«L’épargne à long terme est une thématique à la mode. Cela fait longtemps que le sujet est mis sur la table. Cependant on en parle, on en parle mais on agit dans le sens inverse» commente d’entrée de jeu, Paul-Henri de La Porte du Theil président de l’AFG. «Nous souhaitons alors réagiter ce sujet dans une nouvelle fenêtre qui vient de s’ouvrir».
Effectivement, le gouvernement Hollande a commandé récemment à deux parlementaires, Karine Berger et Dominique Lefebvre, un rapport sur les moyens de développer l’épargne longue. Celui-ci devrait être remis d’ici la fin de l’année.
Le président de la République lui-même s’est montré encourageant en évoquant la nécessité de créer un PEA pour les PME et de revoir les conditions d’utilisation de l’épargne salariale dans un sens plus positif.

Constat de fait

«Cela fait longtemps que l’épargne longue est mise à mal en particulier sur le plan fiscal», observe M de La Porte du Theil, «toutefois le projet de loi de finance 2013 a accéléré l’alourdissement de cette taxation».
Pour ce dernier si l’on met bout à bout ce qui a été prévu en ce qui concerne la taxation de l’épargne à long terme- tels que le passage du forfait social de 8 à 20%- on arrive à une fiscalité totalement dissuasive dans un contexte où l’appétence pour le risque n’est pas grand. «Nous avons perdu près de deux millions d’investisseurs sur le marché des actions depuis le début de la crise. Ces derniers sont passés de 6 millions à un peu moins de quatre millions d’individus» rappelle le président de l’AFG.
Parallèlement, il parait déplorant aux experts de l’AFG que le gouvernement ait favorisé le développement du livret A. «Avec un taux de rémunération de 2,25%, nous sommes face à une véritable aberration économique qui fausse à la fois l’orientation des épargnants et leur jugement. Un placement au jour le jour sans risque ne devrait pas rapporter un tel rendement» affirme M de La Porte du Theil.

L’épargne à long terme, singulièrement l’épargne en actions est cruciale pour le financement de l’économie et le redémarrage de la croissance. Or «il n’existe pas, à ce jour, d’instruments adéquats pour aider cette épargne à servir à ce financement. Le besoin ne se fait pas encore ressentir parce que l’économie demeure morose. Cependant, si l’on ne fait rien, nous risquons fortement de freiner la reprise lorsque celle-ci sera au rendez-vous» met en garde M de La Porte du Theil.

Ainsi parce qu’il vaut mieux rectifier le tir que persister dans l’erreur, l’AFG a formulé un certain nombre de propositions réglementaires et fiscales pour aider à l’acheminement de l’épargne abondante des Français vers l’investissement de long terme.

Un nouveaux type d'OPCVM 


Les mesures réglementaires sont au nombre de trois. L’AFG propose notamment d’adapter les OPCVM de manière à favoriser l’investissement sur un long horizon.
«L’OPCVM est un très bon outil. Il permet une gestion professionnelle, agréée, contrôlée, diversifiée et liquide» note Pierre Bollon, directeur général de l’AFG.
Cependant, de par leur caractère liquide, ces produits de placement n’investissent pas suffisamment sur le long terme. «Il est difficile au gérant de placer sur une longue échéance si l’épargnant peut simultanément sortir à tout moment».

Aussi, à côté des OPCVM classiques, l’AFG suggère de créer des FCIPLT (Fonds commun d’investissement productif à long terme). L’acronyme n’est pas arrêté, mais l’idée est là.
«Nous pouvons remarquer que dans le cadre de la consultation lancée par la Commission européenne pour améliorer les produits UCITS (appellation européenne pour OPCVM), l’organe exécutif de l’Union européenne a justement soulevé la question de la création de produits collectifs à long terme» souligne Pierre Bollon. «Ceci témoigne du fait qu’il est grand temps d’avancer sur ce point».

Les caractéristiques de ces produits ne sont pas précisément définies mais des éléments ont pu être évoqués. «Ces nouveaux OPCVM investiraient dans des titres d’entreprises au moins au deux tiers (actions et obligations d’entreprises) avec un minimum obligatoire dans les actions. Ils seraient accessibles à tout public avec un avertissement spécifique eu égard à leur liquidité. Celle-ci ne serait pas valorisée quotidiennement. Il y aurait des fenêtres envisagées pour permettre aux épargnants d’entrer et de sortir» développe Pierre Bollon.

«Nous ne demandons pas à ce que ces produits bénéficient d’une fiscalité propre plus avantageuse que les OPCVM classiques. Ces FCIPLT s’inscriraient dans les enveloppes actuelles, PEA et assurance vie. Un coup de pouce fiscal pourrait seulement leur être donné s’ils s’avèrent de puissants financeurs de l’économie» fait remarquer Paul-Henri de La Porte du Theil.