« Les facteurs de soutien au rallye des actions européennes sont évidents » admet Catherine Garrigues. La reprise économique semble au rendez-vous. L’Italie connait une stabilisation de sa croissance, l’Allemagne une accélération. Entre les deux, plusieurs grands Etats membres comme la France affichent des signes de rétablissement.

Le momentum sur l’évolution des bénéfices se veut éminemment positif. « Le consensus table sur un accroissement des profits entre 10% et 12%. Il n’est pas exclu qu’in fine la hausse soit comprise entre 15% et 18% » signale Catherine Garrigues. Trois principaux facteurs expliquent cette prévision.
La dépréciation de l’euro entamée au second semestre de l’année dernière a été accentuée par le déclenchement du programme de quantitative easing de la Banque centrale européenne au cours des premiers mois de l’année. « Or la cote européenne est très sensible aux fluctuations monétaires. De nombreux secteurs sont très aidés par l’affaiblissement de la monnaie unique ».
Les taux sont bas et ont vocation à le rester au moins jusqu’en septembre 2016, autrement dit jusqu’à la fin présumée du QE de la BCE, « ce qui permet une diminution des frais financiers à l’occasion de renégociation ou de reconduction de la dette ».
Le cours du baril s’est, en outre, considérablement replié impactant positivement le cout de production de nombreuses sociétés de la région.

Face à un tableau macroéconomique et microéconomique embelli, les flux devraient continuer à arriver. « Beaucoup d’investisseurs qui avaient déserté le marché du fait de la crise en premier lieu, puis de la panne observée sur la dynamique de croissance en second lieu, devraient revoir leur positionnement. Ce d’autant plus que le rendement des actions européennes, autour de 3%, est singulièrement attractif comparativement à ce que rapportent les autres classes d’actifs dans la région : monétaire, obligataire souverain, et crédit de bonne et de moins bonne qualité».

Les menaces perçues pour cette année sont très modérées. La sortie de la Grèce de la zone euro est peu vraisemblable. « La zone euro aurait trop à perdre de laisser la Grèce s’en aller. L’essentiel de la dette grecque est détenue par des investisseurs publics. Une restructuration de cette dette n’aurait pas d’effet collatéral majeur si ce n’est pour certaines banques grecques ». Un terrain d’entente devrait donc finir par être trouvé.
De plus, une déception liée à l’évolution de la conjoncture est envisageable mais peu probable cette année.

Allocation sectorielle recommandée

« A l’issue des trois premiers mois de l’année, les secteurs les plus performants ont été l’automobile, la santé et la construction » relève Catherine Garrigues.

Plusieurs éléments peuvent expliquer le rallye dans le secteur automobile, comme la dépréciation de l’euro, le fléchissement des taux, ou le déroulement de divers processus de transformation réussis comme celui de Peugeot-qui a gagné 50% depuis début janvier- de Renault ou de Daimler. La santé a également tiré avantage du faible cout d’endettement qui a permis de faciliter des opérations de fusions-acquisition et a amené une expansion des multiples en conséquence. Le secteur de la construction a clairement été porté par le redémarrage de la croissance économique.

Pour la suite des évènements, Catherine Garrigues préconise-entre autres- de privilégier le secteur des télécoms. « Nous sommes exposés à ce secteur depuis deux ans du fait de la conviction d’un changement de paradigme. Nous sommes d’avis que nous sortons d’un environnement déflationniste pour aller vers un environnement reflationniste grâce à la décision prise par le régulateur d’accorder une rentabilité plus forte des investissements effectués par les opérateurs en modifiant le mode de rémunération de ces derniers en particulier dans la fibre et la 4G. La génération de nouvelles capacités amènera à une amplification plus notable de la demande et à la possibilité de renchérir davantage les forfaits proposés. L’annonce d’Orange de son intention de dépenser 15 milliards d’euros de capex est un très bel exemple en la matière ».

Parmi les secteurs délaissés par les investisseurs depuis début janvier figurent, à juste titre, selon la responsable d’Allianz GI, le secteur de l’énergie et le secteur des services aux collectivités- à l’exception de l’activité de l’environnement et de l’activité du traitement de l’eau-en raison du recul du prix du pétrole. « Le secteur de l’énergie a, de plus, été pénalisé par ses lourds investissements réalisés ces années passés-un triplement des dépenses constaté entre 2004 et 2014 pour autoriser une exploration et une production dans des zones plus difficiles d’accès ».

Une certaine prudence est pour le moment témoignée à l’égard du secteur bancaire dans son ensemble même si celui-ci peut le cas échéant retrouver un attrait en raison de sa forte décote et de sa distribution de dividende. « Il est difficile de faire du secteur bancaire un cas d’investissement ''bullish''. Le régulateur a bridé le secteur en imposant un ratio de fonds propres élevé et un ratio de levier faible. Le modèle de développement doit être révisé à l’issue de quatre années d’absence de croissance. Le taux de désintermédiation bancaire est voué à s’élever face à des taux de marché historiquement bas ». L’experte détient surtout quelques convictions dans le domaine comme Intesa SanPaolo.

Au-delà de l’allocation sectorielle, Catherine Garrigues recommande de mettre l’accent sur les sociétés structurellement créatrices de valeur, autrement dit des sociétés qui ont un cash flow visible, pour lesquelles le risque de voir un recul du chiffre d’affaires ou des pertes est quasi nul. Les illustrations de L’Oréal, Amadeus, Bayer ont été mentionnées.
Les sociétés qui vivent une phase de restructuration sont également plébiscitées, en d’autres termes les entreprises qui veulent faire évoluer leur business model et qui pourraient ainsi renouer avec une augmentation de leurs marges bénéficiaires grâce à une forte dynamique opérationnelle à l’instar de Veolia ou de Delhaize.

Sur le plan géographique, aucune préconisation n’a été formulée même si le rallye de +23% pour le Dax allemand est analysé comme étant « très logique ».
« Ayant été moins présente dans les allocations début 2014 par rapport à l’Italie et l’Espagne pour lesquelles une réduction des taux était escomptée, l’Allemagne s’est inscrite dans un phénomène de rattrapage en ce début d’année sous l’impulsion du programme de rachat massif de la BCE. Les entreprises allemandes étant les grandes gagnantes du QE par le renforcement de leur capacité exportatrice et de leur capacité d’endettement».

A lire également l'article : ''Un des principaux risques identifiés pour les actions de la zone euro par Allianz GI, la faiblesse de l'euro''