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Le rachat d'actions, une conséquence de l'effondrement des cours de bourse

Le rachat d'actions, une conséquence de l'effondrement des cours de bourse

(Easybourse.com) Bouygues, Danone, Lagardère, GDF Suez, BNP Paribas, Vinci, Peugeot, France Telecom, Hermès, Valéo, Ubisoft, Solucom, Auréa, Agéas, Belvédère? Elles s'y sont toutes mises. Selon Natixis, les entreprises du SBF 120 ont dépensé 830 millions d'euros en août, un record depuis septembre 2008. Depuis le début de l'année, le montant cumulé en rachat d'actions atteint 4,37 milliards d'euros, plus que les 3,36 milliards dépensés en 2010. Ceci sans compter l'opération de Bouygues de 1,25 milliard d'euros. Comment expliquer la multiplication de ces opérations ? Que doit-on en penser ?

Interview de Bernard Aybran

Interview

Bernard Aybran

Directeur de la multigestion

Invesco Asset Management

Interview de Yves  Maillot

Interview

Yves Maillot

Directeur des investissements

Robeco Gestion

Des cours déprimés, des trésoreries qui se situent à un niveau historiquement élevé, des taux d’endettement faibles avec un ratio dette nette sur Ebitda proche de 1 en moyenne pour les grands groupes, une faible visibilité qui ne joue pas en faveur des fusions et acquisitions. Telles semblent être les principales raisons à l’origine de ces opérations.

Un autre élément explicatif de ces opérations réside dans le fait qu’elles sont des opérations financières qui sont conseillées par des banques d’affaires. «Ces banques touchent des commissions sur les opérations de rachat d’actions mais pas sur les opérations de distribution de dividendes.
Par conséquent, ces banques d’affaires ont tendance à recommander les opérations de rachat » avance Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco Asset Management.

Les sociétés françaises ne sont pas les seules à se prêter à l’exercice.
Ahold, KPN aux Pays- Bas ; Alpine Select en Suisse, Belgacom en Belgique, Berkshire, Dell aux Etats-Unis font également partie des adeptes de cette pratique.

Hausse du cours de bourse ?

Une opération de rachat peut être le moyen pour une entreprise de passer le message au marché selon lequel elle a confiance dans la poursuite de son activité. En cela le cours de bourse peut s’en trouver stimulé. « Il n’y a pas de statistiques définitives sur le sujet mais il existe des indices qui permettent de suivre les sociétés qui rachètent leurs actions aux Etats-Unis. Les sociétés américaines qui se livrent à l’exercice ont eu tendance à délivrer une meilleure performance que le S&P 500 sur les dix dernières années » indique Bernard Aybran.
Ainsi, selon l’indice Share buy back achiever, depuis début 2008 les entreprises américaines ayant acheté au moins 5% de leur capital au cours des douze derniers mois, n’ont perdu que 5% alors que le S&P 500 a chuté de 22%.

Cela dit, cela n’est pas vrai dans tous les cas. Le cours de bourse de Bouygues par exemple s’est mécaniquement ajusté le jour de l’annonce.
L’action a monté du pourcentage du capital qui a été racheté. Cependant le titre a ensuite continué à évoluer en ligne avec le marché. Ce vendredi vers 14h, le cours affiche une baisse de 1,75% dans un marché en recul de 1,93%.

Hermès International fléchit de 3,83% et marque ainsi une des plus fortes corrections de la matinée du SBF 120. Le titre régresse de 10% sur une semaine et de 15,6% sur un mois. Valeo abandonne 4,41% en début d’après midi, 1,01% sur une semaine et 6,17% sur un mois.

Le rachat d’actions n’est donc pas la solution magique qui permet d’éviter à une société une tendance baissière de son titre.

Il y a une notion de levier qui entre en considération. «Concrètement une opération de rachat d’actions par la société conduit à une plus grande exposition des actionnaires au capital. Si ces actionnaires sont rationnels et qu’ils souhaitent maintenir leur exposition initiale inchangée pour répondre à un objectif de rendement et à un profil de risque précis, ils pourraient être amenés à vendre une partie des actions détenues pour ajuster leur exposition» explique Bernard Aybran.

C’est ainsi que certaines opérations de rachat effectués peuvent ne pas avoir beaucoup d’effets sur les cours. A présent, cette analyse est à nuancer dans la mesure où nous n’avons pas eu suffisamment d’opérations pour aboutir à des résultats statistiquement probants.

Absence de croissance

La hausse des opérations de rachat est à rapprocher d’un autre élément, la diminution des opérations de fusions acquisitions. D'après les dernières statistiques publiées par la base de données Dealogic, les volumes d'opérations de fusion-acquisition annoncées au troisième trimestre 2011 ont reculé de 23 % dans le monde sur un an à 599 milliards de dollars et de 20 % par rapport au deuxième trimestre 2011. En Europe, la baisse est encore plus marquée : les montants ont reculé de 32 % sur un an. Même dans les pays émergents, ils ont diminué de 31 %. Les montants d'opérations annoncées au cours du trimestre y ont reculé de 65 % sur un an, à près de 30 milliards de dollars, et de 57 % par rapport au deuxième trimestre 2011.

Certaines sociétés vont même jusqu’à opérer des cessions d’actifs pour se constituer un matelas de trésorerie encore plus confortable pour procéder par la suite à des opérations de rachat. « Faire des cessions dans l’environnement actuel n’est pas une très bonne chose. On peut penser qu’un certain nombre de cessions se sont faites à des montants moindres qu’ils n’auraient pu l’être dans un environnement moins chahuté. Ces cessions faites à un mauvais timing sont le signe à nouveau d’un manque de visibilité. D’où la volonté de chercher à rassurer les investisseurs en se portant acquéreur de ses propres titres » explique Jérôme Selle, directeur de la gestion chez MW Gestion

Je n’investis pas dans une société pour qu’elle rachète par la suite ses propres actions

Cette tendance de fond conduit alors certains experts à se méfier des sociétés qui procèdent à des rachats d’actions. Tel est le cas de Jérôme Selle ou encore d’Yves Maillot, directeur des investissements et de la gestion actions de Robeco Gestion. « Je n’investis pas dans une société pour qu’elle rachète par la suite ses propres actions » déclare Jérome Selle.

«Même si tous les dossiers ne se ressemblent pas exactement, je me méfie de ces opérations. L’argent dépensé pour le rachat des titres, même si le timing peut paraitre intéressant, est autant d’argent qui ne sera pas dépensé pour faire de la croissance additionnelle, de la croissance organique ou de la croissance externe. Les sociétés ne sont alors pas en mesure de faire jouer du levier opérationnel» conforte de son coté Yves Maillot.



Imen Hazgui

Publié le 30 Septembre 2011