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Les petits et grands champions de l'industrie allemande

Les petits et grands champions de l'industrie allemande

(Easybourse.com) Les performances à l'export de l'industrie allemande sont le fait d'entreprises de toutes tailles, cotées ou non, qui perpétuent le savoir-faire et la qualité du made in Germany. En bourse, le secteur industriel rassemble plus des deux-tiers des valeurs et attire de nombreux investisseurs. Automobile, machines outils, chimie... autant de bastions à (re)découvrir, à l'aube d'une sortie de crise dont les producteurs allemands devraient être les premiers à bénéficier.

Interview de Michel Raud

Interview

Michel Raud

Directeur des gestions

Fourpoints IM

Souvent citée en exemple, l’industrie allemande constitue un secteur clé de l’économie germanique. « Comparée à celle d’autres pays industrialisés comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, l’industrie allemande possède une large base offrant de nombreux emplois, cinq millions de personnes travaillant dans des entreprises industrielles. La production industrielle classique y joue un rôle prépondérant qu’on ne trouve dans aucun autre pays traditionnellement industrialisé », souligne le site Faits et Réalités du ministère allemand des Affaires étrangères.

D’après les estimations de la Banque Mondiale, la part de l’industrie dans le PIB allemand est passée de 48% en 1970 à un peu plus de 25% aujourd’hui. Ce déclin est beaucoup moins important que chez la plupart de ses voisins européens. Surtout, l’Allemagne a conservé sa place de troisième pays industriel au monde derrière les Etats-Unis et le Japon, un véritable tour de force compte tenu de l’apparition de nouveaux pays aux coûts de production beaucoup plus faibles et à la main d’oeuvre pléthorique (Chine, Inde, Brésil, etc).

Des leaders dans tous les secteurs

Le poids du secteur en bourse est encore plus important. On compte ainsi 18 valeurs industrielles sur le Dax, l’indice des 30 principales capitalisations allemandes. Pratiquement toutes les industries y sont représentées : l’automobile bien sûr (Daimler, Volkswagen, BMW, Continental) mais aussi la chimie (BASF, Lanxess), l’industrie pharmaceutique (Bayer, Fresenius), l’électronique (Siemens), la production d’énergie et de matières premières (E.ON, RWE, Thyssenkrupp, Linde) et le textile (Adidas). Parmi ces valeurs figurent de nombreux leaders mondiaux. Volkswagen est ainsi en passe de devenir le premier constructeur mondial d’automobiles (voir notre dossier sur les constructeurs automobiles allemands). BASF domine depuis de longues années le secteur de la chimie. Quant à Siemens, il fait partie des tout premiers fabricants d'équipements électroniques et électriques au monde. Avec près de 400 000 salariés répartis dans 140 pays, le groupe est un véritable empire, spécialiste de l’automation et des logiciels industriels, mais aussi l’un des principaux fabricants de trains, d’éoliennes et d’appareils médicaux de pointe. Le conglomérat traverse aujourd’hui une passe difficile liée à la faiblesse d’un certain nombre de ses marchés et à des choix stratégiques discutables. Mais il reste le symbole de la culture et du savoir-faire industriels allemands.

Les valeurs moyennes au plus haut


Le succès de l’industrie germanique ne se résume cependant pas aux grands groupes cotés. Il provient également de la présence sur l’ensemble du territoire de dizaines de milliers de PME industrielles, actives sur des marchés de niche et très tournées vers l’export, qui forment ce que les Allemands appellent le Mittelstand. Ces entreprises - le plus souvent familiales mais dont plusieurs centaines sont cotées - affichent des taux de croissance souvent supérieurs à ceux des grands groupes grâce à une plus grande agilité et une forte culture d’innovation. « Au cours de l'année 2009, en pleine crise, près de 340 000 PME (réalisant chacune moins de 50 millions d'euros de chiffre d'affaire) ont totalisé près de 175 milliards d'euros d'exportations. Cela représente 20% du total des exportations allemandes », souligne Reinhart Wettmann, économiste et consultant. Pour lui, la force de l’industrie allemande repose « sur une double colonne vertébrale : les grandes entreprises, et un réseau très vaste de petites et moyennes entreprises, le Mittelstand, avec lesquelles les premières entretiennent des liens étroits ».

