Interview de Patrick  Bertrand : Directeur général de Cegid

Patrick Bertrand

Directeur général de Cegid

La baisse du titre depuis le début de l'année n'est pas due à l'annonce de nos résultats

Publié le 26 Juillet 2011

Le Chiffre d’Affaires est en progression ce semestre. Vous avez cependant dégagé un résultat opérationnel courant en baisse de 3,9%, à 9 millions d’euros. CM-CIC Securities anticipait une croissance de 6% à 10 millions et le cabinet d’étude Gilbert Dupont tablait sur une légère progression à 9,7 millions. Ces analystes expliquent cette baisse par le positionnement du groupe sur un modèle SaaS, aboutissant à un reflux des ventes de licences après le niveau exceptionnel du premier semestre 2010. Qu’en pensez-vous ?
Il est vrai que le Chiffre d’Affaires a augmenté au premier semestre avec un EBE de même niveau qu’au premier semestre 2011, mais on parle trop peu souvent d’autres indicateurs qui sont essentiels à la compréhension d’un groupe. C’est le cas du cash flow opérationnel de Cegid, qui a été multiplié par 1,6, passant de 16,8 à 26,4 millions d’euros. Le cash flow, c’est l’indicateur de vérité pour le dirigeant d’entreprise. C’est ce qui lui permet de mesurer la performance de ses activités puisqu’il représente la différence entre ce qu’il a encaissé et décaissé. Une progression du cash flow marque la dynamique de l’activité et c’est précisément le cas de Cegid.

La légère diminution du résultat opérationnel courant s’explique, quant à elle, par trois raisons. Tout d’abord, en juin 2010, nous avions signé de gros contrats qui avaient généré un meilleur résultat. Le chiffre de juin 2011 souffre donc d’un effet de saisonnalité. Il faut également mentionner les investissements de R&D, réalisés au cours des dernières années, qui conduisent à une augmentation des amortissements de 1,7 millions d’euros sur le premier semestre 2011. Enfin, l’évolution des contrats de SaaS (Software as a Service) impacte aussi le résultat. En effet, le Saas s’apparentant à un abonnement à un logiciel durant une période donnée, par exemple de 36 à 48 mois, nous n’encaissons donc pas immédiatement tous les revenus liés au contrat. Cela se répartit sur plusieurs années, ce qui naturellement a une incidence sur les résultats. Mais ce type de contrat est porteur d’une croissance des marges et assure déjà des revenus récurrents sur les prochaines années.

Concernant ce nouveau type de contrat Saas, est-ce une tendance qui s’affirme ? Est-ce également le cas de vos concurrents ?
Oui, tout à fait mais ce n’est pas un choix délibéré, c’est une attente du marché et comme toute entreprise, nous nous adaptons à la demande avec une véritable expertise développée dès le début des années 2000 par CCMX. Il est prévu, en 2013 (selon Gartner), que de l’ordre de 30% des utilisations des systèmes d’information dans le monde se feront en mode Saas. Il reste donc encore de beaux jours pour le mode dit «traditionnel» qui est l’achat de licence.

Le résultat net en baisse de 32% s’expliquerait surtout par la reprise d’une provision pour risques de 2 millions d’euros enregistrée au 31 décembre 2008 à l'occasion d'un regroupement d'entreprises. Cette baisse a-t-elle donc vocation à être temporaire?
Ecoutez, je vais vous dire ce que j’ai l’habitude d’évoquer souvent concernant ce que j’appelle la : « dictature des normes IFRS », qui dans certains cas ne permettent pas de donner une vue fidèle de l’activité d’une entreprise. Pour vous donner un exemple, j’avais prévenu l’année dernière que notre résultat net du premier semestre 2010 était « gonflé » par la reprise d’une provision pour risques (due à l’acquisition d’une entreprise trois ans plus tôt et provision qui n’avait pas donné lieu à une charge comptable) de l’ordre de 2 millions d’euros et qu’il serait donc plus opportun de se référer au résultat courant opérationnel.

Mais certains supports ont affiché des titres annonçant un résultat en forte hausse. A l’inverse, bien que nous ayons prévenu de l’écart entre les premiers semestres 2010 et 2011 en raison de cette reprise de provision pour risques, certains médias se sont inutilement inquiétés des résultats de Cegid en titrant sur une forte baisse du résultat net. J’estime qu’il faut être prudent dans la manière de présenter les résultats d’une entreprise, en cela veiller à comprendre ce dont on parle, sinon on risque de faire des interprétations erronées et d’inquiéter inutilement le marché et en particulier nos nombreux actionnaires personnes physiques. Pour finir sur cette question, cette reprise de provision a été définitivement constatée au 30 juin 2010.

Pensez-vous donc que ces effets d’annonce ont joué sur le titre? Est-ce cela qui a explique le fait que l’action Cegid soit en baisse de près de 7% depuis le début de l’année ? Quel regard portez-vous sur cette correction ?
La baisse du titre depuis le début de l’année n’est pas due aux annonces erronées de certains supports car les professionnels ont bien analysé la situation. Nous n’avons pas observé de chute sur le cours suite à l’annonce des résultats. Notre titre comme celui de tous les mid-cap, subit depuis janvier les effets successifs de la crise et de l’incertitude grandissante dans la zone euro.

Par contre, depuis septembre 2008, soit avant crise financière, le cours de Cegid Group a progressé de près de 30 % (autrement dit une surperformance par rapport à l’indice Cac 40 et des sociétés de l’Europe software), Il faut aussi noter que nous avons continué de verser un bon dividende qui procure un rendement, au-dessus de la moyenne du marché avec 1,05 euro par action en 2011 et 2010, au titre de 2010 et 2009, et de 1 euro par action en 2009 au titre de 2008. Un actionnaire depuis septembre 2008, a ainsi vu son titre progresser de 30%, tout en percevant 3,10 euros de dividende par action. Ce sont des performances qui ne sont pas négligeables.

A ce stade, quelles sont les perspectives du groupe pour l’année ? Projetez-vous de compter davantage sur votre croissance organique ou ferez-vous également appel à de la croissance externe comme au premier semestre 2011?

Dans le métier d’édition de logiciel, la croissance externe fait partie intégrante de la stratégie. Il faut sans cesse consolider ses compétences afin de renforcer la fidélité des clients et augmenter les bases installées. Nous étudions donc régulièrement des dossiers d’entreprises présentant de vraies qualités et travaillant sur les mêmes métiers que nous. En effet, notre objectif n’est pas de nous développer sur d’autres segments de marché, mais de nous concentrer uniquement sur le renforcement de nos lignes de métiers. Pour ce faire, nous cherchons toujours de nouvelles acquisitions et il est vrai que certaines des cibles que nous regardons aujourd’hui ne sont pas uniquement françaises.

Quels sont vos projections pour le semestre prochain ? Pouvez-vous nous dire quel sera la tendance ?
Nous avons le sentiment qu’il y a une reprise progressive de l’investissement des entreprises dans leurs systèmes d’information, mais qui se fait de façon ciblée. En d’autres termes, qu’il n’y a pas de refonte totale des systèmes mais des investissements sur certaines des chaines de traitement spécifiques d’une entreprise. Comme nous sommes bien positionnés sur certains métiers, cette tendance peut être très favorable à notre activité. Il est difficile de s’avancer sur un taux de croissance mais l’ensemble des acteurs du marché de l’édition de logiciel, tout comme nous, est raisonnablement optimiste pour le semestre prochain et donc pour l’ensemble de l’année.

Propos recueillis par Léa Deglaire