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Investir dans les valeurs télécoms : les principaux moteurs de performance à surveiller

Investir dans les valeurs télécoms : les principaux moteurs de performance à surveiller

(Easybourse.com) Bien que n'étant pas destiné à être épargné par la crise économique qui devrait caractériser l'année 2012, le secteur des télécoms reste un secteur sur lesquels de bons choix d'investissement peuvent s'avérer gagnants à la fois en raison des dividendes élevés que les opérateurs ont tendance à verser, mais également et surtout du fait de la performance qui peut être générée. Trois moteurs en particulier justifieraient ainsi d'importantes appréciations des cours de bourse pour certains opérateurs : le retour du pricing power, l'innovation, et le positionnement sur les marchés émergents. Cependant, la sélection de valeurs sera nécessaire. Tout ne sera pas bon à prendre.

Interview de Yves  Maillot

Interview

Yves Maillot

Directeur des investissements

Robeco Gestion

Si le secteur des télécoms peut traditionnellement paraître plus défensif que d’autres secteurs, il n’est pas immune aux troubles économiques et financiers qui peuvent se dessiner. En 2009, le secteur avait du payer quelques pots cassés. Il devrait en être de même cette année.

Les frais financiers devraient augmenter. «Les taux d’intérêt sont en progression sur le marché obligataire or le secteur des télécoms est le

Au-delà du niveau de cash flow et du niveau d’endettement, trois éléments seront déterminants à considérer dans sa sélection de valeurs

deuxième secteur le plus important à émettre sur le marché » alerte Gabrielle Capron, analyste financier chez Groupama AM.
Les conditions d’octroie de crédit sont par ailleurs plus compliquées. « Le cas de Telenic Telecom a montré que la liquidité était bien un problème essentiel pour le secteur » prévient Mme Capron.

Mais de belles performances pourraient bien être délivrées. Au-delà du niveau de cash flow et du niveau d’endettement, trois éléments seront déterminants à considérer dans sa sélection de valeurs.

L’investissement comme facteur de hausse des prix


Le premier catalyseur pour le secteur résidera dans le retour du pricing power, autrement dit dans la capacité pour les opérateurs de répercuter une hausse des prix sur les abonnés.
Cela peut paraître surprenant lorsque l’on tient compte de ce qui s’est produit avec l’arrivée de Free sur le marché français. L’entrée en scène sur le marché du mobile d’Iliad (maison mère de Free) a eu pour conséquence un repositionnement à la baisse de l’ensemble des acteurs français sur la grille tarifaire.
Cela ne devrait cependant pas durer, assurent les analystes de Groupama Asset management et ce parce que les opérateurs, Iliad compris, vont devoir massivement investir dans les infrastructures de réseau pour répondre aux besoins de leurs clients.

«Il y a une obligation à aller investir. La technologie n’est pas suffisamment puissante aujourd’hui pour absorber l’ensemble du trafic. Si l’on prend en compte le trafic des données par les téléphones fixes, par les téléphones mobiles et par les PC mobiles et tablettes, les opérateurs n’auront pas d’autre choix que de trouver des solutions pour permettre la circulation de ces données sans engorgement» soutient Gabrielle Capron.

Le fixe n’échappera donc pas à cette nécessité de l’investissement. La quatrième génération de mobile, le LTE met quelque peu en danger le business du fixe dans la mesure où il induit une vitesse par utilisateur bien plus importante sur un réseau partagé. La concurrence par rapport au DSL peut alors s’avérer très rude, notamment dans les zones non denses. Des dépenses d’investissement dans la fibre seront nécessaires.

Les opérateurs seront, en conséquence, amenés à investir pour se différencier de par la qualité de leur réseau. Et il est très probable que les abonnés les plus exigeants soient prêts à payer davantage pour bénéficier d’un service à plus forte valeur ajoutée.

En cela, l’Allemagne, où la construction de la 4G a été lancée, peut servir

Les abonnés les plus exigeants seront prêts à payer davantage pour bénéficier d’un service à plus forte valeur ajoutée

de laboratoire témoin. Outre-Rhin les deux opérateurs les plus anciens, Deutsche Telecom et Vodafone qui ont eu plus de spectre au fil des années et ont mis en place plus de stations de base, ont une qualité de réseau meilleure que les deux challengers KPN et O2 (TEF). «Or, selon une enquête récente, les utilisateurs de smartphones les plus satisfaits sont les abonnés des deux opérateurs historiques ayant les réseaux le plus abouti. Cela témoigne du fait que les consommateurs sont prêts à payer pour des réseaux mieux construits» avance Gabrielle Capron.

Une telle affirmation semble confirmée par une étude d’AlphaWise qui montre qu’en Suède et aux Etats-Unis, où l’internet mobile est déjà très fortement déployé et où des problèmes de saturation ont été rencontrés, les abonnés sont enclins à débourser davantage pour une meilleure couverture internet.

Assez ? le ratio investissement sur revenus aujourd’hui de 12% pourrait évoluer à 15%. Dès lors, un des premiers paramètres à surveiller dans la sélection de sa valeur concernera les dépenses d’investissement et les segments sur lesquels ces investissements seront effectués.

