Très attendu par les professionnels de l’immobilier, le renforcement du prêt à taux zéro faisait l’objet d’une conférence de presse hier au ministère du Logement. « Aujourd’hui les jeunes de moins de 35 ans ont perdu l’espoir de devenir propriétaires », a déploré Sylvia Pinel, la ministre du Logement, avant de détailler les mesures qui doivent selon elle permettre un retour des primo-accédants sur le marché immobilier et créer jusqu’à 50 000 emplois dans le secteur.

Dès le 1er janvier 2016, le prêt à taux zéro pourra financer jusqu’à 40 % de l’achat d’un logement (contre 18 et 26 % aujourd’hui selon les secteurs d’acquisition). Ce relèvement de la « quotité » du prêt doit permettre aux acheteurs potentiels de se constituer une forme d’apport personnel, et de réduire d’autant la part de financement bancaire classique. D’autre part les plafonds de revenus pour bénéficier d’un prêt à taux zéro seront relevés afin, selon la ministre, de permettre à « un maximum de ménages, notamment les jeunes actifs » de bénéficier du dispositif. Ces plafonds varient selon le lieu de résidence et le nombre d’enfants à charge. Les nouveaux seuils serviront également de référence pour le prêt à l’accession sociale (PAS) « pour plus de simplicité ».

Le PTZ version 2016 permettra en outre aux ménages de commencer rembourser leur emprunt au bout de 5, 10 ou 15 ans, selon leur tranche de revenus. Les foyers les plus modestes pourront également allonger leur prêt sur 20 ans minimum afin de réduire le montant de leur mensualité. Enfin le prêt à taux zéro n’est plus réservé au marché du neuf mais est également disponible dans l’ancien, à condition d’y réaliser des travaux de rénovation. Le montant des travaux doit être d’au moins 25% du prix d’acquisition du bien.

"Tournant idéologique"

Ces annonces ont été bien accueillies par le secteur de l'immobilier. Pour Jean-François Buet, président de la FNAIM, ces mesures « montrent clairement que le gouvernement a entendu les professionnels ». Le nouveau prêt à taux zéro « rendra un peu plus facile le financement d’un premier logement pour les jeunes actifs dès lors qu’ils sont en CDI », ajoute-t-il. Il déplore néanmoins que le gouvernement ait entériné la possibilité pour les collectivités locales de relever les droits de mutation jusqu’à 4,5%, ce qui risque d’entraîner un renchérissement de l’achat immobilier.

Pour Raymond Le Roy Liberge, président du groupe Les Provinces et du groupe Sully, « les pouvoirs publics ont enfin réalisé qu'une ère d'efficacité et de pragmatisme devait s'ouvrir, pour libérer les énergies et avancer ». Le renforcement du prêt à taux zéro fait partie des « mesures d’urgence » décrétées en juin 2014 par Manuel Valls pour relancer le secteur de la construction. Parmi ces mesures figurent également la simplification des normes de construction, la mise à disposition de foncier appartenant à l’Etat ou encore le dispositif d’investissement locatif Pinel. Philippe Taboret, directeur général adjoint du courtier Cafpi, salue quant à lui un « tournant idéologique » avec l’élargissement du PTZ au marché de l’ancien. « L'élargissement du prêt à taux zéro dans l'ancien sous conditions de travaux à l'ensemble du territoire est de nature à faire revenir sur le marché, des logements qui en avaient été retirés à cause de leur vétusté ou de leur état très dégradé. En outre, l'ancien assorti de travaux correspond aux contraintes de solvabilité des ménages primo-accédants, sans compromettre leur capacité de consommation, en particulier pour l'équipement du logement », se félicite-t-il.

Laurent Strichard, d'Open Partners, est plus circonspect. S’il reconnait que le dispositif du PTZ a son importance, il rappelle que les taux de la BCE sont eux-mêmes proches de zéro. L’efficacité du dispositif est donc relative aujourd’hui. De plus, « lorsque les banques ne suivent pas certains acquéreurs, c'est en général pour des raisons tenant à leur solvabilité ou à leur surendettement. La possibilité de financer 40% du montant du bien par un PTZ n'est donc pas de nature à changer réellement les choses », relève-t-il.