Immobilier coté, télécoms, banques : comment investir sur les actions à haut dividende

Immobilier coté, télécoms, banques : comment investir sur les actions à haut dividende

(Easybourse.com) Selon la société de gestion, Henderson Global Investors, les dividendes versés en 2014 auraient augmenté de 10,5% sur un an au niveau mondial, à 1167 milliards de dollars. En Europe hors Royaume-Uni, le montant aurait progressé de 229,4 milliards de dollars (+12,3%). La France enregistrerait une hausse de 7,3% sur un an glissant avec un total de 55,9 milliards de dollars. Au Royaume-Uni, les dividendes atteindraient 135,2 milliards de dollars. Ces dividendes devraient s'élever à 1.176 milliards de dollars, en hausse de 0,8%. Trois considérations amènent les investisseurs à s'intéresser davantage que par le passé à la stratégie d'investissement axée sur les actions à dividende : la quête du rendement, la performance boursière et la diversification du portefeuille. Comment aborder cette stratégie sur le segment des actions européennes ? Dans quels secteurs la déployer ? C'est ce que nous avons souhaiter comprendre par le témoignage de plusieurs experts financiers, à la fois gérants d'actifs et professeurs en finance.

Interview de Michel  Albouy

Interview

Michel Albouy

Professeur de finance

Grenoble Ecole de Management

Interview de Alain Pitous

Interview

Alain Pitous

Directeur général adjoint

Talence Gestion

Interview de Eric  Labbé*

Interview

Eric Labbé*

Gérant actions

CPR Asset Management

Interview de Gilles Guez

Interview

Gilles Guez

Directeur des gestions

BFT Gestion

Le contexte de taux bas et surtout la perspective que cette situation soit durable avec les achats massifs de titres souverains à venir par la Banque centrale européenne, rendent la recherche de rendement prioritaire dans les allocations d’actifs. Or au sein de la zone euro, le rendement du dividende se situe à 3,5%. «C’est clairement le meilleur rendement de dividende au sein des grands marchés des actions développées » relève Gilles Guez, directeur des gestions chez BFT Gestion. « Sur le Stoxx 600, 100 sociétés sont destinées à verser un dividende supérieur à 5% dans les 18 mois à venir. 400 sociétés vont distribuer un dividende de plus de 3% » précise Alain Pitous, directeur général adjoint de Talence Gestion.
Se positionner sur le segment des actions européennes pour mener une stratégie d’investissement axée sur les actions à haut dividende parait justifié. Encore faut-il s’attacher à éviter certains écueils.

« Plusieurs remarques sont cruciales à avoir à l’esprit avant de s’aventurer dans une stratégie d’investissement axée sur les actions à haut dividende » met ainsi en garde Gilles Guez.
Tout d’abord, le dividende ne doit pas être le seul critère retenu. « Le dividende est rarement à lui seul un bon critère d’entrée » assure Philippe Lesueur, gérant actions au sein de la société Cholet Dupont. « Une stratégie uniquement axée sur la distribution de dividende ne suffit pas en soi à battre le marché de manière robuste » renchérit Andrzej Kawalec, gérant actions chez Moneta Asset Management.
Par ailleurs, le dividende doit être considéré comme un critère de deuxième niveau. En cela, « il y a lieu de s’attacher avant tout à la qualité des fondamentaux des entreprises et à l’environnement dans lequel elles évoluent » enseigne Andrzej Kawalec. « Ce qui importe c’est de déterminer en premier lieu si la société envisagée se trouve sur le bon marché, est bien gérée, et est capable de prospérer dans les années à venir » conforte Philippe Lesueur.

