Au terme d'une enquête de sept ans, la Commission européenne a infligé mardi une amende record au géant du web, Google. La gardienne de la concurrence dans l'UE accuse l'américain d'avoir abusé de sa position dominante dans la recherche en ligne pour favoriser son comparateur de prix "Google Shopping". L'amende qui s'élève à 2,42 milliards d'euros "tient compte de la durée et de la gravité de l'infraction". Elle a été calculée sur la base de la valeur des recettes que Google réalise grâce à son service de comparaison de prix dans 13 pays européens, a précisé l'exécutif européen.

"Ce que Google a fait est illégal au regard des règles de concurrence de l'UE. Elle a empêché les autres sociétés de livrer concurrence sur la base de leurs mérites et d'innover. Et surtout, elle a empêché les consommateurs européens de bénéficier d'un réel choix de services et de tirer pleinement profit de l'innovation", a commenté la commissaire européenne à la concurrence Margrethe Vestager.

Dans un communiqué Google s'est dit "en désaccord" avec cette décision et a annoncé qu'il envisageait de faire appel. Mais il semble isolé dans ce combat. Juste avant l'annonce de cette sanction, sept compagnies américaines, dont Oracle, Yelp et News Corp, avaient adressé lundi à Mme Vestager une lettre dans laquelle ils lui exprimaient leur soutien et où ils s'attendaient à ce qu'elle soit accusée par Google et ses alliés de "protectionnisme européen". Quant à la Maison-Blanche, elle n'a pas réagi contrairement à ce qu'il s'était passé l'année dernière lorsque la Commission avait sanctionné Apple pour des avantages fiscaux indus. Il faut dire que les relations entre Donald Trump et la Silicon Valley sont loin d'être aussi bonnes que celles de son prédécesseur. Les géants du web ne décolèrent pas contre le décrets anti-immigration du nouveau président qui en retour n'hésite pas à pointer du doigt ces grands groupes pour leur politique d'optimisation fiscale.

D'autres enquêtes en cours

L'enquête sur Google remonte à 2010, après des plaintes déposées auprès de Bruxelles par des rivaux de Google, comme l'américain TripAdvisor ou le comparateur de prix français Twenga. La Commission européenne avait finalement adressé en avril 2015 une "communication des griefs" à Google, l'équivalent d'un acte d'accusation dans le jargon bruxellois, qu'elle avait renforcé un peu plus d'an après (en juillet 2016).

Google s'est à chaque fois défendu en affirmant que Google Shopping était surtout un service d'annonces publicitaires, et que par ailleurs les consommateurs, quand ils voulaient faire des achats, passaient surtout par le service de vente en ligne de l'américain Amazon, qui représente, selon Google, la moitié des recherches d'achat sur le marché européen.

Mais selon la Commission, Google s'est bel et bien appuyé sur l'hégémonie de son moteur de recherche, par lequel passent plus de 90% de la "recherche générale sur internet" en Europe, pour favoriser son comparateur de prix au détriment de ceux de ses concurrents. "La société a accordé une position de premier plan dans ses résultats de recherche uniquement à son propre service de comparaison de prix, tout en rétrogradant les services de ses rivaux. Elle a étouffé la concurrence fondée sur les mérites sur les marchés de la comparaison de prix", écrit-elle.

La Commission demande d'ailleurs au groupe de Mountain View de mettre fin à ces pratiques jugées anti-concurrentielles dans les 90 jours, sous peine d'astreintes pouvant atteindre 5% du chiffre d'affaires moyen réalisé quotidiennement au niveau mondial par Alphabet, la société mère de Google. Elle poursuit par ailleurs deux autres enquêtes pour abus de position dominante sur le géant américain : la première sur sa plate-forme publicitaire AdSense, la seconde sur son système d'exploitation Android.

L'action Alphabet est attendue en baisse mardi à l'ouverture des marchés américains mais elle devrait néanmoins reprendre assez rapidement le dessus, les investisseurs tenant compte de la possibilité pour le groupe de faire appel et de retarder l'application de la sanction.