« Nous ne sommes pas du tout tentés de jouer le moindre rebond sur le secteur des matières premières et sur le secteur pétrolier même si le marché le fait » soutient Catherine Garrigues. Ces deux secteurs ont engrangé énormément de bénéfices sous l’impulsion du super cycle des marchés émergents notamment du marché chinois depuis le début des années 2000. Néanmoins, avec le ralentissement de ces économies émergentes, les profits dans ces secteurs ont considérablement diminué.
Le ratio prix sur valeur d’actifs de ces secteurs a, de ce fait, considérablement fléchi. Pour avoir une juste appréciation de ce ratio, une vision claire de ce que représente cette valeur d’actifs s’impose. Or, énormément de goodwills ont été passés par les grands acteurs de ces secteurs comme Glencore, BHP, AngloAmerican, Rio Tinto et ceci n’est vraisemblablement pas terminé. « Il suffit que ces sociétés ferment des mines pour que le ratio prix sur valeur d’actifs ne soit plus le même » relève alors Catherine Garrigues. Le secteur pétrolier, est en outre confronté à une réduction substantielle des capex qui est de nature à se poursuivre malgré la stabilisation d’un prix du baril à 50 dollars.
En conséquence, « nous considérons qu’il est très difficile de se prononcer sur la valorisation actuelle de ces deux secteurs ».

Une réserve est également affichée par Catherine Garrigues à l’égard du secteur automobile. « Nous admettons que les cycles de l'automobile n’ont historiquement jamais dépassé les six ans. Nous sommes entrés dans la septième année du cycle. De plus, il y a de fortes surcapacités observés à divers endroits, et singulièrement en Chine. Certains marchés sont très déprimés comme le marché brésilien ou le marché russe. Des réflexions foisonnent sur le potentiel du marché de l’automobile. Les constructeurs auto sont entrés dans une phase de destruction en raison de l’essor de la technologie qui va être difficile à gérer. Enfin depuis l’affaire Volkswagen, le régulateur est devenu plus vigilant et plus exigeant sur les normes à respecter. Ceci suppose des investissements plus lourds » développe la responsable d’Allianz GI.

Le durcissement de la régulation, l’atonie de la croissance, la faiblesse des taux d’intérêt sont autant d’handicaps auxquels doivent faire face les valeurs bancaires, estime Catherine Garrigues. La concurrence se veut de plus en plus vive, notoirement avec les fintechs. « Il semble que les banques soient devenues des sortes de utilities contraintes à gérer leur activité avec les plus faibles coûts possibles. En particulier, la croissance du crédit ne devrait aucunement pouvoir compenser le repli des marges dû à la faiblesse des taux d’intérêt nominaux.».
Pour cette dernière en admettant que le cout du capital demeure là où il est, à 7-8, le return on equity peut péniblement s’établir à 9/10. La valorisation peut alors aller de 0,6 à 0,9 fois la book value mais « il n’y a pas de raison de payer beaucoup plus que ça». 

La réticence montrée à l’égard des banques, des pétrolières et des constructeurs automobiles est contrebalancée par un relatif engouement pour les valeurs technologiques, les valeurs du luxe et les télécoms.

« Il y a un vrai cycle de l’investissement dans l’informatique » note Catherine Garrigues. Figurent actuellement au regard de cette thématique, dans l’allocation d’actifs, les sociétés Bechtle, Alten, Capgemini, Infineon. Une position a également été constituée sur Nokia après sa fusion avec Alcatel. Dans les paiements en ligne, une exposition à Worldline a été mentionnée.

Si les ventes de produits de luxe sur les douze derniers mois sont en perte de vitesse, la responsable d’Allianz GI pense que le secteur connait juste une pause après des années de forte expansion. « Le derating des valeurs de ce secteur a été tellement violent que nous admettons qu’il y a matière à s’interroger sur un repositionnement dès aujourd’hui ».

Enfin, Catherine Garrigues demeure positive sur le secteur des télécoms même si avec une moindre frénésie, du fait de la remarquable performance réalisée depuis 2013. « Le secteur jouit d’un levier opérationnel fort. Nous avons pu voir cette semaine les premières hausses de prix des forfaits fibre optique. Il semble qu’il y ait à un nouveau un pricing power possible sur ce segment d’activité pourvu que les investissements requis aient été effectués. Le dividende versé par les opérateurs ainsi que les mouvement de consolidation renforcent par ailleurs l’attractivité du secteur ».