« La détermination du meilleur système de financement de la croissance, par le crédit ou par le marché, est un vieux débat dans l’ensemble des grandes organisations mondiales, Fonds monétaire internationales, Banque mondiale, OCDE... », reconnait Florian Pelgrin, professeur d'économie à l’EDHEC Business School » et à l’Université de Lausanne lors d’une conférence organisée par la société Swiss Life Asset Managers ce vendredi 15 novembre.

« Depuis plusieurs mois il est question de rendre grâce à ce qui se passe aux Etats-Unis et de reproduire le même modèle dans la zone euro. C’est oublier que la nature de la crise au départ est quelque peu différente aux Etats-Unis et en dans la zone euro. C’est également oublier que la politique monétaire implémentée de part et d’autre n’est pas similaire» poursuit l’économiste.

Il y a lieu de s’interroger sur les raisons pour lesquelles les mécanismes de transmission de la politique monétaire dans la zone euro ne fonctionnent pas. Malgré les efforts successifs entrepris par la Banque centrale européenne, malgré l’établissement du taux directeur de refinancement à un niveau historiquement bas, dernièrement à 0,25%, des taux d’intérêt exorbitants sont pratiqués par les banques des pays périphériques et le volume d’octroi de crédits est en baisse de 3,5% sur un glissement annuel à l’intérieur de l’union monétaire. «Au-delà de la fragmentation des marchés au sein de la zone euro-les banques des pays coeurs comme l’Allemagne ayant de moins en moins tendance à prêter à des conditions avantageuses aux banques vulnérables comme l’Espagne ou l’Italie-la structure de bilan des banques européennes est moins solide que celle des banques américaines. Si l’on considère l’effet de taille et la composition, les banques européennes ont pris du retard dans le processus d’épuration de leur bilan » explique Florian Pelgrin.

Pour ce dernier, nous pourrions alors retrouver un volume de crédits classiques plus important, si les banques accéléraient le nettoyage de leur bilan. « De ce point de vue, les stress tests envisagés par la BCE au printemps prochain devrait permettre d’activer le mouvement ».

En outre, il est crucial de prendre en compte dans la volonté de développer de manière tous azimuts la désintermédiation en Europe, les conséquences éventuelles que pourrait avoir sur les marchés financiers l’interruption de la politique ultra accommodante de la Réserve fédérale américaine. « A ce jour, une forte incertitude persiste s’agissant d’une vive remontée des taux. Des turbulences ne sont pas à exclure » met en garde Florian Pelgrin.

« Le message selon lequel il faudrait appliquer la bonne recette des Etats-Unis à l’Europe parait ainsi simplificateur » en déduit l’expert.

Cette position est en partie partagée par Robert Ophèle, sous-gouverneur de la Banque de France. «Les banques ont depuis longtemps en Europe une relation de proximité avec les entreprises dès lors qu’elles tiennent leur compte courant. Elles disposent ainsi mécaniquement d’informations privilégiées. Ne pas les mettre au cœur du financement direct ou indirect des entreprises serait une erreur majeure pour l’ensemble de l’économie réelle de la zone euro ».

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