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Interview de Frédéric Michelland : directeur financier du groupe Nexans

Frédéric Michelland

directeur financier du groupe Nexans

Nous souhaitons mener une politique d’investissement ambitieuse

Publié le 02 Février 2007

Vos chiffres sont ressortis supérieurs aux attentes du marché, d’où la réaction positive du titre Nexans. Quels ont été les ingrédients de ce succès ?
Ces chiffres se caractérisent par deux éléments :
Tout d’abord, une nette accélération de la croissance dans un corps de métier particulier, à savoir les câbles d’énergie, ce qui est à peu près en ligne avec nos prévisions.
Ensuite, une amélioration de la rentabilité, le meilleur exemple étant l’amélioration de notre taux de marge opérationnelle qui est passé de 4,4% l’an dernier à 5,8% cette année, alors que notre objectif annoncé était de l’ordre de 5,5%.

Vous venez de dévoiler un nouveau plan triennal. Quels en sont les principaux objectifs ?
Nous avons atteint les objectifs du précédent plan avec une année d’avance, c’est pourquoi nous nous sommes permis de réaliser un nouveau plan sur trois ans assorti de nouveaux objectifs à l’horizon 2009.

Nous pouvons les résumer en quatre points :
un objectif de croissance de l’activité : nous visons un chiffre d’affaires consolidé à métal constant d’environ 5 milliards d’euros,
une poursuite de l’amélioration de notre taux de marge opérationnelle à 7,5%,
une poursuite de l’amélioration de la rentabilité de nos capitaux employés avant impôt, avec un objectif de 13%,
en terme de cash-flow, nous avons pour objectif d’être, dès 2007, en cash-flow neutre ou positif et bien sûr, d’avoir une poursuite de croissance de ce cash-flow avant 2009.

L’objectif global est de faire de Nexans un groupe plus rentable, moins cyclique donc moins présent dans les activités amont, plus concentré et avec davantage de synergies entre ses différents métiers.

Vous souhaitez mettre l’accent sur les infrastructures d’énergie. Quelle action allez-vous mener concrètement ?
Globalement, nous avons décidé de mettre l’accent sur les câbles d’énergie, à la fois sur les infrastructures d’énergie mais aussi sur les développements vis-à-vis de la clientèle industrielle dont nous sommes un gros fournisseur de câbles.

Nous bénéficions par ailleurs de deux éléments favorables. Dans les pays les plus développés (Europe, Etats-Unis), nous sommes dans une phase de remplacement d’équipements déjà existants, tandis que dans les pays émergents, nous sommes plutôt dans une phase d’équipement.

Les infrastructures d’énergie sont donc un marché à la fois porteur et qui offre une certaine lisibilité, contrairement à des activités plus cycliques, du type câbles basse tension pour le bâtiment.

Envisagez-vous de poursuivre votre politique d’acquisitions ?
Avec l’annonce de ce plan triennal, le groupe a confirmé son souhait de mener une politique d’investissement ambitieuse. La qualité de la situation financière et la solidité des principaux ratios financiers du groupe nous autorisent en effet à mettre à profit les opportunités d’investissements complémentaires dans nos corps de métier.

Votre dette a augmenté à 633 millions d’euros au 31 décembre 2006. De quelle marge financière disposez-vous pour réaliser de telles opérations ?
Aujourd’hui nous avons un ratio dette nette sur fonds propres totaux de l’ordre de 40%. Ce qui est relativement faible par rapport à notre industrie.

Par ailleurs, le ratio de couverture de notre dette nette par notre cash-flow est d’environ 24%. Ces niveaux de ratio nous autorisent, si l’opportunité se présente, d’envisager éventuellement une acquisition comme celle d’Olex (un peu plus de 300 millions d’euros d’investissement, dette comprise).

Vous avez bien absorbé l’envolée de 50% du cours de cuivre l’an dernier. Comment voyez-vous osciller les matières premières cette année ? Quelles sont vos hypothèses de travail ?
Il est vrai que sur l’ensemble de l’année 2006, nous avons vraiment assisté à une envolée des prix du cuivre. Si on compare le 31 décembre 2005 et le 31 décembre 2006, la hausse a été de l’ordre de 45% en dollar par tonne.

Si on prend le point le plus haut, à la fin de l’été, on constate que la hausse atteignait plus de 90%. Il y a donc eu une flambée des cours du cuivre comme de l’ensemble des matières premières.

Aujourd’hui, on est plutôt dans une phase de relative correction par rapport à ces niveaux plus hauts. Nos hypothèses de travail « les plus réalistes et les plus raisonnables » seraient d’avoir un cours du cuivre autour de 4500 euros par tonne. Nous n’anticipons donc pas une baisse brutale du cours du cuivre au-delà des niveaux atteints il y a quelques semaines.

Sur le plan géographique, quelles sont pour vous les régions de développement clé ?
Notre groupe a pour ambition d’accélérer son développement en dehors de l’Europe, qui représente encore 64% de notre chiffre d’affaires total et qui a bénéficié d’importants investissements.

On anticipe donc une certaine dilatation du groupe vers les zones hors Europe. Il y a du potentiel de développement en Asie, notre acquisition d’Olex s’inscrit d’ailleurs dans cette logique. Au-delà de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, cette opération nous permet d’avoir une présence plus forte pour couvrir l’Asie. De même aux Etats-Unis où certaines opportunités peuvent être mises à profit.

Ce ne sont pas les opportunités qui manquent aujourd’hui .

Vous annoncez une croissance rentable de plus de 33% en Chine. Envisagez-vous d’accélérer votre développement dans ce pays ?
Concernant la Chine, notre développement a été jusqu’ici très progressif. Entre ce que l’on vend sur place à partir de la production chinoise et ce que l’on exporte, nous générons environ 120 millions d’euros de chiffre d’affaires pour l’équivalent d’un cinquantaine de millions d’euros de capitaux employés.

On a eu un développement extrêmement sélectif et progressif. On a l’ambition de continuer à avoir des taux de croissance à deux chiffres en Chine. Doit-on envisager pour les mois à venir une accélération de cette croissance ? Je crois que nous ferons preuve d’une très grande prudence.

Nous y avons développé des niches très profitables, sur des marchés à forte croissance, comme la partie navire où nous sommes devenus une référence en la matière.

Je crois que si d’autres opportunités se présentent notamment sur le segment industriel, on se positionnera : se développer en Chine, oui, mais à condition que ce soit une croissance effectivement rentable. 

Votre entreprise a réalisé l’an dernier l’une des meilleures performances du marché. Que vous inspire cette réussite et va t-elle se prolonger ?
Les résultats 2006 sont effectivement très bons. Nous avons bénéficié de conditions macro-économiques très favorables, ce que nous avons su mettre à profit.

Nous espérons que 2007 sera une année aussi bonne voire meilleure. Je crois qu’étant donné la qualité de nos résultats 2006 et la solidité de nos équilibres financiers, nous pouvons envisager l’avenir non seulement avec confiance mais aussi avec ambition.

Propos recueillis par N.S.

laetitia

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