dans les pays émergents. Récemment, la société a fait état d’un repli significatif de ses revenus provenant de Chine de plus de 20%. A cela sans doute plusieurs raisons relatives à la modernisation du secteur de la distribution au sein de la deuxième puissance mondiale, qui a conduit à un recul des stocks ; à la lutte contre la corruption qui a marqué un coup d’arrêt à la commercialisation de certains produits ; ou encore au fléchissement des prix de l’immobilier qui a mis a mal le moral des ménages chinois. Cependant le ratio cours sur bénéfices futurs d’Unilever reste élevé. Ainsi les investisseurs anticiperaient le fait que l’essoufflement manifesté devrait être temporaire.