L’innovation, créatrice de valeur

Au-delà des dépenses d’investissement, un autre point crucial à surveiller de près concernera l’innovation des opérateurs du secteur.

Selon une enquête réalisée par Bluenove en mai 2011, l’élément constitutif d’une plus grande valeur ajoutée au sein d’une entreprise est l’innovation, à 57,3%. La maîtrise des coûts compte pour 1,9% dans la création de la valeur ajoutée, le développement à l’international pour 4,9%, la gestion de la marque pour 5,8% et la culture collaborative pour 30,1%.
Jusque là, c’est surtout la maîtrise des coûts qui a été privilégiée par les opérateurs télécom. Celle-ci s’est traduite par une contraction importante de la masse salariale. « L’emploi a été une des variables majeures d’ajustement du secteur. En particulier tous les postes dans les métiers techniques et les métiers spécifiques ont été réduits» précise Luisa Florez, également analyste chez Groupama AM. La marge de manœuvre s’est tellement rétrécie au fil du temps que cette dynamique est maintenant révolue.

A présent, les opérateurs ne pourront clairement se distinguer que par

L'innovation suppose la considération de la dimension utilisateurs, la dimension salariés et la dimension relative à l’écosystème

l’innovation. Cette innovation suppose la considération de trois dimensions : la dimension utilisateurs (par le jeu de la concurrence des offres (contenu et prix) et du service client), la dimension salariés (par la capacité d’adaptation de ces derniers, l’image de marque et l’analyse des données) et la dimension relative à l’écosystème (propriété intellectuelle, dépôts de brevets).

Lorsque l’on analyse le classement des acteurs européens télécom par rapport à ces trois axes, plusieurs enseignements peuvent être tirés. En premier lieu, il y a une convergence entre les trois variables. «Les entreprises bien évaluées par rapport à la gestion de leur capital humain se trouvent bien notées sur l’axe client et l’axe écosystème» souligne Louisa Florez. En second lieu, Telenet et Iliad semblent présenter un bon mix de ces trois dimensions. Italia Telecom et Portugal Telecom figurent en revanche en bas du classement. « Ces entreprises sont implantées dans des pays où le régulateur n’a pas un rôle essentiel» explique alors Mme Florez.

L’exposition aux marchés émergents


Un autre point décisif à considérer dans le choix des opérateurs télécoms intéressera le positionnement de ces derniers sur les marchés

On voit davantage une volonté pour ces opérateurs de consolider leur position existante plutôt que de se développer sur de nouveaux marchés

émergents. Beaucoup d’opérateurs-mais pas tous !-ont compris qu’il leur fallait utiliser leur expérience de marchés matures pour exporter leur savoir faire dans les pays émergents. Un bel exemple est ce qui a été fait par Vodafone qui devrait participer à un renforcement de son positionnement en Inde.
«On voit davantage une volonté pour ces opérateurs de consolider leur position existante plutôt que de se développer sur de nouveaux marchés. Même si leur situation financière est confortable, ils n’ont pas toutes les opportunités pour aller faire des opérations de M&A lourdes» mentionne Gabrielle Capron.

Et le flux de dividendes dans tout ça ?


Jusque là, pour attirer les investisseurs, le secteur des télécoms avait l’habitude de proposer un rendement des dividendes important. Cette tendance pourrait bien s’atténuer sensiblement à l’avenir.

Le secteur des télécoms avait l’habitude de proposer un rendement des dividendes important. Cette tendance pourrait bien s’atténuer sensiblement à l’avenir

Déjà plusieurs acteurs ont procédé à un ajustement significatif. Nous citerons Telefonica, Telekom austria, KPN et Swisscom. « On attendait une hausse de la part de ce dernier acteur. Finalement, une stabilisation a été décidée pour faire face aux dépenses d’investissement » indique Gabrielle Capron. Trois autres groupes ; France Telecom, Telecom Italia et Portugal Telecom devraient suivre le même schéma.

Au-delà de la baisse des dividendes, un autre paramètre d’ajustement pourrait bien être utilisé par les opérateurs, cette fois ci plus positif pour le cours de bourse. Ce paramètre intéresse la rémunération. La rémunération des dirigeants dans le secteur se décompose de la manière suivante : 30% de salaire fixe, 40% de bonus court terme (à 12 mois) et 30% de rémunération long terme. «Aux Etats-Unis, la partie rémunération de long terme représente 70% de l’ensemble de la rémunération des dirigeants. On peut s’attendre à ce que la part de rémunération de long terme en Europe augmente également, en particulier pour répondre à l’impératif d’investissement de long terme» affirme Mme Florez.

Le changement réalisé au niveau de la rémunération des dirigeants pourrait en partie permettre de limiter les coupes dans les dividendes. Ainsi, un dernier point à contrôler pourrait résider dans les changements effectués au niveau de la rémunération des membres de la direction.

A lire également l'article : "Actions : les trois raisons majeures d'avoir Iliad en portefeuille"



Imen Hazgui

Publié le 21 Février 2012