S'il suscite des inquiétudes du côté des syndicats et d'une partie de la classe politique française, le rapprochement des activités ferroviaires d'Alstom et de Siemens est jugé positivement par les investisseurs. La plupart des analystes estime en effet qu'en s'adossant à son grand frère allemand, Alstom se donne les moyens de ses ambitions internationales.

L'opération donnera naissance au numéro deux mondial des matériels roulants (trains, métros, trams, etc) et leader dans le domaine de la signalisation. Avec un chiffre d'affaires cumulé de 15 milliards d'euros et un carnet de commandes de 61 milliards, la nouvelle entité sera mieux à même de rivaliser avec le géant chinois CRRC et ses 28 milliards de chiffre d'affaires, notamment dans les marchés émergents.

Pour Société Générale, le rapprochement des deux équipementiers est "une association parfaite", bien meilleure que celle explorée par Siemens avec le canadien Bombardier. Elle offre "de très solides complémentarités, tant au niveau du portefeuille de produits que de la couverture régionale" et devrait "asseoir (le) profil de croissance rentable" du futur groupe. Le bureau d'études a relevé son objectif de cours sur Alstom de 35 à 41 euros.

De même pour Oddo BHF, la réunion des d'Alstom et des activités ferroviaires de Siemens "offre plus de potentiel" que chacun pris séparément. 'Nous voyons cette 'Newco' (nouvelle société, ndlr) comme une extension de l'histoire de redressement d'Alstom - avec dividendes en prime', indique le courtier. En effet, si l'opération se réalise – fin 2018 selon les prévisions des deux groupes - les actionnaires d'Alstom recevront jusqu'à 8 euros de dividendes exceptionnels. Oddo note également la rentabilité nettement plus élevée de la filiale de Siemens, un atout dans un secteur nécessitant de lourds investissements.

Les synergies en question


"L'opération devrait être bien reçue, la surprise positive étant l'objectif de synergies qui est bien supérieur à ce que le marché attendait", observent pour leur part les analystes de Morgan Stanley. Alstom et Siemens tablent sur des économies de coûts de 470 millions d'euros par an à partir de 2022. Cet objectif est cependant jugé "trop ambitieux" par Deutsche Bank qui table sur la moitié environ d'économies (270 millions) mais maintient sa recommandation Conserver sur le titre.

Nuançant également sa position et sa recommandation d'achat, Oddo souligne que "des changements importants dans le marché ferroviaire, des prix de vente, des avances clients peuvent avoir une incidence notable sur ces perspectives. De même, la clôture du deal est sujette à de nombreuses autorisations et feux verts (AGE, anti-trust) qui peuvent créer des rebondissements durant toute l'année 2018".

Le titre Alstom a clôturé mardi en hausse de 0,2% à 35,9 euros, son meilleur niveau depuis août 2011. Il a pris 20% depuis le 20 septembre.