Interview de Patrick  Bertrand  : Directeur général de Cegid

Patrick Bertrand

Directeur général de Cegid

Notre dynamique de rendement, appréciée par nos très nombreux actionnaires personnes physiques, devrait être naturellement prise en compte dans la valorisation

Publié le 31 Juillet 2012

Vous avez publié vos résultats financiers jeudi 26 juillet. Pourriez-vous dans un premier temps nous faire un commentaire de ces résultats ?
L'activité au premier semestre a été assez contrastée. Le premier trimestre a été de très bonne facture avec unecroissance organique de près de 6% et de 32% pour le SaaS (Software as a Service).

Le deuxième trimestre, a en revanche été plus compliqué. Le mois de mai a été d'autant moins dynamique, qu'il n'y avait pas beaucoup de jours ouvrés. Le mois de juin a été difficile. Le contexte économique global et en France( élections présidentielles et législatives) n'ont pas favorisé la prise de décisions, en particulier dans le secteur public.
In fine, le chiffre d'affaires pour l'ensemble des six premiers mois de l'année ressort pratiquement étale.

Si l’excédent brut d'exploitation a résisté, nous connaissons baisse de notre résultat opérationnel principalement due aux amortissements, provisions pour risques, et aux provisions clients.. Ces derniers ont été plus significatifs que l'année dernière de manière à tenir compte de la conjoncture actuelle.

Malgré ce chiffre d'affaires atone, la conquête des nouveaux clients s'est poursuivie ?

Nous avons plus de 6000 TPE (Très petites entreprises) supplémentaires qui se sont connectées sur notre environnement cloud computing et au travers des systèmes de connexion entre la TPE et le cabinet d'expertise comptable et près de 500 nouvelles entreprises (PME et grandes entreprises) nous ont fait confiance

De quelle manière envisagez-vous la suite des évènements ?

Nous ne devrions pas être dans la tendance observée en juin, mais le contexte économique devrait cependant continuer à avoir une incidence sur les décisions d'investissement des entreprises. Nous sommes donc prudents tout en abordant les mois à venir avec confiance..

Comment appréhendez-vous l'évolution de la conjoncture économique. Vous inquiète-t-elle ?

Un dirigeant d'entreprise se doit de ne pas être inquiet, mais factuel.

Selon les économistes, si la croissance peut être positive, elle sera très faible sur l’ensemble de l’année, de l'ordre de 0,3-0,4%. Ce serait déjà une belle performance compte tenu des évolutions du PIB au premier semestre (négatif au second semestre) !
Il nous semble difficile de considérer que cette année 2012 sera meilleure que l'année 2011.

Vous n'avez pas de prévisions chiffrées ?
Nous ne donnons pas de prévisions, compte tenu de la . forte saisonnalité du chiffre d'affaires sur la fin de l'année dans un modèle de business à coûts fixes. Nous réalisons environ 46/47% de notre chiffre au premier semestre et 54% au second. Inversement, nous faisons environ un tiers du résultat annuel à fin juin, et environ 70% du résultat annuel au cours du second semestre.

Quels devraient être les marchés, les segments les plus porteurs au cours du second semestre ?
La partie profession comptable, paie et ressources humaines,finance/fiscalité, le retail et l'industrie. Le challenge sera de redonner du souffle à l'activité du secteur public pour pouvoir terminer l'année dans de bonnes conditions.

Sur le plan de l'actualité, vous avez récemment fait l'annonce du rachat de TDA International, et du partenariat avec Qliktech ?

TDA est une petite société, pure player SaaS, qui réalisé 2 millions de chiffre d'affaires et qui a développé des produits utilisables uniquement en mode SaaS, complémentaires de CEGID pour les experts comptables, les responsables de paie et responsables des ressources humaines.
Les produits de TDA permettent ainsi, d’une part, aux experts-comptables de conseiller leurs clients sur la mise en place de business plan, sur l’optimisation de la rémunération des dirigeants, etc… et, d’autre part, d’accompagner les responsables de paie/ressources humaines dans le calcul de l’épargne salariale, des engagements sociaux, de l'intéressement, de la participation….

Le partenariat avec Qliktech a pour objectif d'intégrer dans nos produits, une dimension business intelligence. Les outils mis à disposition par Qliktech permettent d'aller rechercher des données à l'intérieur du système d’information et de délivrer, à l’utilisateur final, de l'information pertinente sous forme de tableaux de bord disponibles sur mobiles, tablettes ou smartphones.

Votre cours de bourse a baissé de plus de 4% à la suite de l'annonce de vos résultats. Sur les sept derniers jours, le recul est de plus de 5%. Comment l'expliquez-vous ?
Aujourd'hui, les cours de bourse des valeurs moyennes sont souvent très décorrélés de la valeur réelle de l'entreprise, en particulier dans le secteur de l'édition de logiciels. A titre d’exemple, les transactions réalisées récemment aux Etats-Unis entre industriels, valorisent les entreprises du secteur entre 2 et 6 fois le chiffre d'affaires en fonction du profil, avec notamment une très forte valorisation des activités SaaS..

La stratégie que nous développons est solide. CEGID est un éditeur de logiciels avec des spécialisations dans un certain nombre de segments. C'est une approche appréciée, les entreprises n’investissant plus dans leur système d’information avec une logique « big bang, mais de façon ciblée sur une partie de leur système d’information qu’elles souhaitent optimiser. Notre stratégie de spécialisation par métiers s’inscrit bien dans cette tendance.

Nous avons une base installée de près de 100 000 clients, qui permet de développer chaque année du chiffre d’affaires additionnel. Le chiffre d'affaires récurrent-qui représente au 30 juin 54% de notre chiffre d'affaires global- a progressé de plus de 5%. Il comprend le chiffre d’affaires SaaS qui est en forte croissance..

Il faut, aussi, rappeler que depuis la cotation de Cegid en 1986, la société a toujours versé un dividende plus ou moins élevé en fonction des périodes et des résultats. Cette dynamique de rendement, appréciée par nos très nombreux actionnaires personnes physiques, devrait être naturellement prise en compte dans la valorisation.
L’ensemble de ces éléments ne sont pas pris en compte dans les cours de bourse actuels.

Propos recueillis par Imen Hazgui