Espace High Tech - News, articles, interviews et dossiers

Valeurs technologiques : c'est une révolution, ou c'est une bulle ?

Valeurs technologiques : c'est une révolution, ou c'est une bulle ?

(Easybourse.com) Le secteur des « nouvelles technologies » a pris ces dernières années des allures d'eldorado pour les investisseurs. Le Nasdaq a triplé de valeur depuis 2008 et les rachats de start-up à coups de milliards de dollars se multiplient. Faut-il s'inquiéter de la hausse des cours de Google, Facebook, Amazon, Twitter et consorts ? Assiste-t-on à la formation d'une nouvelle bulle internet ? Eclairages.

Interview de Michel Albouy

Interview

Michel Albouy

Professeur

Grenoble Ecole de Management

Le 19 février dernier, depuis son siège de Menlo Park en Californie, Facebook annonçait le rachat pour 16 milliards de dollars de Whatsapp, une société d’une cinquantaine de salariés créée en 2009. Cette somme en fait l’une des plus grosses acquisitions de l’histoire, certainement la plus chère au vu du chiffre d’affaires de l’entreprise estimé à seulement 20 millions de dollars en 2013. Whatsapp est une application de messagerie instantanée pour smartphones, gratuite pendant un an et payante au-delà (99 centimes par an). Elle compterait 450 millions d’utilisateurs dans le monde. « WhatsApp est en passe de connecter un milliard de personnes. Les services qui atteignent ce niveau ont tous une valeur incroyable », a justifié Mark Zuckerberg, le PDG fondateur de Facebook.
Incroyable, la hausse des valeurs technologiques américaines au cours des cinq dernières années l’est également. Qu’il s’agisse d’Amazon (+450%), de Google (+300%), d’Apple (+500%) ou encore de l’éditeur de logiciels de gestion Salesforce (+740%), leurs cours n’ont fait que grimper. Google, qui a fêté en 2013 son quinzième anniversaire, est récemment devenu la deuxième capitalisation boursière mondiale, juste derrière Apple dont le premier iPhone date de… 2007 !  

Mutations technologiques

« Nous vivons une véritable révolution industrielle avec l’irruption de nouvelles technologies liées à l’internet mobile, les réseaux sociaux et le cloud computing. Ces évolutions se sont accélérées depuis 2008 et sont en train de transformer l’économie tout entière, y compris les secteurs les plus traditionnels comme les taxis, les libraires, les médias, l’hôtellerie, la banque », explique Benoit Flamant, directeur de la gestion Tech chez Fourpoints IM. Une telle mutation explique selon lui l’engouement autour des valeurs technologiques.

Mais que dire des introductions en bourse de LinkedIn et de Twitter dont les titres ont pratiquement doublé lors de leur premier jour de cotation ? Twitter, dont le chiffre d’affaires est estimé à 20 millions de dollars en 2013, vaut aujourd’hui 29 milliards en bourse. Un décalage qui laisse plus d’un analyste songeur… « Toute la question est de savoir si Twitter va pouvoir monétiser son audience d’utilisateurs. Ces dernières années Google, Facebook et d’autres ont montré que c’était tout à fait possible. D’autres comme Groupon ou Zynga n’y sont pas arrivés », reconnaît Benoit Flamant. En dépit de quelques cas exceptionnels comme Twitter, « les valorisations ne sont pas du tout au même niveau qu’avant 2000 », au moment de la bulle internet, ajoute-t-il. Ainsi, sur la trentaine de sociétés internet qui ont fait leur apparition sur le Nasdaq en 2013, le prix d’introduction était en moyenne de 5,6 fois le chiffre d’affaires contre un ratio de 26,5 fois le chiffre d’affaires en 1999.

Des sociétés jeunes à l'avenir incertain

Même s’il n’y a pas de « bulle » à proprement parler, le risque est bien présent, selon Michel Albouy, professeur senior de finance à Grenoble Ecole de Management. « Les valorisations reposent sur des anticipations de résultats très optimistes, le risque que ces sociétés déçoivent ces attentes est important. Chaque publication trimestrielle peut entraîner de fortes variations de cours », indique-t-il. « Par ailleurs ces sociétés peuvent disparaître rapidement. Elles sont pour la plupart des ‘pure players’. On ne sait pas ce que seront Facebook ou Twitter dans cinq ans ». Selon lui, il y a une forme d’ « aveuglement » vis-à-vis des valeurs technologiques qui captent l’attention des investisseurs. Abreuvés de liquidités par les banques centrales du monde entier, ces derniers se tournent vers les « marques » mondiales que sont Facebook, Twitter et autres. Gare donc au resserrement de la politique monétaire américaine ou à tout autre choc macroéconomique qui pourrait prendre le pas sur l’optimisme ambiant.

Hormis ce scénario de retournement conjoncturel, 2014 devrait voir une accélération des introductions en bourse dans le secteur. Une dizaine de sociétés sont déjà sur les rangs parmi lesquelles AirBnB, Square, Spotify, Dropbox, Uber, Snapchat, Pinterest, Box, Scribd, Flipboard, King ou encore le chinois Alibaba qui pourrait ainsi réaliser la plus grosse introduction en bourse de l’histoire.

François Schott

Publié le 07 Mars 2014