Comme annoncé par la presse anglo-saxonne hier, la Commission européenne a lancé mercredi une procédure en bonne et due forme contre Google qu’elle accuse d’abus de position dominante et de violation des règles européennes de la concurrence. « Je crains que l’entreprise n’ait injustement avantagé son propre service de comparaison de prix, en violation des règles de l’UE en matière d’ententes et d’abus de position dominante», a déclaré la commissaire européenne chargée de la Concurrence, Margrete Vestager, après une enquête de près de cinq ans de ses services.

Dans une « communication de griefs » adressée au géant de Mountain View, la Commission pointe la mise en avant par Google de ses propres comparateurs de prix lors de recherches internet, au détriment de services européens comme Kelkoo ou Expedia. Des soupçons pèsent également sur le système d’exploitation Android développé par Google et qui équipe plus de 70% des téléphones portables en Europe. Google a-t-il «obligé ou incité les fabricants de téléphones intelligents et de tablettes à préinstaller exclusivement les applications ou services de Google? A-t-il empêché les fabricants qui souhaitent installer des applications et des services de Google sur certains de leurs appareils Android de développer et de commercialiser des versions modifiées et potentiellement concurrentes d’Android sur d’autres appareils?» Autant de questions explicitement posées par la Commission, qui se laisse environ un an pour y répondre. Si ses soupçons se confirmaient Google risquerait une amende équivalent à 10% de son chiffre d’affaires mondial soit environ 6,6 milliards de dollars.

Mais le groupe américain a bien l’intention de se défendre. Il s’est dit mercredi «impatient de discuter avec la Commission européenne au cours des prochains mois». En réalité les discussions durent depuis des années mais elles n’ont débouché sur aucun compromis satisfaisant du point de vue européen. Fin novembre le Parlement européen a adopté à une très large majorité une résolution appelant au démantèlement de Google, c’est-à-dire à la séparation du moteur de recherche et de ses services commerciaux. Une proposition assez peu appréciée outre-Atlantique et qui a entraîné une réponse cinglante de Barack Obama. Mi-février le président américain a clairement accusé l’Europe de protectionnisme vis-à-vis des géants du net (Google, Apple, Facebook, Amazon). « Leurs entreprises – les fournisseurs de services qui, vous savez, ne peuvent pas rivaliser avec les nôtres – essaient essentiellement d’empêcher nos entreprises de fonctionner efficacement », a-t-il dit lors d’une interview télévisée. Cependant la Commission européenne peut compter sur le soutien de certains groupes américains, notamment Microsoft qui dénonce depuis des années les pratiques de Google à l’égard de son propre moteur de recherche, Bing. L’enjeu de l’enquête qui s’ouvre aujourd’hui dépasse ainsi largement le cadre européen.