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Interview de Joseph Haddad : PDG de Netgem

Joseph Haddad

PDG de Netgem

Etre leader en France avant de le devenir en Europe

Publié le 18 Octobre 2007

La direction de Netgem a indiqué que le «niveau d'activité du groupe au quatrième trimestre pourra varier substantiellement selon les arbitrages marketing, commerciaux et financiers de ses principaux clients opérateurs». Pourriez-vous nous détailler ce que vous entendez par «arbitrages» ?
J’espère ne pas trop paraphraser ce que nous avons déjà indiqué, mais au moment où nous avons communiqué sur notre chiffre d’affaires, nous avions encore un certain nombre d’éléments qui n’étaient pas clarifiés de la part de nos clients principaux concernant le niveau définitif de leurs commandes pour le quatrième trimestre en raison effectivement d’arbitrages de leur part, et bien sûr avec nous, concernant les niveaux de volumes et de prix se dégageant sur le dernier trimestre d’activité.

Par ailleurs, comme nous étions dans le processus de communication de notre troisième trimestre, nous avons considéré que, à ce moment-là, nous ne pouvions pas ne pas dire que nous avions un certain degré d’incertitude un peu plus élevé qu’à notre habitude.

Comment expliquez-vous la dégradation, de près de 17% en cinq jours, du titre Netgem ? Y a t-il autre chose que cette incertitude sur le quatrième trimestre qui pourrait l’expliquer ?
Je ne suis pas vraiment surpris de constater que lorsqu’une entreprise annonce qu’elle a un manque de lisibilité sur son quatrième trimestre, le cours de son titre diminue. Ensuite, concernant l’amplitude du mouvement, nous avons toujours adopté la règle selon laquelle le marché a raison, en conséquence, c’est lui qui détermine le niveau d’amplitude.

Je trouve simplement dommage que deux facteurs n’aient pas été pris en compte : le premier, c’est que l’on regarde un peu trop par le petit bout de la lorgnette, alors que le travail sur notre image est important ; deuxième facteur, c'est qu’il n’y a pas d’inquiétudes excessives ou de projections d’histoires lointaines de Netgem…

En résumé, il est normal que le marché nous sanctionne si nous ne donnons pas d’éléments précis ou factuels.

Maintenant, il ne s’agit pas de ne pas donner de bonnes nouvelles et si j’en ai, je les donnerai évidemment, mais si je considère qu’il y a un risque à un moment avec un client, j’en informerais le marché, puisque c’est comme ça que nous avons décidé de changer de communication.

Ceci étant, il ne faut pas donner une trop grande importance à tout ça dans l’efficacité et les perspectives à moyen terme de Netgem.

Compte tenu de vos perspectives financières, comment expliquez-vous que le titre Netgem fasse preuve, de manière récurrente, d’une extrême volatilité ?
Il est certain que sur les six derniers mois, le titre fait effectivement preuve d’une certaine volatilité, mais l’amplitude de la courbe n’est pas si importante que ça.

Qu’il y ait eu une réaction brutale du marché, je ne le nie pas bien sûr, mais on peut aussi dire que, depuis 2000, les valeurs technologiques sont, dans l’ensemble, assez volatiles…

Vous avez annoncé dans une interview (vidéo) précédente accordée à Easybourse, que vous souhaitiez améliorer la communication de votre groupe. Pourriez-vous nous fournir des éléments concrets à ce sujet ?
Nous avions tenu compte des demandes formulées par nos actionnaires et durant l’été, nous nous étions livrés à un exercice de communication un peu plus dense que ce que l’on fait actuellement, sur les perspectives de notre activité à moyen terme, et en particulier sur le plan de développement à fin 2008 et nous avons reçu des remerciements de la part d’actionnaires, ce qui nous avait fait très plaisir.

Ceci étant, nous sommes dans une industrie encore très jeune, le marché de la production interactive ou de la nouvelle télévision (Internet, etc.) est un marché naissant. Je crois que Netgem, qui existe depuis 10-11 ans sur ce marché, a montré qu’elle détenait une forte position et une forte volonté de se développer.

Il n’en reste pas moins vrai qu’à un trimestre près, on n’a pas forcément toujours de possibilités et ce n’est pas parce que j’aurais dit en quatre pages ce que je pouvais dire en dix lignes que la situation aurait été meilleure. Peut-être que cela aurait été le cas, mais aujourd’hui, nous faisons une communication précise et factuelle, puis le marché réagit de manière importante et liquide. Tout le monde est informé et réagit à l’instant où on le dit, et c’est ça qui me paraît en définitif le plus important en termes de communication, c’est-à-dire que l’on fait une communication égalitaire, précise et factuelle.

Qu’envisagez-vous en termes de déploiement international ?
Il est évident que notre marché principal, c’est l’Europe. Mais j’aurais tendance à dire qu’il faut «marcher avant de courir»…

Il faut bien comprendre que si on va en Europe, c’est que l’on pense pouvoir conquérir des marchés dans des pays et certaines zones géographiques où nous avons la possibilité de devenir un acteur d’un certain niveau, autrement dit, d’obtenir une position de leader sur le marché.