L’appréciation du dividende doit se faire suivant trois dimension : son niveau facial, sa croissance, sa régularité. « C’est la combinaison dividendes élevés, dividendes en hausse et dividendes pérennes qui vont permettre de distinguer les bons choix d’investissement des trappes à la liquidité, autrement dit des titres qui apparaissent peu chers, qui offrent des bons rendements, mais qui n’ont pas vocation à connaitre une appréciation de leurs cours de bourse, bien au contraire » affirme Gilles Guez. Attention donc aux valeurs qui versent un rendement facial significatif. Mieux vaut préférer les valeurs dont le dividende est limité mais qui peuvent s’apprécier en bourse plutôt que des valeurs dont le dividende est important mais qui sont grandement susceptibles de connaitre une correction à l’instar de TF1, M6 ou encore Neopost. « Le questionnement autour des droits d’achat des évènements sportifs ou des films alimentent un certain scepticisme sur l’évolution de la santé de M6 et de TF1. Aussi le dividende élevé ne porte pas le cours de bourse. Avec Internet, beaucoup d’investisseurs s’attendent à ce que l’activité de courrier de Neopost soit très affectée » éclaire Philippe Lesueur.

Une manière de vérifier l’accroissement et la consistance du dividende est d’évaluer l’abondance du cash flow généré par l’entreprise et l’historique de versement du dividende de cette dernière sur une dizaine d’années. « Il est important que la société estimée ne verse pas un dividende supérieur à sa capacité induite par le cash flow généré » alerte Pierre Duval, gérant actions européennes chez Palatine Asset Management. « Il faut que la génération de cash-flow qui sert à payer le dividende soit le fruit d’une hausse des revenus de l’activité et non le résultat d’opérations financières. Il y a ainsi lieu d’éviter les sociétés qui s’endettent ou qui cèdent des actifs pour payer leur dividende » complète Pierre Nebout, gérant actions chez Edmond de Rothschild Asset Management.

Un seuil de dividende peut le cas échéant être fixé dans la stratégie menée. « Nous estimons pour notre part que le minimum de rendement de dividende qu’un titre doit proposer pour être un candidat à l’achat est le rendement moyen du marché. Nous allons rarement nous intéresser à une action qui offre un dividende inférieur à 3,5% aujourd’hui » avance Gilles Guez.

De manière à être face à un univers d’investissement élargi, il est recommandé de ne pas se cantonner à la zone euro. « Il nous parait primordial de nous intéresser à l’ensemble de la zone Europe, notamment au Royaume-Uni où l’appétit des fonds de pension pour le dividende a incité les sociétés à avoir une démarche importante sur ce point et à la Suisse où de nombreuses valeurs pharmaceutiques sont distributrices d’un dividende significatif comme Roche, Novartis... » explique le directeur des gestions de BFT Gestion.

   Sur quels secteurs se positionner ?

Structurellement quatre secteurs versent des dividendes élevés : le secteur bancaire, le secteur des services aux collectivités (fourniture d’électricité, traitement de déchets, traitement de l’eau), le secteur des télécoms et le secteur de l’immobilier coté.

Immobilier coté

La vision est contrastée s’agissant de ce secteur. « Nous avons allégé nos positions dans les foncières. Nombre d’entre elles se traitent sur des niveaux au dessus de l’actif net réévalué. Le repli des taux d’intérêt qui autorise un endettement moins couteux et une réévaluation par réactualisation plus élevée est dans une large mesure intégré » indique Pierre Duval. Tel n’est pas l’avis d’Andrzej Kawalec. « Nous pensons que les sociétés immobilières en général assez endettées vont continuer à pouvoir se refinancer dans de bonnes conditions pendant longtemps».
Pour ce dernier, il resterait une série de dossiers très décotés, surtout parmi les petites valeurs à l’instar de Terreis, Cegereal, Altarea ou de Selectirente.

Le marché immobilier allemand est majoritairement plébiscité par les experts car il offrirait un certain retard en termes de valorisation. Alors que Pierre Duval se dit être exposé à Deutsche Annington, Andrzej Kawalec affectionne tout particulièrement Deutsche Wohnen « qui possède 110 000 logements à Berlin valorisés à moins de 1000 euros le mètre carré ». Pour ce qui est de la France, Unibail a été présenté comme valeur attractive à plusieurs reprises. « L’action Unibail est indéniablement l’une des meilleures du segment » argue Pierre Duval. « Le titre se paie sur un free cash-flow yield 2016 de 4.5%, contre 6.3% en incluant la création de valeur par le pipeline de développement » énonce Andrzej Kawalec.
Pierre Duval précise être également revenu, dans le secteur immobilier, sur le promoteur Nexity qui garantie un rendement de l’ordre de 5,5%, à raison de 2 euros par action, et qui devrait être porté par le redémarrage de la construction dans l’Hexagone.

