C'est un mariage de raison entre deux groupes on ne peut plus complémentaires, au moins sur le papier: Essilor, numéro un mondial de verres correcteurs (Varilux, etc) et le lunetier italien Luxottica, propriétaire des marques Rayban, Oaxley ou encore Vogue, ont annoncé lundi leur accord pour une fusion "entre égaux".

L'opération doit être bouclée dans le courant du second semestre 2017, sous réserve de l'approbation des actionnaires des deux groupes et des autorités de la concurrence. Elle créerait un acteur "de premier plan permettant de proposer une offre complète associant un portefeuille important de marques, une capacité de distribution mondiale et la complémentarité de leurs expertises dans les verres correcteurs, les montures et le solaire", selon les deux groupes. Ce nouvel ensemble pèserait 46 milliards d'euros en bourse, afficherait un chiffre d'affaires de plus de 15 milliards et emploierait quelque 140 000 collaborateurs.

"Nous savions déjà depuis quelques temps que ce rapprochement constituait la meilleure solution, mais c’est seulement aujourd’hui que les conditions nécessaires à la réalisation de cette alliance sont réunies", a commenté dans un communiqué Leonardo Del Vecchio, le fondateur et président exécutif de Luxottica.  A moyen terme les deux groupes tablent sur des synergies de chiffre d'affaires et de coûts comprises entre 400 et 600 millions d'euros et pensent pouvoir faire encore mieux à long terme.

En 2015 Luxottica a généré un chiffre d'affaires de 9 milliards d'euros, en hausse de 17%, pour un bénéfice net de 854 millions. Les ventes d'Essilor se sont montées à 6,7 milliards (+18%) pour un bénéfice de 757 millions. Le groupe français a cependant revu à la baisse ses objectifs courtant 2016 face au ralentissement de certains de ses marchés clés dont les Etats-Unis. Deux avertissements successifs, en octobre et novembre, ont fait chuter le titre 15%. Des pertes quasiment effacées aujourd'hui par l'annonce du rapprochement, qui fait bondir l'action de plus de 13% à la mi-journée tandis que Luxottica s'adjuge 8% .

Des obstacles restent à franchir

"Cette opération serait parfaite sur le papier dans la mesure où chacun des groupes est leader dans sa catégorie", commente le courtier Bryan Garnier, qui réaffirme sa recommandation 'achat' et sa valeur intrinsèque de 123 euros sur Essilor. Cependant elle doit encore recevoir l'aval des autorités de la concurrence, notamment en Europe et aux Etats-Unis. Or, le groupe serait un  "fournisseur hégémonique" pour de nombreux opticiens indépendants et pour la chaîne optique, selon l'analyste. Des concessions pourraient être exigées par Bruxelles.

D'autre part, Bryan Garnier doute de la viabilité de l'accord de gouvernance passé entre Hubert Sagnières, PDG d'Essilor, et le président-fondateur de Luxottica Leonardo Del Vecchio. Pressentis pour être respectivement PDG (Del Vecchio) et et vice-président-directeur général délégué (Sagnières), tous deux exerceraient "les mêmes pouvoirs", d'après le communiqué. Concernant les modalités financières de l'opération, la holding familiale Delfin, propriétaire de 62% de Luxottica apportera sa participation à Essilor contre des actions nouvelles émises par le groupe français sur la base d'une parité d'échange de 0,461 action Essilor pour une action Luxottica. Dans un deuxième temps, Essilor lancera une offre publique d'échange obligatoire sur l'ensemble du capital de Luxottica afin de retirer cette dernière de la Bourse.

Les analystes d'UBS se montrent plus enthousiastes, soulignant la diversification géographique des deux groupes et la logique d'une intégration des activités de fabrication de verres et de montures. Le marché mondial des lunettes était évalué à 100 milliards de dollars en 2015 et il continue à croître sous l'effet du vieillissement de la population et d'un meilleur accès aux soins dans les pays émergents. Tout en confortant leurs positions en Europe et en Amérique du nord, Essilor et Luxottica semblent viser de nouveaux marchés, rappelant que 2,5 milliards de personnes ne bénéfiient d'aucune correction visuelle aujourd'hui.