Alors nous y allons de manière résolue, mais également cohérente : d’abord en France, nous n’avons pas encore tiré la quintessence de tout ce que pouvait nous apporter ce marché, dès lors il ne sert çà rien de courir après un marché distant si déjà ici nous n’avons pas encore pris toutes les parts de marché qui restent. Ces dernières sont d’ailleurs infiniment plus créatrices de valeurs que celles que l’on pourrait conquérir au bout du monde, parce que le coût du développement commercial est beaucoup plus bas et parce que les marchés de masse s’y renforcent. Tout ça fait qu’il faut construire étape par étape.
La France reste un marché sur lequel on n’a pas encore créé toute la valeur que l’on pourrait créer. Nous allons nous y employer.

J’ai reçu des mails d’actionnaires qui me demandaient pourquoi nous ne communiquions pas sur ce que l’on faisait en Angleterre. Nous avons investi là-bas, mais pourquoi ne pas communiquer là-dessus ? Parce que nous avons toujours dit que nous avions une stratégie de développement en Angleterre, que cela fait plusieurs années que nous y investissons, c’est un pays que nous connaissons bien, nous y avons une structure avec des gens qui connaissent très bien ce marché et organisent des partenariats pour y accroître notre présence. Mais tant qu’il n’y aura rien de matériel au sens économique du terme, qui se traduirait donc par du chiffre d’affaires, nous estimons qu’il n’y a pas assez de précisions, et qu’au regard de notre politique de communication, c’est insuffisant. Nous ne souhaitons pas faire de communiqués d’intentions.

Alors oui, nous allons nous développer à l’international, nous souhaitons effectivement devenir leader européen, mais nous devons d’abord être leader en France et nous en avons les moyens. Nous irons ensuite vers les pays que l’on connaît bien parce que nous y sommes depuis longtemps, et puis, il y a d’autres territoires que nous regarderons avec des niveaux d’investissement plus ou moins importants.

Le marché de la télévision n’est pas un marché unique, d’ailleurs l’Europe n’est pas non plus un marché unique, c’est le cas sur le plan juridique, mais pas sur le plan du business. Dans le marché de la télévision, les acteurs sont différents, les modèles de construction sont différents… vous n’avez aucun moyen d’avoir un partenariat transeuropéen en télévision dans la mesure où tous les acteurs sont locaux. Même les plus grands acteurs historiques, ne sont que français, comme pour Canal+, ou Sky qui n’est que anglais… De fait actuellement, nos clients opérateurs de télécoms sont majoritairement présents sur le territoire national. Ce n’est pas parce que nous sommes le fournisseur de NeufCegetel que cela me donne un avantage quelconque en Allemagne ou en Italie.

C’est pour cette raison que les modèles de construction ne sont pas simples et qu’il ne suffit pas juste de dire que l’on va suivre le développement à l’international etc. parce qu’il s’agit d’un marché de localités, et dans chaque pays vous devez reconstruire votre position. Ca peut apparaître comme une mauvaise nouvelle, mais d’un autre côté, une fois que vous détenez une position dans un pays, il sera très difficile de vous en déloger. Dès lors, ce qui peut être un inconvénient à l’international devient un avantage dans le territoire national, d’où la nécessité de s’y renforcer de manière permanente, pour in fine pouvoir construire sur des bases saines.

Allez-vous entamer un développement vous permettant de devenir moins dépendant de NeufCegetel ?
Nous travaillons avec Neuf depuis maintenant près de 4 ans, ce qui, au regard de notre durée de vie, est énorme parce que cela signifie que l’on a construit une bonne partie de nos vies en commun. Nous avons par ailleurs la chance d’avoir des relations globalement excellentes, ce sont pratiquement des relations de «vieux couples» : on s’entend bien, on se connaît bien, on se tutoie à tous les niveaux si je puis dire, de temps en temps c’est un peu tendu, c’est une relation qui existe dans la durée et c’est comme cela qu’il faut la comprendre.

Concernant maintenant la «dépendance», et bien, elle ne me gêne pas parce qu’elle est un peu symétrique. Parce que c’est lorsque l’on a besoin l’un de l’autre que l’on peut construire des relations qui sont «gagant-gagnant». Nous nous tirons de cette relation beaucoup de bénéfices, et je crois que Neuf en retire également beaucoup d’argent, son offre TV est en effet systématiquement classée en première position en termes de qualité de service, etc.

En définitive, je dirais que naturellement notre développement nous conduira à réduire la part, non pas de dépendance, mais de chiffre d’affaires que Neuf a dans le notre, ça c’est l’effet de la croissance, c’est quasiment mécanique, mais encore, oui je suis favorable à une forme de dépendance puisque c’est comme cela que l’on construit une relation dans la durée.  

