« La BCE contribue déjà au retour de la confiance au sein de la zone euro. Au-delà de s’assurer de retenir des taux d’intérêt proche de 0 pour une durée prolongée, l’institution monétaire devrait participer à la relance économique de la zone euro » considère Patrick Barbe. Une des manières de le faire serait alors de procéder à un programme d’achat de titres de dette d’entités supranationales, en premier lieu desquels les fonds stratégiques d’investissement créés par certains Etats membres de la zone euro ou comme celui du plan Juncker.
Par l’acquisition massive d’obligations émises par ces structures, la BCE serait en mesure d’aider au financement de projets sans pour autant assumer le risque industriel.

« Il existe aujourd’hui de très nombreux projets qui ne trouvent pas les ressources financières suffisantes pour se développer car ils sont estimés économiquement peu rentables et donc hors norme des risques pour les banques comme pour les marchés. Ces projets pourraient être financés à un moindre coût par certains organismes supranationaux spécialisés dans l’aide à l’investissement avec l’appui de la BCE » explique Patrick Barbe.

Au-delà des titres de dette des entités supranationales, deux autres hypothèses sont émises sur le marché s’agissant des voies que la BCE pourraient exploiter pour accroitre considérablement son bilan et assurer sa mission première de stabilisation des prix au sein de la zone euro : l’achat d’obligations d’entreprises et l’achat de titres de dette d’ Etat.
Patrick Barbe estime la première idée comme pouvant être utile mais difficile à mettre en œuvre. Les taux de refinancement des entreprises européennes de bonne qualité sont déjà extrêmement bas. Un QE de la BCE sur ce terrain n’aurait que peu de répercussion. En revanche, ce QE pourrait s’avérer salutaire sur le segment des obligations des entreprises plus risquées. Toutefois la BCE est cantonnée à des règles et ne peut pas se permettre de dégrader considérablement son bilan en se portant abondamment acheteuse d’obligations à haut rendement, considère le responsable de la gestion obligataire Europe de BNP Paribas IP.

Un QE conduit sur le segment des titres de dette d’Etat serait, quant à lui, non seulement compliqué à mener mais aurait surtout une faible efficacité. En premier lieu, parce que les taux d’intérêt sont d’ores et déjà proches de 0. Ensuite, parce que l’institution a déjà fait ce qu’il fallait pour abaisser l’euro en établissant son taux directeur de rémunération des dépôts des liquidités des banques européennes en dessous de 0, à -0,20%. Les banques sont ainsi dissuadées de conserver trop d’euros actuellement.
Par ailleurs, dans le cas où la BCE se mettait à vouloir racheter des titres de dette d’Etat, il faudrait qu’elle trouve des vendeurs sur le marché secondaire qui veuillent bien lui céder des titres, les émissions sur le marché primaire étant insuffisantes. Or il n’est pas du tout évident que les banques consentent à échanger des titres détenus dans leur bilan dès lors qu’elles ne sauraient pas trop quoi faire avec la liquidité octroyée en contrepartie. Il faudrait alors que le taux de rémunération des dépôts soit remis au dessus de 0 pour permettre aux banques de parquer leur liquidité.

A cela s’ajoute le fait que le QE pourrait s’avérer contre productif. L’anticipation d’une remontée des taux longs sous l’effet de l’influence de la normalisation de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine et de la reprise économique au sein de la zone euro pourraient fort bien inciter les investisseurs à des prises des bénéfices et donc pousser à une remontée des taux.