Quatre pays contre quatre géants du web. Les ministres de l'économie des principales économies de la zone euro (Allemagne, France, Italie, Espagne) ont décidé de passer à l'offensive contre les pratiques d'optimisation fiscale des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). “Nous n‘accepterons plus que ces sociétés fassent des affaires en Europe tout en payant des impôts minimes à nos trésors publics”, écrivent-ils dans une déclaration commune, publiée vendredi. “C‘est une question d‘efficacité économique, d’équité fiscale et de souveraineté.”

En conséquence, ces quatre pays ont demandé à la Commission "d'explorer les options compatibles avec le droit européen" pour mettre en place une taxe appliquée sur le chiffre d'affaires généré dans chaque pays européen par les groupes du numérique, et non sur leurs bénéfices transférés en grande partie en Irlande où ils disposent du plus faible taux d'imposition (12,5%) et de montages fiscaux très avantageux.

Cette proposition doit être débattue avec les autres pays membres vendredi et samedi lors d'un conseil informel EcoFin, puis par les chefs d'Etats et de gouvernements lors du Conseil européen du 27 septembre. Elle risque de se heurter à une forte résistance de la part de certains Etats membres, notamment l'Irlande, le Luxembourg et les Pays-Bas, où sont installés de nombreux sièges de sociétés. Fin 2016, l'Irlande a fait appel de la décision de la Commission européenne l'enjoignant à récupérer 13 milliards d'euros 'd'arriérés d'impôt' à Apple, estimant que cette décision "violait sa souveraineté".

D'autre part, on a appris ce lundi que Google avait fait appel de l'amende colossale infligée en juin par la Commission européenne (2,4 milliards d'euros). L'exécutif européen reproche au groupe d'avoir abusé de sa position dominante pour évincer certains services de ses concurrents de son moteur de recherche. Le groupe n'a pas fait de commentaire sur son recours. Mi-juillet, il avait obtenu du tribunal administratif de Paris l'annulation d'un redressement fiscal de 1,11 milliard d'euros sur ses activités en France entre 2005 et 2010. C'est notamment cette décision qui a poussé le gouvernement français à prendre l'initiative d'une action européenne contre la faible imposition des GAFA.