Interview de Denis Bley : Directeur Administratif & Financier de Linedata Services

Denis Bley

Directeur Administratif & Financier de Linedata Services

C'est l'utilisation plus importante de l'offshoring qui justifie l'amélioration du résultat de Linedata au 1er semestre 2011

Publié le 20 Octobre 2011

Quelle a été le niveau d'activité de votre groupe sur l'exercice en cours ?
Au premier semestre 2011, nous avons affiché un chiffre d'affaires (CA) en diminution de 8,3% en données publiées, par rapport au premier semestre 2010. Cette situation reflète la poursuite de la crise dans la mesure où nos clients (institutions financières, asset managers, filiales spécialisées dans le crédit et le financement...) ont des contraintes budgétaires renforcées et notamment en termes de CAPEX. Le business model du SaaS (Logiciels à la demande) est donc en plein développement puisqu’il permet aux clients de louer l’application logiciel plutôt que de l’acheter. Ainsi, dans les années d'avant crise, le CA de Linedata intégrait environ 12 à 14% de licences perpétuelles, c'est-à-dire que les clients investissaient une fois dans nos licences, puis payaient régulièrement la maintenance qui représentait pour des éditeurs comme nous 15 à 20% de notre CA.

La crise a eu pour effet de modifier ce modèle économique parce que nos clients ont commencé à réduire leurs budgets, ce qui a poussé la demande vers un mode beaucoup plus locatif [licence "payer à tempérament" soit chaque mois, trimestre ou année; soit de façon plus sophistiquée avec hébergement chez l'éditeur en mode ASP ou SaaS]. Cette transformation s'est donc mécaniquement traduite par un peu moins de chiffre d'affaires "Licences" mais davantage de récurrence dans le CA.

Aujourd'hui, Linedata Services dispose ainsi d'un CA récurrent de près de 75%, contre 50 à 60% avant la crise.

En outre, sur les exercices 2008, 2009 et 2010, nous avons eu beaucoup de gros projets notamment sur la migration de notre produit d'épargne salariale, NOEE, en 2008 qui avait généré plus de 10 millions d'euros de revenus exceptionnels. Nous avons eu également la fabrication d'un nouveau produit pour l'assurance-vie cofinancé par un grand client dans ce domaine, qui nous a conduit à faire un projet très ambitieux sur les 3 dernières années. L'année 2011 partait donc sans grand projet exceptionnel, c'est aussi l'une des raisons de la baisse de notre CA au 1er semestre par rapport à 2010. C'est lié a un effet de base sur ce grand projet d'assurance qui est arrêté.

Et en termes de résultats...
Nous avons fait en sorte d'adapter nos charges à notre niveau d'activité. Nous avons notamment travaillé sur deux points: la réduction du recours à la sous-traitance extérieure, et l'accélération de l'offshoring (sous-traitance en interne à Tunis où travaillent 140 personnes contre 70 il y a deux ans) que ce soit en support ou en développement interne en R&D. Dans le détail, nous avons développé l'an dernier une compétence en matière de logiciels pour les Hedges Funds à Riga où nous avions déjà une entité qui faisait du support.
C’est donc cette utilisation plus importante de l'offshoring qui justifie l'amélioration du résultat de Linedata au 1er semestre 2011 par rapport à l'an dernier.

La situation de vos clients s'est elle améliorée ?
L'amélioration de la situation de nos clients se seraient traduite par une augmentation de notre CA, je ne pense donc pas que leur situation se soit particulièrement améliorée ou même détériorée au 1er semestre 2011.
Linedata est un acteur de niche, qui exerce son activité au sein d'un marché très particulier dans la mesure où nous fournissons des logiciels pour l'asset management "byside", l'épargne salariale, l'assurance-vie, et pour 20% de notre activité, pour les filiales bancaires spécialisées dans le financement sous forme de leasing, de crédits à la consommation ou autre... Nous sommes donc très dépendants du climat général du secteur bancaire.
A ce jour, la santé de nos clients se traduit surtout par un renforcement des processus d'acquisition: le choix d'un logiciel prend plus de temps qu'avant, il y une plus forte pression sur les prix et les cycles de prise de décision sont plus longs.

L'évolution de votre business model prend donc en compte l'évolution du secteur bancaire ?

Dans le cadre de notre offre, nous avons en effet pris un certain nombre de décisions afin de suivre ces modifications économiques. Nous avons notamment multiplié les centres de data [data center], avec de nouvelles ouvertures en Asie et en Angleterre pour justement répondre à ce besoin d'ASP ou de SaaS de plusieurs de nos clients.

Existe-t-il selon vous des freins au développement du secteur des éditeurs de logiciels en France ? En Allemagne par exemple, les grands groupes aident les PME en les associant à leurs ventes à l'export...
Il existe en France un certain nombre de dispositifs incitatifs, notamment fiscaux comme le CIR, que nous utilisons dans le cadre de projets réalisés en France. Cela étant, Linedata est certes une société à capitaux et management français, mais elle est surtout tournée vers l'international, si bien que près de la moitié de notre CA est réalisée hors de France par des salariés qui ne sont pas Français.

Ceci dit, il est vrai qu'il y a peu d'initiatives de nos clients, comme dans votre exemple, qui pourraient être intéressés pour nous aider à déployer nos produits dans d'autres entités de leur groupe, sachant que nos clients sont pour la plupart de très grandes entreprises.

Pour autant, on peut très bien être un éditeur de logiciel en France, il n'y a pas de freins particulier si ce n'est le coût de la main d'œuvre, qui reste toutefois sensiblement le même en Angleterre, en Allemagne ou en Italie. Il faut donc avoir des centres de R&D avec des compétences technologiques et fonctionnelles très fortes dans les pays européens. Ensuite, nous savons très bien industrialiser un process de développement que ce soit en recourant à des prestataires extérieurs ou en recourant à des techniques offshores comme le fait Linedata.

Nicolas Sandanassamy