« Big Data » (grosses données). L’expression apparue en 2011 désigne les volumes de plus en plus importants d’informations collectées et stockées par les systèmes informatiques. Chaque jour, 2,5 trillions d’octets de données sont ainsi générées, d'après IBM. Elles proviennent de très nombreuses sources : capteurs climatiques, messages ou vidéos laissés sur les réseaux sociaux, enregistrements transactionnels d'achats en ligne, signaux GPS de téléphones mobiles, etc. « L’exploitation de ces données, qui jusqu’ici ne pouvaient pas être stockées, confère aux entreprises le pouvoir d’améliorer la connaissance de leur marché, rendre plus efficace leur processus organisationnel et dégager de solides sources de revenus », pose Jacques-Aurélien Marcireau, gérant du tout nouveau « Global Data Fund » d’Edmond de Rothschild Asset Management.

De fait, bon nombre d’industries déploient des efforts importants pour accumuler le maximum de données sur le comportement de leurs clients et calculer au mieux les risques, ou encore identifier les opportunités de nouveaux marchés à conquérir. En France Axa a inauguré l’année dernière un « data innovation lab » afin de tirer parti des données collectées auprès de ses clients et proposer de nouveaux services. L’assureur envisage ainsi une nouvelle tarification de ses contrats d’assurance auto en fonction du comportement au volant de ses assurés. Une expérimentation est en cours auprès de clients volontaires dont la voiture a été équipée d’un boitier enregistrant les données de conduite.

Aux Etats-Unis le fabricant de tracteurs Dear est capable d’anticiper certaines pannes sur ses tracteurs connectés, sans parler de la voiture sans chauffeur développée par Google qui circule déjà sur les routes de certains Etats. « Les développement concrets sont applicables aux entreprises, aux administrations mais aussi à des villes entières », souligne Jacques-Aurélien Marcireau. A Philadelphie, des capteurs placés sur les poubelles ont ainsi permis de diviser par trois le temps des tournées de ramassage. Dans le secteur de la santé enfin, le big data est déjà utilisé pour suivre en temps réel des patients diabétiques et devrait permettre, à terme, l’émergence d’une médecine personnalisée.

Google et les autres

Cette révolution qui touche tous les pans de l’économie est susceptible de créer beaucoup de valeur. « Aujourd’hui, seules 0,5% des données générées dans le monde sont analysées», indique Jacques-Aurélien Marcireau. Selon le cabinet IDC le marché du Big Data devrait atteindre 125 milliards de dollars en 2015 et continuera à croître très rapidement au cours des prochaines années. C’est pourquoi Edmond de Rothschild Asset Management a décidé d'y consacrer un fonds, le premier du genre en France. Ce fonds, qui sera commercialisé dans les prochains jours, « sera constitué à parts égales d’acteurs technologiques directement liés au Big Data (collecte, stockage et analyse de données) et de sociétés traditionnelles ayant déjà transposé l’utilisation du Big Data dans leur activité principale afin d’en tirer un avantage compétitif », précise le gérant.

Parmi les principaux investissements à ce jour figure Google, le groupe au cœur de l’exploitation des données internet et mobiles (via son logiciel Android) et qui développe les projets les plus ambitieux dans ce domaine (voiture autonome, recherche médicale). « La valorisation du groupe nous semble raisonnable compte tenu du cash au bilan et du potentiel de revenus énorme à moyen-long terme », analyse le gérant. Criteo, spécialiste français du reciblage publicitaire sur internet figure également en bonne place dans le portefeuille. « Le groupe dispose d’un capital confiance auprès de ses clients, les annonceurs, qui lui ouvrent l’accès à leurs données, et lui permettent d’améliorer en permanence son algorithme ». Le fonds a également investi dans Interxion, spécialiste européen des infrastructures nécessaires au stockage de données (data centers), ainsi que dans Sensata, un fabricant américain de capteurs connectés pour l’industrie automobile. Du côté des sociétés qui utilisent les technologies Big Data pour améliorer leur activité, les préférences du gérant vont à Axa (cf supra), Illumina (société américaine spécialisée dans le séquençage du génome) et Qiagen (diagnostics). A terme le fonds comportera quarante lignes, toutes capitalisations confondues, dont 50% de valeurs technologiques. Il évitera les paris trop risqués et se concentrera sur des leaders déjà établis.