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Les éditeurs de logiciels français sur la touche ?

Les éditeurs de logiciels français sur la touche ?

(Easybourse.com) Entre incertitudes liées à la conjoncture économique mondiale et acquisitions de plus en plus nombreuses par des fonds américains, le secteur français des éditeurs de logiciels doit faire face à d'importantes évolutions. En a-t-il les moyens ?

Interview de Denis Bley

Interview

Denis Bley

Directeur administratif & financier

Linedata Services

Interview de Denis Bley

Interview

Denis Bley

Directeur administratif & financier

Linedata Services

A en croire le dernier palmarès établi par le fonds d'investissement Truffle Capital, les 100 premiers éditeurs européens ont profité de l'année 2010 pour essuyer les pertes des débuts de la crise, et notamment le trou d'air de 2009. Reste qu'à ce jour, les nouveaux doutes sur l'évolution de la conjoncture économique mondiale et l'apparition de nouveaux business models jettent un voile opaque sur l'avenir d'un secteur en profonde mutation.

Secteur trop "atomisé"


L'étude menée par Truffle Capital démontre la bonne santé du secteur en France qui atteint la troisième place du podium derrière l'Allemagne et le Royaume-Uni. Mais comme le diable se dissimule toujours dans les détails, l'analyse des chiffres met également en lumière la fragilité intrinsèque du paysage français des éditeurs de logiciels.

En France, le secteur est très atomisé

En effet, les 18 éditeurs hexagonaux faisant parti du classement enregistrent 11,2% du CA total Truffle 100 Europe en 2010, contre 50,3% pour les sociétés allemandes. Dans le détail toujours, Dassault Systèmes représente 5% du chiffre d'affaires européen et près de la moitié du CA de la France (1,56 milliard sur 3,4 milliards pour tous les éditeurs hexagonaux). Quant à Axway Software (Sopra), second au classement, il enregistre 354,7 millions d'euros de revenus soit près de 1% du marché européen.

Or comme le souligne Nicolas Royot, analyste de Portzamparc, "en France, le secteur est très atomisé", ce qui n'est bien évidemment pas sans conséquence sur le développement des entreprises françaises du secteur.

Au-delà de l'attentisme des clients, consécutifs aux doutes sur l'évolution de l'économie mondiale comme le relève l'Association française des éditeurs de logiciels (AFDEL), le problème est en effet lié au fait qu'"en dehors de Dassault Systèmes, les éditeurs français de logiciels sont de faible taille" et pour ceux qui sont valorisés en bourse, "le niveau de capitalisation reste très faible ce qui a tendance à attirer les prédateurs" observe l'analyste.

En dehors de Dassault Systèmes, les éditeurs français de logiciels sont de faible taille

Pour mémoire, Dassault Systèmes dispose d'une capitalisation boursière de près de 6 milliards d'euros, quand Axway Software ne pèse que 293 millions d'euros environ. En-dessous, plus d'une trentaine de sociétés françaises se retrouvent cotées sur Eurolist et Alternext avec des capitalisations inférieures à 100 millions d'euros.

Conséquence, les éditeurs et fonds d'investissement américains qui disposent de beaucoup de cash n'hésitent pas à faire leur marché en France, à l'instar de Francisco Partners qui a racheté Emailvision et tente aujourd'hui de mettre la main sur Efront, ou de Carlyle qui a récupéré Metrologic Group.

Business model en mutation

Car les pépites hexagonales ne manquent pas, certains éditeurs français ayant même pris au bon moment le train de la mutation du business model du secteur. Effet ou mouvement accéléré par la crise, "ce qui ressort de la fin 2010 et du début 2011, c'est le fort développement du SaaS [Logiciel à la demande ou Software as a Service]" comme le souligne Nicolas Royot.

Denis Bley, directeur administratif et financier de Linedata Services témoigne de même: "nos clients ont commencé à réduire leurs budgets, ce qui a poussé la demande vers un mode beaucoup plus locatif [licence "payer à tempérament" soit chaque mois, trimestre ou année ; soit de façon plus sophistiquée avec hébergement chez l'éditeur en mode ASP ou SaaS]. Cette transformation s'est donc mécaniquement traduite par un peu moins de chiffre d'affaires "Licences" mais davantage de récurrence dans le CA".

Ce qui ressort de la fin 2010 et du début 2011, c'est le fort développement du SaaS

L'analyste le confirme, "l'avantage de ce modèle est qu'il autorise une plus grande flexibilité pour le client, et pour l'éditeur, cela améliore la récurrence de son chiffre d'affaires", ce qui reste très intéressant en période difficile.

Le problème est que "certains acteurs du secteur ont entamé cette transformation il y a 3-4 ans, alors que d'autres le font seulement maintenant, ce qui créé déjà un écart". Un mouvement qui débute tout juste en Europe selon les experts, mais qui a déjà bien démarré aux Etats-Unis.

La plupart des éditeurs ont bien saisi l'importance de l'enjeu, et à en croire une étude menée par l'AFDEL, 50% des entrepreneurs interrogés considèrent même "ce modèle de distribution comme prioritaire ou très prioritaire". Avec une croissance du SaaS comprise entre 15 et 30% selon les segments étudiés, les chiffres leur donnent sans doute raison...

Perspectives 2011

Si comme le souligne le baromètre marché de l'édition de logiciels en France "Cockpit" réalisé par l'AFDEL avec Pierre Audoin Consultants et Le CXP sur le 1er semestre 2011, la sortie de crise pour l'industrie du logiciel est bel et bien là depuis le second semestre 2010, il semble que l'accentuation des incertitudes économiques va probablement peser sur le second semestre de l'exercice.

D'abord estimé à 4%, la croissance du marché des logiciels en 2011 devrait finalement connaître une correction de 1 point pour tourner autour des 3%.

Parmi les convictions fortes de l'analyste de Portzamparc, on retiendra Esker et Acteos

Dans ces conditions, comment définir ses choix d'investissement ? Pour Nicolas Royot, il est important de choisir un acteur "capable de résister pendant la crise", donc qui a "une forte récurrence de son CA". C'est d'ailleurs ce qui explique que les éditeurs se dirigent de plus en plus vers des modèles de licences récurrentes et non plus vers des licences acheter en une fois.

Dès lors, juge-t-il, "il apparait de ce fait plus judicieux de se concentrer sur des acteurs qui sont déjà en avance sur cette évolution et qui ont donc déjà une rentabilité bien établie". Il serait également intéressant de se tourner vers des sociétés "qui sont exposées ailleurs que sur le marché européen, puisque l'on sent bien que les pays émergents vont davantage tirer la croissance mondiale qu'un pays comme l'Angleterre qui, malgré son importance, offre peu de visibilité" ajoute Nicolas Royot.

Parmi les convictions fortes de l'analyste de Portzamparc, on retiendra Esker (cliquer ici pour voir la note de l'analyste) et Acteos (cliquer ici pour voir la note de l'analyste), tout en gardant un œil appuyé sur Linedata Services.
Nicolas Sandanassamy

Publié le 20 Octobre 2011