Espace Industrie - News, articles, interviews et dossiers

Le PMU à cheval sur son monopole

Le PMU à cheval sur son monopole

(Easybourse.com) Premier opérateur de pari mutuel européen, troisième mondial, un chiffre d'affaires d'entreprise qui compte parmi les 50 plus importants de France: créé en 1930, le PMU fait toujours recette. A la tête du groupe depuis 1997, Bertrand Bélinguier a largement contribué à la modernisation de l’entreprise. Aujourd’hui, l’institution des courses fonctionne bien, avec 6,8 millions de parieurs en 2005.

Matin d’amour, Litchi du Houssay, Sans défense, Music du soir, Salesman…Ne vous méprenez pas, ce sont des noms de chevaux. Et pas n’importe lesquels: il s’agit de la crème de la crème, de véritables athlètes qui ont passé la barrière des qualifications les autorisant à courir sur les hippodromes français. Si ces pur-sang et autres trotteurs ont des noms barbares, ils peuvent rapporter des fortunes à leurs propriétaires. 

Pour les turfistes, le jeu est plus risqué, surtout parmi les plus modestes dont certains n’hésitent pas à miser leur paye. Qu’ils agissent par passion des courses, par appât du gain ou par dépendance au jeu, le résultat est le même : beaucoup y laissent leur chemise.

Ils ne représentent toutefois qu’une minorité: le PMU estime à 5% la proportion de parieurs passionnés, lecteurs assidus de la presse hippique qui jouent plusieurs fois par semaine. 55% des parieurs sont tout de même considérés comme des clients réguliers, appréciant la convivialité du PMU et jouant tous les week-ends. Les 40% restants sont des joueurs occasionnels attirés par les grands événements hippiques.

Un poids économique majeur

Qu’ils soient accros ou non, ces 6,8 millions d’amateurs remplissent les caisses du pari mutuel urbain, un GIE (Groupement d’intérêt économique) qui compte 54 membres : France Galop, le Cheval Français et 52 sociétés de courses.

Le chiffre d’affaires du PMU a en effet augmenté de 47,5% entre 1999 et 2005, soit 7,9% par an. Il s’élevait à 8,13 milliards d’euros l’année dernière, ce qui représente 41% du total du chiffre d’affaires des jeux en France, malgré un budget publicitaire 3 fois inférieur à celui de la Française des jeux. «Le PMU est le pilier financier quasi unique de la filière cheval», souligne le rapport Trucy de la commission des finances du Sénat.

Et cela n’est pas prêt de s’arrêter:
le montant des enjeux augmente d’année en année, tandis que le nombre de joueurs reste relativement stable. Les Français jouent donc de plus en plus, mais la somme de leurs gains évolue proportionnellement, enregistrant une croissance de 46% entre 1999 et 2005, selon les estimations du sénateur Trucy.

Par ailleurs, le nombre de courses bénéficiant de l’implication du PMU a augmenté de 31,4% entre 1999 et 2005. L’organisme trouve dans ce développement considérable l’un des moteurs de la croissance de son chiffre d’affaires.

Conséquence logique, le nombre de points de vente explose. Le réseau en comptait 8 881 fin 2005, soit 351 de plus qu’en 2004. Parallèlement, les paris à distance ont explosé, en particulier sur Internet avec une augmentation de 75% entre 2004 et 2005. Ils représentent aujourd’hui 1,8 millions d’euros.

La tendance prend tellement d’ampleur que la fréquentation des hippodromes pose problème. La part des enjeux PMH (Pari mutuel hippodrome) n’a cessé de baisser, passant de 276,7 millions d’euros (5,09%) en 1997 à 120 millions d’euros (1,5%) en 2005. «Ceci est très préoccupant, dans la mesure où l’hippodrome, en termes d’aménagement du territoire, de préservation des espaces verts et d’intérêt local, demeure un élément important du paysage français», souligne le rapport Trucy.

Difficultés au niveau européen

Autre dossier sensible, le PMU est aujourd’hui au cœur d’une polémique centrée sur le monopole des jeux des Etats européens. Il est en effet régi par la loi française de 1891, qui lui réserve l’exclusivité des courses et interdit le book-making.

Le monopole se vérifie également sur la Toile. Avec celui de la Française des jeux, le site du PMU est le seul habilité en France à recueillir les paris sur les courses hippiques. Ce qui lui a permis d’obtenir gain de cause face au contentieux qui l’opposait à Zeturf, site de paris sur les courses françaises opérant depuis Malte. Le TGI de Paris l’a condamné en juillet 2005 à mettre fin à cette activité sous peine de payer 15 000 euros par jour de retard.

Une spécificité française que défend Bertrand Bélinguier. Selon le dirigeant du PMU, une remise en cause de ce modèle reviendrait à fragiliser l’économie de l’ensemble du secteur qui compte 61 000 emplois directs.

Mais les choses pourraient changer. Aujourd’hui, des opérateurs français et étrangers interpellent Bruxelles et lui demandent de mettre fin aux monopoles en libéralisant les jeux. Le 12 octobre dernier, la Commission a demandé à la France, à l'Italie et à l'Autriche de justifier leur législation sur les jeux d'argent, afin de vérifier si elle est compatible avec le droit communautaire.

Verdict de Bruxelles attendu en décembre.

M.L.H.

Publié le 20 Novembre 2006