Questions Easynautes :

NeufCegetel table sur une croissance de 70% de ses revenus au second semestre. Quelles seront les retombées pour Netgem ? Pourquoi avoir laissé plané le doute sur vos ventes au quatrième trimestre ?
Sur la croissance de 70%, évidemment je m’en réjouis, et comme je le disais il y a un instant, il vaut mieux avoir des clients riches. Concernant les retombées pour Netgem, je crois qu’il est important de comprendre le mécanisme de formation du revenus de Netgem par rapport à celui de Neuf : pour nous, s’il y a un impact sur notre chiffre d’affaires ce n’est pas directement la croissance de revenus de NeufCegetel, ce qui a un impact sur le CA c’est la croissance du nombre d’abonnés TV de Neuf dans la mesure où nous fournissons la solution TV liée à son offre Internet. Pour construire un parc d’abonnés, on le fait principalement par le couplage d’une offre Internet+Téléphone avec la télévision, dans le cadre d’une offre tripleplay. Il s’agit là d’un mécanisme d’acquisition.

Donc globalement, le meilleur indicateur jusqu’à présent de la croissance d’activité de Netgem est la croissance du nombre d’abonnés à cette offre tripleplay. L’autre facteur contribuant à cette croissance est un facteur plus récent, et plus difficile à estimer, c’est le travail marketing que réalise Neuf pour fournir à ses abonnés qui ne l’avaient pas encore, la télévision. L’offre triple play de Neuf n’est en effet disponible que depuis un peu plus d’un an environ. 

C’est en prenant en compte ces facteurs et la construction de notre revenu que l’on peut avoir une idée du développement de notre chiffre d’affaires en allant consulter les informations financières fournies par Neuf, notamment sur ses objectifs, y compris à plus long terme, ce qui peut donc être une méthode d’analyse à moyen terme pour Netgem et ses actionnaires… 

Quels seront vos relais de croissance pour atteindre un CA de 115M€ en 2008 ? Confirmez-vous cet objectif pour le prochain exercice ? Quelle part représentera l’international à cette date ?
Nous n’avons pas fait de commentaires particuliers sur ces objectifs, je n’en ferais donc pas maintenant. Nous avons déjà plusieurs fois établi quels étaient nos relais de croissance : la France reste le marché prépondérant avec l’ouverture de marchés complémentaires,liés au lancement de la HD. Cette part là va progresser régulièrement dans nos chiffres sans que l’on ait à ce stade de pourcentage définitif sur ce que ce niveau de pourcentage sera.

Comment envisagez-vous de reconquérir la confiance du marché ? En cas de défiance persistante, l’option d’un retrait de la cote s’imposerait t’elle ?
Il y a deux éléments : depuis notre introduction en bourse, lorsque nous avions à rendre des comptes, les marchés ont été très difficiles, mais la société a continué, quelque fois de manière un peu plus statique, à avancer pour progresser dans la vision fondatrice de Netgem. Nous sommes toujours dans cette vision et nous ferons ce que nous avons annoncé en 2000.
Les personnes qui ont créé cette société sont là depuis le début, elles ont mis leur argent dans ce projet, elles n’ont ni vendu ni acheté de titres -il faudrait le vérifier- et elles sont là pour construire un projet à moyen-long terme.

Ce n’est pas un marché facile, mais nous continuons d’avancer, et on a l’impression aujourd’hui objectivement que l’on est bien plus proche de ce que l’on veut qu’il y a un, deux ou trois ans… Donc pour reconquérir la confiance, c’est de simplement montrer que l’on continue de faire ce que l’on a dit que l’on ferait, et puis bien sûr il y a le côté stratégique : à court terme il y a un moment où nous aurons moins d’incertitudes et où l’on dira ce que l’on va faire. Néanmoins temporairement, on aura calmé cet énervement que je m’excuse d’avoir créé chez nos actionnaires, ce n’était pas par plaisir ! Je n’ai aucun plaisir à voir le cours descendre… Quoiqu’il en soit, fondamentalement à court terme, Netgem reste toujours quelque chose de délicat, mais quelque chose auquel nous continuons de croire.

Paradoxalement d’ailleurs, la plupart de nos actionnaires sont des gens présents depuis longtemps, l’actionnariat a peu évolué, aussi je voudrais leur dire que parfois il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles mais on avance pour construire et les perspectives de ce que l’on a à construire sont exceptionnelles. La capacité de Netgem de devenir leader dans cette perspective, n’a jamais été aussi bonne.

Quant au retrait de la cote, je n’y pense pas.

Pourriez-vous nous préciser ou en est la société du projet annoncé concernant une éventuelle fabrication en Asie ?
Nous progressons très bien là-dessus, pour des raisons que je ne peux pas évoquer nous n’avons pas d’éléments suffisamment précis sur le sujet, mais il n’y a aucune inquiétude à avoir…

Comment envisagez-vous de devenir leader européen et à quel horizon ?
En devenant d’abord leader français, ensuite, en récupérant ce que le marché français nous donnera comme leçon et comme modèle. Je vous prie de croire que l’on peut et que l’on va le faire, je pense qu’avec ce que nous sommes en train de construire nous deviendrons plus visible en 2008…

Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy

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