Parmi ces « champions cachés » de l’économie allemande, on trouve de nombreux équipementiers automobiles. Si le plus connu, Bosch, est un groupe familial non coté, d’autres comme Durr ou Norma font partie de l’indice MDax des 80 plus grandes capitalisations allemandes. « Ces groupes bénéficient du succès planétaire des constructeurs allemands qui leur font confiance depuis des années. Du coup, d’autres constructeurs, en Chine par exemple, font appel à eux », explique Michel Raud, directeur de la gestion chez Fourpoints IM. Leurs performances boursières ont de quoi faire pâlir d’envie tous leurs concurrents, notamment français. L’action Durr affiche ainsi une hausse de 200% depuis trois ans tandis que celle Norma a doublé de valeur depuis un an. D’une manière générale, les valeurs small&mid cap industrielles allemandes « sont bien valorisées : elles affichent une prime de 25 à 30% en moyenne sur celles des grands groupes », souligne Tim Albrecht. « Les investisseurs qui souhaitent se positionner aujourd’hui doivent avoir une opinion positive sur l’évolution de l’économie mondiale, sinon certaines valeurs peuvent paraître chères », ajoute-t-il.

Perspectives

En 2013, seul le secteur automobile a fait l’objet de révisions à la hausse des prévisions d’analystes. Les autres secteurs industriels ont été impactés par la faible demande en Europe et le ralentissement de certains marchés émergents. « La demande en provenance des pays émergents a particulièrement déçu » cette année, reconnaît la fédération industrielle BDI qui entrevoit toutefois « des signaux positifs » pour 2014, notamment dans l'industrie automobile, l'électronique et la chimie. Un autre secteur devrait profiter de la reprise de l’économie mondiale : celui des machines outils, quasi monopole allemand et principale industrie exportatrice. « Avec une part de plus de 13 %, le chiffre d’affaires de près de 6000 entreprises de construction mécanique place ce secteur au deuxième rang derrière la construction automobile. Etant le plus gros employeur industriel (965 000 emplois) et un leader des exportations, la construction mécanique occupe une position clé dans l’économie allemande », indique le ministère des Affaires étrangères. La fédération de construction mécanique (VDMA) prévoit une hausse de 5% du chiffre d’affaires du secteur l’année prochaine grâce à la demande chinoise et américaine.

Voitures, machines-outils… ces produits à forte valeur ajoutée expliquent l’énorme excédent commercial de l’Allemagne - 188 milliards d’euros en 2012. Mais ce chiffre masque des faiblesses intrinsèques au modèle industriel allemand, selon François David, le président de l’assureur-crédit Coface. « On nous dit que l’excédent de l’Allemagne est dû à l’exceptionnelle qualité de ses produits. Or l’Allemagne fabrique des produits de milieu de gamme industrielle : voitures, machines outils. Que sera l’économie allemande dans vingt ans ? (…) L’Allemagne, dans vingt ans, sera concurrencée très sévèrement sur ses produits industriels par la Chine, la Corée et les autres. C’est déjà le cas pour l’automobile. Les pays émergents fabriqueront aussi des machines-outils. Le made in Germany qui fait la force de l’économie allemande sera très fortement concurrencé dans les années qui viennent », prévient-il. Pour Tim Albrecht, au contraire, le leadership allemand n’a jamais été aussi peu en danger. « Le savoir-faire allemand pour les produits technologiques et complexes préserve les entreprises industrielles d’une compétition par les coûts. En outre les entreprises allemandes investissent beaucoup en recherche-développement », explique-t-il. Ces investissements concernent en particulier l’environnement et les énergies renouvelables, un champ dans lequel l’Allemagne, les Etats-Unis et la Chine ont déjà pris des positions dominantes.

François Schott

Publié le 05 Novembre 2013

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