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Bataille mondiale du rail: erreur d'aiguillage pour Alstom Transport

Bataille mondiale du rail: erreur d'aiguillage pour Alstom Transport

(Easybourse.com) Le monde investit tout azimut dans le rail à grande vitesse. Alstom est en pôle position en termes de technologies, pourtant sa politique commerciale l'écarte des projets les plus prometteurs.

Alstom est-il en train de perdre la bataille du rail ? Manifestement, l'actualité ne joue pas en la faveur de son TGV, véritable fierté nationale. Après avoir raté un contrat de 50 rames avec la compagnie ferroviaire historique italienne, le français vient de perdre «à domicile» un contrat sur le renouvellement des Eurostar. Tout un symbole ! Cet épisode révèle en fait les vrais enjeux de la compétition internationale qui s'ouvre pour les vingt prochaines années.

Alstom pourrait être amené à réétudier sa position sur la question des transferts de technologie



C'est un phénomène international. Les projets ferroviaires se sont multipliés ces dernières années de sorte que le réseau grande vitesse pourrait tripler d'ici à 2030. A l'heure actuelle, près de 9 000 kilomètres de ligne à grande vitesse (LGV) sont en construction, pour 11 500 kilomètres déjà en service dans le monde. Le parc de TGV passerait de 2 000 rames à près de 5 000 rames d'ici 2025. Un marché extraordinaire qui s'ouvre, porté par les impératifs de développement économique des pays émergents et de réduction des émissions de CO2 dans des pays où les réseaux routiers et aériens sont saturés. Ainsi, la Chine prévoit près de 400 milliards d'euros d'investissement d'ici à 2020. Et pourtant, Alstom n'y mettra pas les pieds. L'entreprise dirigée par Patrick Kron a pris le parti de ne pas jouer le jeu des transferts de technologies, contrairement à Siemens et Bombardier. Pékin a accepté de travailler avec ces deux constructeurs via deux entreprises locales, CSR et CNR. Ces derniers s'étaient déjà construit après avoir travaillé avec le japonais Kawasaki qui fabrique le fameux Shinkansen. «Alstom pourrait être amené à réétudier sa position sur la question des transferts de technologie» avance Pierre Boucheny, analyste et spécialiste du secteur.

Alstom accumule les déconvenues


Au Brésil, le gouvernement doit trancher sur l'attribution d'un chantier de quelque 15 milliards d'euros pour joindre Sao Paulo à Rio de Janeiro, soit 500 kilomètres de voies ferrées. Les observateurs estiment que le français est mal placé. Les Brésiliens estiment que si Alstom présente une technologie de pointe supérieure, il pêche par un ratio prix/qualité défavorable. Ainsi, le cahier des charges porte essentiellement sur la question du prix. L'enjeu de cet énorme contrat qui doit être tranché avant la fin décembre sera de se positionner dans un pays aux dimensions continentales et dont la croissance économique l'amènera, tôt ou tard, à multiplier les investissements d'infrastructures ferroviaires. «Le gouvernement brésilien a beau investir des milliards dans la rénovation de ses aéroports, ce ne sera pas suffisant et le rail est une solution idéale», explique un spécialiste du Brésil.

L'autre contrat géant, c'est la ligne Los Angeles-San Francisco. Pas moins de 43 milliards de dollars d'investissement. Cette fois, le dossier a pris des dimensions politiques. Les élus veulent empêcher la SNCF de décrocher le contrat pour son rôle dans la déportation de juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. Un élu démocrate du parlement californien veut faire voter une loi en ce sens. La direction de la compagnie ferroviaire française s'emploie à expliquer que celle-ci a agit à l'époque sur réquisition de l'Etat français basé à Vichy. Si la SNCF est éliminée suite à ce conflit historique, c'est tout l'édifice commercial mis en place avec Alstom qui serait alors ébranlé. Là encore, les perspectives du marché américain sont énormes où d'autres projets sont actuellement en discussion, comme en Floride.

Il ne reste guère que le Maroc et l'Arabie Saoudite où Alstom est donné favori. Aussi intéressants soient-ils, ces contrats ne donneront pas à Alstom la taille critique si Siemens et Bombardier raflent l'essentiel des contrats dans les pays émergents.
Nabil Bourassi

Publié le 28 Octobre 2010