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Interview de Pierre Ribeiro  : Directeur financier de Somfy

Pierre Ribeiro

Directeur financier de Somfy

Nous avons apporté la preuve que nous avions repris le chemin de la croissance

Publié le 01 Septembre 2014

Vous avez publié vos résultats semestriels la semaine dernière. Pourriez-vous dans un premier temps nous livrer quelques commentaires à propos de ces résultats ?
Nous sommes très satisfaits de ce premier semestre de l’année aussi bien en termes d’activité qu’en termes de résultats. Celui-ci a bénéficié d’un effet de base et d’une situation climatique très favorables.
Le fait d’avoir un printemps très ensoleillé a porté la vente de moteurs pour stores.

Le résultat net ressort en repli de 12,0% en pro forma à 54,8 millions d'euros. Ce recul constaté a un caractère exceptionnel, imputable à des charges opérationnelles non courantes, correspondant pour l'essentiel à des provisions pour dépréciation de survaleurs d'entités récemment acquises.

Sur quels périmètres se sont faites les dépréciations ?
Les dépréciations se sont faites sur deux périmètres. En premier lieu, nos trois acquisitions au Brésil, Giga Security, Garen Automaço et Neocontrol. Au moment du rachat de ces sociétés, la croissance brésilienne se situait entre 3% et 4%. Aujourd’hui les économistes tablent sur une progression du PIB de 1%. Nous avons ainsi été conduits à revoir à la baisse leurs business plans.

La deuxième dépréciation s’est faite sur notre filiale BFT spécialisée dans la motorisation pour portails et portes de garage. Ces dernières années, BFT a acquis plusieurs distributeurs présents en France, Italie, Portugal et Espagne qui ont beaucoup souffert de la crise économique et dont nous avons été contraints de réviser négativement la valeur sur le premier semestre.

Peut-on penser que l’essentiel des dépréciations ont été opérées ?
Sur le périmètre de BFT, la réponse est indubitablement positive.
Sur le périmètre du Brésil, si la conjoncture venait à se dégrader davantage, nous ne pouvons pas exclure un complément de provision.

D’autres entités pourraient elles être concernées par des dépréciations ?
A ce stade de l’année, après analyse de toutes les participations, non.

Quels évènements phares ont rythmé votre activité ces six premiers mois de l’année ?
Nous pouvons évoquer la reprise significative de notre activité, de plus de 10%, en Europe du Nord et en Europe du Sud, deux zones qui avaient beaucoup souffert de la crise.
L’ensemble de nos activités sont par ailleurs sur une croissance située entre 5% et 10%.

Qu’en est-il de vos perspectives financières ? Avez-vous avancé des lignes directrices ?
Nous n’avons pas pour habitude de donner des perspectives chiffrées.
Notre sentiment est que le second semestre devrait se révéler plus difficile en particulier du fait de la situation en France où le marché de la construction est très difficile. L’Hexagone représente 25% et 30% de notre chiffre d’affaires.

Pourquoi un tel choix de ne pas vous prononcer sur des guidelances ?
Nous préférons nous exprimer sur des tendances à long terme comme nous l’avions fait il y a trois ans lorsque nous avions décidé d’accroître significativement nos investissements au risque de voir notre rentabilité diminuer temporairement.

Pourrait-on pour autant tabler sur année 2014 meilleure que 2013 ?
Nous avons déjà engrangé un très bon premier semestre et le premier semestre est toujours crucial pour notre activité. Par conséquent, nous pouvons espérer une croissance supérieure à celle de 2013. Sur le plan des résultats, notre volonté est de maintenir la rentabilité du groupe.

Le ralentissement en France est le principal risque auquel est confronté le groupe ?
Assurément. Nous avons également une petite préoccupation autour de l’entrée en récession de l’Italie.
En Allemagne, la croissance pourrait être moindre, notamment du fait de l’effet de base.
En revanche, nous sommes assez confiants sur le redémarrage en Espagne même si le marché espagnol est toujours très incertain.

Qu’en est-il du renforcement de votre positionnement en dehors de l’Europe pour tenter de capter plus de croissance ?
Depuis plusieurs années, le groupe a fait le choix d’investir et de se développer dans les pays émergents, comme le Brésil et la Chine.
Pour l’instant, nous sommes focalisés sur l’intégration de nos acquisitions. Notre souhait est clairement que ces pays contribuent plus encore au chiffre d’affaires global de Somfy.

Il n’y a cependant pas à ce stade de l’année d’éventuelles annonces à venir sur le plan international ?

Nous regardons attentivement certains dossiers. Toutefois nous ne sommes pas sur un timing qui permet de faire des annonces.
Les six prochains mois devraient se caractériser par la séparation de vos deux pôles d'activité annoncée en mai : Somfy Activités et Somfy Participations...
Cette séparation s’explique par le fait que les deux entités sont d'ores et déjà indépendantes l'une de l'autre et fonctionnent selon des business models sensiblement différents. Elle a vocation à accroître la visibilité de l'activité de chacune des entités et à améliorer la lecture et l'analyse de leurs comptes. La cotation devrait se faire au Luxembourg.

Les équipes travaillent à la mise en place d’un calendrier. Les modalités définitives de la scission pourraient être avalisées par le conseil de surveillance en octobre, après la remise d'un rapport d'expertise indépendant. La scission devrait être effective d'ici la fin de l'année.

Quels impacts financiers devraient découler concrètement de cette séparation ?
Il n’y a pas vraiment d’impacts financiers à attendre. Les équipes se situaient au sein d’une structure juridique identique mais travaillaient déjà de manière très autonome.
Les analystes ont l’habitude de valoriser le groupe par la somme des parties et ont tendance à décôter l’ensemble en raison la faible visibilité de Somfy Participations. La scission devrait faciliter l’étude approfondie des deux activités indépendamment l’une de l’autre et permettre d’atténuer, voire faire disparaitre la décote existante.

Quels sont les cabinets de conseil ou les groupes bancaires qui vous aident actuellement à cette opération de scission ?
Nous n’avons pas communiqué sur le sujet à l’exception du cabinet Valphi qui nous accompagne en tant qu’expert indépendant.
Comme cette séparation n’implique pas un appel public à l’épargne mais se traduit par une distribution de nouvelles actions aux actionnaires actuels du groupe, nous n’avons pas de banque introductrice.

Depuis le mois de juillet, Somfy Participations est entrée en négociations en vue de céder ses parts dans la CIAT à United Technologies. Compagnie Industrielle d'Applications Thermiques. Un commentaire ?
L’offre lancée par United Technologies est exclusive. Nous travaillons dessus. Nous espérons aboutir sur ce projet d’ici la fin d’année.

Que vous inspire la hausse de votre cours de bourse de 44% depuis le début de l’année ?
Nous avions signalé au marché il y a trois ans que le groupe allait perdre de 2 à 3 points de marge opérationnelle car nous avions décidé d’investir de manière massive sur divers projets de développement.
Les analystes et les investisseurs qui nous suivent se sont interrogés sur notre capacité à regagner de la rentabilité. Nous avons apporté la preuve sur ces deux derniers exercices que nous avions repris le chemin de la croissance. C’est peut-être ce qui a joué favorablement sur le cours de bourse.

Qu’en est-il de votre politique de distribution ?
Celle-ci est relativement stable depuis quelques années et il n’y a pas de raison pour que cela en soit autrement. Le dividende versé actuellement est de 5,20 euros.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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