En dépit d'une réaction initiale positive en bourse, l'annonce des discussions entre Atos et Gemalto suscite beaucoup de scepticisme chez les analystes. Gemalto a jusqu'à la fin de la semaine pour donner sa réponse à l'offre de 4,3 milliards d'euros formulée lundi par son compatriote, dont le prix (46 euros par action) représente une prime de 42% sur le dernier cours de bourse, selon Atos.

Pour les analystes de Société Générale, cette opération "éloignerait un peu plus Atos de son cœur de métier, les services informatiques". Le groupe dirigé par l'ex ministre Thierry Breton a réalisé une vingtaine d'acquisitions depuis 2008 et s'est diversifié, entre autres, dans la cybersécurité, les paiements électroniques et les supercalculateurs. Le courtier évoque un risque d'exécution lié à l'intégration de nouvelles activités, notamment l'activité matériels et terminaux de Gemalto qui n'est "pas en bonne santé".

Pour Invest Securities, "le projet d’OPA sur Gemalto, s’il amènerait en théorie une relution significative sur les BNA d’Atos (+25% en 2020), marierait deux groupes aux métiers différents dont la complémentarité nous semble discutable. Nous sommes notamment sceptiques sur l’intérêt des activités cartes SIM et cartes bancaires pour Atos/Worldline".

Une mauvaise opération pour Worldline

Lors d'une conférence de presse mardi, Thierry Breton a indiqué qu'il envisageait des partenariats pour le pôle de cartes SIM de Gemalto, précisant avoir déjà été contacté par des partenaires éventuels. Il souhaiterait recentrer la marque Gemalto sur les activités de cybersécurité, aux côtés de la gestion et du stockage de données d'Atos et de l'activité de paiement de Worldline.

"Même si l'acquisition de Gemalto n'est pas la proposition simple que nous anticipions, la direction d'Atos a prouvé sa capacité à redresser des entreprises", indique Kepler Cheuvreux, plus positif sur l'opération y compris en termes stratégiques.

L'acquisition pourrait cependant réduire les ambitions de Worldline sur le marché du paiement, soulignent les analystes. "On s'attendait plutôt à voir une opération importante provenant de Worldline. Or, avec l'offre d'Atos sur Gemalto, la maison mère siphonne une partie des liquidités qui étaient prévues pour les deux sociétés en termes de croissance externe", estime Xavier de Buhren, gérant actions françaises chez Mirabaud AM cité par l'agence Reuters. Même son de cloche chez Oddo BHF, qui a par conséquent abaissé sa recommandation sur Worldline à 39 euros contre 48 précédemment.

Vers 12h40 mercredi, le titre Gemalto progresse de 1,3% (+34,5% mardi) tandis que Worldline chute de 5,5% (-6,5% mardi). Atos reste proche de l'équilibre (+7,1% mardi).