Espace Industrie - News, articles, interviews et dossiers

De la pertinence d'un "Airbus du rail"

De la pertinence d'un

(Easybourse.com) Le gouvernement français veut consolider son secteur ferroviaire via son fleuron Alstom. La solution d'un rapprochement entre différentes structures européennes notamment Siemens parait séduisante sur la papier, mais beaucoup plus complexe en pratique.

Cette fois « c'en est trop » ! Personne n'imaginait que le TGV français pouvait perdre à domicile. C'est Eurostar qui a ouvert la brèche en achetant des trains Siemens. «Un message pour Alstom» d'après certains analystes. En effet, Alstom craint que ce précédent ne fasse jurisprudence. Après tout, Eurostar est une filiale de la SNCF…

L'attribution du contrat Eurostar était un message pour Alstom


Le gouvernement français a décidé de répliquer sur le plan médiatique en mettant en cause le critère de la sécurité qui ne serait pas assuré par les trains allemands. Mais c'est aussi sur le plan politique que le gouvernement veut essayer de sauver Alstom de la déroute industrielle. Dominique Bussereau, ministre des transports, a récemment plaidé pour la création d'un «Airbus du ferroviaire». D'après lui, il s'agit de répondre plus fortement à la concurrence qui s'accroit au niveau international, notamment en termes de compétitivité tarifaire. Alstom et Siemens pourrait alors réunir leur force. Message reçu cinq sur cinq outre-Rhin, puisque le ministre allemand des transports a accepté de mettre en place une étude de faisabilité.

Siemens/Alstom, ou la fusion impossible...

«De la politique-fiction»
d'après Pierre Boucheny ! L'analyste, spécialiste du secteur ferroviaire, rappelle que ce segment représente moins de 5% du chiffre d'affaires de Siemens, et qu'à cet égard, les enjeux d'un tel rapprochement pourraient ne pas mobiliser l'industriel allemand sur une opération de fusion. «Les deux constructeurs ont conçu deux produits très différents, il sera difficile d'homogénéiser leur structure industrielle» a-t-il ajouté. «L'attribution du contrat Eurostar était un message pour Alstom» décrypte Pierre Boucheny. «Les opérateurs européens ne veulent pas dépendre d'un seul constructeur, d'autant qu'Eurostar veut s'ouvrir à Deutsche Bahn» explique l'analyste.

Pierre Boucheny a relativisé l'importance du TGV en rappelant que l'essentiel de l'activité d'Alstom Transport ne reposait pas uniquement sur les TGV mais également sur les rames de tramway et métro, et de trains classiques. Or, même sur ce segment, Alstom semble perdre du terrain. Il y a quelques années, c'est le canadien Bombardier qui a remporté le contrat de renouvellement des franciliens (les trains de banlieues d'île-de-France). Ainsi, Alstom est de plus en plus contraint sur son propre marché domestique. De plus en plus, le français travaille avec Bombardier pour décrocher des contrats. Cette semaine, les deux constructeurs ont remporté le renouvellement du métro de Montréal, soit 468 rames. De là à imaginer que l'Airbus du ferroviaire serait franco-canadien…
Nabil Bourassi

Publié le 02 Novembre 2010