Télécoms

Le secteur des télécoms rencontre l’engouement de la plupart des intervenants. « La bonne nouvelle est l’inflexion observée dans le retour de la croissance des cash-flows après de nombreuses années de baisse. C’est un point capital qui permet d’envisager la soutenabilité des dividendes, ce qui devrait s’accompagner par une poursuite de la revalorisation du secteur » analyse Pierre Nebout. « Le mouvement de concentration qui est en œuvre devrait conduire à une amélioration du profil concurrentiel et de la rentabilité des opérateurs. En outre une monétisation grandissante des données autorise un surplus de revenus » atteste Gilles Guez.
« Nous avons dans ce secteur Orange, Vodafone, British Telecom, Teliasonera, Deutsche Telekom, Telefonica» signale Philippe Lesueur. « Nous sommes notamment positionnés sur Orange, Deutsche Telecom et Telefonica dont les résultats couvrent largement les coupons » allègue Pierre Duval. « Nous n’avons qu’une seule ligne sur ce secteur, Iliad » annonce de son côté Andrzej Kawalec.

Sociétés de services aux collectivités

La lecture sur le secteur des sociétés de services aux collectivités n’est pas uniforme. « Nous apprécions le secteur du traitement de l’eau et des déchets. Ainsi nous avons en portefeuille Veolia et Suez Environnement » nous apprend Pierre Duval. Philippe Lesueur préfère de son coté les sociétés qui exploitent un réseau (d’électricité, de distribution de gaz)- avec des valeurs comme Terna, Stam en Italie, Red Electrica, Enagas en Espagne, National Grid au Royaume-Uni et les opérateurs de satellite comme Eutelsat ou SES.

Un moindre engouement est clairement affiché pour le secteur de l’électricité et du gaz. « La fluctuation des cours des matières premières, associée à la variabilité de la réglementation et au risque de modification des modes de production et aux accidents qui peuvent survenir, nous poussent à douter de la capacité d’EDF ou de GDF Suez à maintenir leur dividende. C’est ce qui explique d’ailleurs le mauvais comportement de ces titres en bourse » certifie Philippe Lesueur. « Nous apprécions le profil de GDF Suez en tant que titre de fond de portefeuille. Le dividende distribué est de 1 euro, payé en cash, soit un rendement supérieur à 5%. Il ne nous semble pas que ce niveau soit menacé car les cash flows générés sont importants » nuance cependant Andrzej Kawalec.

  Banques

L’enthousiasme n’est pas non plus au rendez vous s’agissant du secteur bancaire. « Nous estimons ne pas avoir de visibilité suffisante sur la distribution des dividendes. Dernièrement la BCE a insisté sur la manière dont devait être utilisé le surplus des revenus générés par les activités bancaires : en premier lieu pour renforcer les fonds propres, ensuite pour distribuer plus de crédits, enfin pour rémunérer les actionnaires » prétend Pierre Nebout.
« Le versement du dividende dans le secteur bancaire est totalement aléatoire. En apparence le dividende est élevé mais la capacité à le verser réellement est très douteuse » déplore Philippe Lesueur. « Nous sommes sous pondérés sur les banques. Le contexte est compliqué. La réglementation s’est endurcie. Les valorisations nous paraissent justes. Nos principales détentions en Europe sont BNP et Intesa San Paolo en Italie. Cette dernière banque recommence, à l’issue de sa restructuration, à distribuer un coupon correct d’environ 2,8% » mentionne Pierre Duval. « Nous avons seulement quelques lignes sur les valeurs bancaires, singulièrement BNP et Société Générale dont les valorisations sont faibles. Les résultats de ces sociétés sont sous pression et du coup les dividendes aussi, mais ceux-ci pourraient revenir à de meilleurs niveaux. Nous sommes également présents sur les Caisses de Crédit Agricoles cotées dont l’activité est moins volatile » évoque Andrzej Kawalec.

