Interview de Philippe Joly : Directeur de la stratégie et des relations investisseurs au sein du groupe Eramet

Philippe Joly

Directeur de la stratégie et des relations investisseurs au sein du groupe Eramet

Avec environ 13 milliards d’euros, soit environ la 30ème capitalisation française, nous avons la possibilité d'entrer dans l'indice du CAC 40

Publié le 01 Mars 2008

Le groupe Eramet a affiché d’excellents résultats pour l’année 2007. Quels ont été les principaux moteurs de la croissance ?
Nos activités sont tirées par la forte croissance de la Chine et des pays émergents.

Les trois branches, nickel, manganèse et alliages, ont vu leur chiffre d’affaires et leur résultat opérationnel courant progresser. Cette hausse en 2007 s’explique en premier lieu par l'augmentation de nos prix de ventes avec notamment de très fortes hausses des prix du nickel et du manganèse.

Par ailleurs, grâce à la montée en régime de nos programmes d’investissements, nos volumes produits et livrés ont progressé dans les branches manganèse et alliages.

Le rythme de progression sera-t-il identique pour cette année 2008 ?
Nous visons une nouvelle progression des volumes de livraisons de nos trois branches en 2008, grâce à nos nouvelles capacités de production. La demande de nos principaux marchés est bien orientée en ce début d’année.

S’agissant des prix, nous constatons sur les deux premiers mois de 2008 que les prix du manganèse sont toujours en progression, avec pour le minerai environ un triplement par rapport au début de 2007.
Les cours du nickel ont poursuivi sur un rythme légèrement baissier depuis la fin de 2007. Mais ce niveau reste très satisfaisant à plus de 12 USD/livre.

Les prix du molybdène, que nous extrayons par recyclage de catalyseurs, sont eux aussi en hausse par rapport au début de l’année 2008.

Quel devrait être l’impact du ralentissement de la conjoncture économique sur le marché des métaux de base : en particulier le nickel et le manganèse? Pensez-vous que la forte demande des pays émergents réussira à compenser la faiblesse de la demande des pays développés ?
Aujourd’hui les Etats-Unis représentent moins de 10 % de la demande mondiale de la plupart des métaux, alors que la Chine absorbe à elle seule plus de 35 % de cette demande et représente la majeure partie de la croissance de la demande mondiale. Nous n’attendons donc qu’un impact limité du ralentissement américain sur la demande mondiale de nos produits.

S’agissant de l’acier au carbone, principal débouché pour le manganèse, les analystes tablent généralement sur un ralentissement modéré de la croissance de la production mondiale, qui passerait d’environ 7% en 2007 à environ 5,5 % en 2008.

Par ailleurs, l’acier inoxydable, principal secteur consommateur de nickel, va bénéficier en 2008 de la fin du déstockage qui avait pesé sur l’activité en 2007. Nous tablons sur une croissance d’environ 9% de la production mondiale, ce qui fait suite à une année très faible en 2007 (environ 1%). Sur deux années on conserverait en moyenne le taux de croissance historique.

La branche Alliages bénéficie d’une activité très dynamique des secteurs de l’aéronautique et de l’énergie.

Vous êtes essentiellement positionnés en Nouvelle-Calédonie, au Gabon et en Indonésie. Quels sont vos axes de développement pour cette année 2008 ?
Nos investissements seront en très forte hausse en 2008.

Nous réaliserons en Nouvelle Calédonie la réfection d’un de nos trois fours électriques et la montée en régime de notre nouvelle usine d’enrichissement du minerai de nickel en 2008. Par ailleurs, nous étudions la construction d’une nouvelle centrale électrique au charbon, utilisant la technologie du lit fluidisé circulant, avec une décision à prendre fin 2008 ; cette centrale nous permettrait de gagner en compétitivité et d’améliorer notre performance environnementale.

Au Gabon, nous continuons à développer notre capacité de production de minerai de manganèse et nous visons 3,5 millions de tonnes dès 2008 contre 3,3 millions de tonnes en 2007.

En Indonésie, nous poursuivons les études pour notre grand projet Weda Bay, qui nous permettrait de doubler de taille dans le nickel, avec un démarrage à l’horizon 2013, après une décision favorable au terme des études, en 2009.

En-dehors de ces trois pays majeurs pour Eramet, nous démarrerons une nouvelle usine de recyclage de catalyseurs au Canada pour profiter de la croissance des sables bitumineux.

Nous nous développons aussi en Chine : notre nouvelle usine chinoise de dérivés du manganèse destinés aux piles alcalines, qui a démarré l’année dernière, devrait atteindre sa pleine capacité au cours du premier semestre 2008 et notre nouvelle usine d’étirage d’aciers rapides a démarré au mois de novembre 2007.

La solidité de votre situation financière permet au groupe de disposer des moyens nécessaires pour financer des développements très importants. Vers quels profils d’entreprises tournez-vous votre regard ?
Nous souhaitons bien-sûr renforcer encore nos positions de leadership mondial dans nos métiers actuels. Nous sommes également intéressés à accroître la gamme de produits offerts à nos clients, notamment en nous développant vers d’autres métaux d’alliages destinés à accroître la valeur des aciers. Eramet dispose déjà de tels métaux, avec le nickel, le manganèse, le molybdène, le vanadium,…

Ces développements pourraient aussi nous permettre d’élargir et de diversifier nos implantations géographiques.

De quelle manière appréhendez-vous la concurrence avec des groupes comme le russe Norilsk Nickel, l'australien BHP Billiton et le groupe basé en suisse Xstrata ?
Dans nos métiers nous avons déjà des positions très fortes. Eramet dispose des moyens financiers, technologiques et humains pour poursuivre son développement sur les métiers qu’il s’est choisi.

Votre titre a connu près de 40% de hausse depuis le 1er janvier.  Selon certains analystes, la flambée du prix du nickel et du manganèse ne suffit pas à expliquer cette fièvre boursière. Quel regard portez-vous sur ce sujet ?   
 Eramet a déjà enregistré la plus forte hausse du SRD en 2007 (+188 %). Nous opérons sur un secteur porteur sur le long terme. Plus récemment, Eramet a bénéficié de la très forte hausse du manganèse, composant indispensable à la production des aciers.

Eramet a indiqué qu'il souhaitait entrer dans la composition de l'indice CAC 40 ?
Notre capitalisation boursière actuelle nous le permettrait : environ 13 milliards d’euros, soit environ la 30ème capitalisation française.

Propos recueillis par Imen Hazgui