Valeurs de croissance et secteur pétrolier

Une exposition sur des valeurs de croissance classiques qui offrent un rendement avantageux est recommandée par Pierre Duval. « C’est le cas par exemple d’Unilever dont le rendement associé est d’environ 3,5%. Dans la même logique, nous sommes aussi présents sur Henkel et L’Oréal dans les cosmétiques et sur Pernod Ricard dans les spiritueux qui verse un rendement de 1,70% ce qui revêt un vif intérêt lorsque l’on retient à l’esprit que le taux à dix ans français se situe à 0,66% ».

L’avis est manifestement négatif sur le secteur pétrolier. « Nous avons plutôt eu tendance à nous alléger sur les valeurs pétrolières comme Total. La société distribue actuellement un dividende de 5%. Il n’est pas du tout certain que le management soit en mesure de maintenir un tel rendement à l’avenir » met en garde Pierre Duval. « La chute du baril a mis le secteur sous pression alors qu’il s’était engagé à distribuer ses dividendes par le cash flow opérationnel, c’est-à-dire sans recours à des cessions d’actifs ni bien sûr à l’endettement… Nous sommes ainsi sortis de Eni, la plus exposée à un risque de devoir couper son dividende dans ce nouveau contexte de prix du pétrole » avise Pierre Nebout.

  Attention à une éventuelle surchauffe

Une surchauffe sur le segment des actions à haut dividende a été observée aux Etats-Unis en partie du fait de la politique d'assouplissement monétaire menée par la Fed (voir l’article en date rédigée à ce sujet en date du 5 février intitulé « La chasse aux dividendes élevés sur le marché des actions américaines risque de mal finir, prévient un gérant d'ING IM »).
La question pleinement posée est de savoir si nous pourrions connaître le même phénomène en Europe du fait de la quête de rendement par les investisseurs face à des taux durablement bas et étant donné l’abondante injection de liquidité à venir de la part de la BCE.
Ce qui est certain c’est que pour l’instant nous ne sommes pas en Europe sur des zones de survalorisations massives. « Nous ne pouvons aucunement parler de bulle. La valorisation du marché des actions européennes reste dans la norme historique et n’intègre aucunement des hypothèses de croissance bénéficiaires exubérantes. Par ailleurs, le taux de distribution n’est en aucun cas excessif, à environ 50% pour le CAC 40 et avec des bilans d’une solidité qui autorisent largement ces retours à l’actionnaire » atteste Pierre Nebout.

Une marge de manœuvre existe. Le PE du MSCI EMU se situe à 14,9, le ratio price to book à 1,6 et le ratio price to cash flow à 9. « La dépréciation de l’euro, le repli du cours du pétrole, la faiblesse des taux de refinancement sur le marché obligataire militent pour un accroissement des bénéfices cette année avec parallèlement un ajustement des PE » augure Pierre Duval.
Du temps est accordé. « Les taux d’intérêt sont destinés à rester bas encore longtemps. Les perturbations sur les marchés ne devraient pas se sentir avant un moment » présage Philippe Lesueur.

Ceci étant, les mêmes causes pourraient créer les mêmes effets des deux cotés de l’Atlantique » admet Pierre Duval. « Il est indéniable que l’assouplissement quantitatif de la BCE aura des effets. Nous devrions en cela assister à des investissements sur les actions, par extension de l’effet cascade d’écrasement des rendements sur les autres actifs financiers. Les rendements pourraient s’amenuiser comme nous avons déjà pu le constater sur le secteur des télécoms. Le gisement accessible pourrait être moindre» développe Pierre Nebout.
« Le rallye que nous venons de vivre dernièrement sur les foncières apparait clairement comme une illustration d’une certaine frénésie » reconnait Andrzej Kawalec.

Une manière de contourner cette surchauffe éventuelle est de s’orienter vers des secteurs non traditionnellement distributeurs de dividendes, « comme les médias ou la consommation discrétionnaire » note Pierre Nebout. « Il faut aller dans les secteurs moins évidents » exhorte Andrzej Kawalec.

Imen Hazgui

Publié le 18 Février 2015