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Interview de Olivier Mallet : Directeur financier de Vallourec

Olivier Mallet

Directeur financier de Vallourec

Nos usines européennes doivent faire face à une baisse des volumes

Publié le 11 Mai 2012

Vos résultats du premier trimestre ont clairement déçu les investisseurs. Quels commentaires vous inspirent-ils ?

Notre performance au 1er trimestre est conforme à nos anticipations. Nos activités pétrole et gaz se portent bien mais la reprise des commandes que l’on espérait dans nos activités liées aux applications industrielles notamment, ne s’est pas matérialisée. C’est pourquoi, malgré la contribution croissante de nos activités pétrole et gaz, notre performance pour l’ensemble de l’année 2012 sera affectée par la faiblesse de l'environnement économique qui pèse sur nos autres activités, en particulier en Europe. A ceci s’ajoutent une contribution plus faible des ventes de minerai de fer de notre mine brésilienne et la montée en puissance plus lente que prévu de nos deux nouvelles usines au Brésil et aux Etats-Unis. Le chiffre d’affaires devrait néanmoins progresser et sa croissance se situer autour de 5% en 2012 (contre une précédente prévision de 10%, ndlr). L’amélioration du taux de marge brute d’exploitation au cours du deuxième trimestre et des trimestres suivants sera plus progressive qu’initialement prévu. Le ratio RBE sur chiffre d’affaires devrait ainsi atteindre près de 15% en année pleine.


Quel message souhaitez-vous adresser à vos actionnaires au vu de la performance récente du titre ?

Je crois qu’il faut bien que nos actionnaires comprennent que les difficultés auxquelles nous faisons face actuellement ne remettent pas en cause notre vision industrielle à long terme ni le nouveau modèle Vallourec que nous sommes en train de construire. D’une certaine manière, cela nous conforte même dans les choix stratégiques opérés au cours des dernières années qui ont consisté à internationaliser notre base de production, la rendre plus compétitive, plus premium, plus proche de nos clients et marchés, à augmenter le poids de l’activité pétrole et du gaz, à être moins dépendant de l’industrie européenne, à investir dans l’innovation technologique et la qualité, dans les services et les relations avec nos clients. La mise en service de nos projets au Brésil et aux Etats-Unis est fondamentale dans cette transformation mais ce sont deux projets de très grande ampleur, particulièrement VSB, ce qui explique les retards. L’autre message que je souhaite à adresser à nos actionnaires c’est que nous ne restons pas les bras croisés : comme la demande de produits industriels reste faible en Europe, nous nous adaptons à cet environnement en ajustant le niveau d'activité de nos usines européennes, qui sont les plus touchées. Nous avons de plus, mis en place une réorganisation du management des opérations en Europe afin d’améliorer l’efficacité de la production, réduire les coûts et développer l’approche marketing.


Dans quelle mesure êtes vous impactés par le ralentissement industriel en Europe et au Brésil ?

Nous avions indiqué en février que les activités hors pétrole et gaz – notamment l’énergie électrique, la mécanique et les autres applications industrielles dont l’automobile – seraient à un niveau faible au 1er trimestre car les prises de commandes avaient fléchi en fin d’année dernière, dans un contexte économique difficile et incertain, notamment en Europe. La baisse enregistrée au 1er trimestre correspond à ce que l’on avait anticipé. Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est que le contexte macro-économique en Europe reste incertain et que la demande sur ces marchés hors pétrole et gaz reste faible. Elle est inférieure à nos prévisions du début de l’année. Il y a bien eu une légère progression des commandes depuis janvier mais, clairement, celle-ci est en-dessous de ce que l’on attendait et la visibilité reste encore limitée. Nos usine européennes doivent donc faire face à une baisse des volumes.

Au Brésil, l’activité Pétrole et le Gaz se porte bien. Nous subissons néanmoins le ralentissement de la production industrielle qui, conjugué à l’augmentation des importations favorisées par le niveau élevé du real, se traduit notamment par une certaine tension sur les prix. Notre chiffre d’affaires brésilien subit également l’impact de la baisse du prix du minerai de fer, puisque, en plus d’alimenter notre haut fourneau sur place, notre mine commercialise environ 3 millions de tonnes de minerai par an. Nos opérations brésiliennes restent néanmoins très profitables et le taux d’utilisation des capacités de V & M do Brasil, notre usine historique sur place, reste satisfaisant.

Quelles sont vos perspectives sur les marchés de l’énergie en 2012 ?


Les marchés pétrole et gaz restent très bien orientés partout dans le monde, avec une forte demande pour les produits premium. Notre connexion VAM 21 destinée aux environnements difficiles connaît d’ailleurs un vif succès. Les prix élevés du pétrole continuent de favoriser les investissements des compagnies pétrolières. Notre chiffre d’affaires pétrole et gaz devrait progresser en 2012, en raison des hausses de prix passées en 2011 et du niveau soutenu de l'activité de forage aux États-Unis, au Brésil et dans les autres régions du monde. Le nombre de puits en activité est en effet toujours aussi élevé, aussi bien aux Etats-Unis dans les bassins schisteux où les forages pétroliers continuent de remplacer les forages gaziers, que dans le reste du monde. Notre carnet de commandes international se situe actuellement à environ 6 mois. A terme, la complexité croissante des conditions de forage justifie pleinement les décisions d’investissements que nous avons prises au Brésil, au Etats-Unis, mais aussi en Indonésie, au Nigéria, en Arabie Saoudite, en Chine pour saisir les opportunités qu’offrent le développement de l’exploitation des bassins schisteux ou celui de l’exploitation des gisements en mer profonde, notamment les gisements pré-salifères.

La production de votre usine de Youngstown démarrera-t-elle comme prévu au second semestre 2012 ?


Notre nouvelle tuberie à Youngstown dans l’Ohio, est destinée à servir le marché en pleine croissance des gaz et huiles de schiste. Sa construction est actuellement en voie d'achèvement. Le premier tube sera laminé cet automne, avec environ trois mois de retard sur le planning initial, et les lignes de traitement thermique devraient être opérationnelles au deuxième trimestre 2013. Pour l’instant, la demande de tubes de petits diamètres nécessaires à l’exploitation des bassins schisteux continue d’être satisfaite par des importations en provenance de nos usines européennes. La contribution de la nouvelle usine de Youngstown au chiffre d'affaires sera donc très modeste en 2012 mais nous estimons que sa montée en régime de permettra ensuite de générer une contribution positive au résultat brut d’exploitation sur l’ensemble de l’année 2013. Tout comme pour notre nouvelle usine brésilienne VSB, le démarrage de la tuberie de Youngstown a pris un peu de retard mais cela ne remet nullement en cause l’intérêt stratégique de ces projets, ni leur contribution future à la croissance et aux performances du Groupe.

Vous avez récemment présenté un nouveau système pour l’éolien offshore… Où sera-t-il produit ? Quand sera-t-il commercialisé ?

Le marché de l’éolien en mer devrait connaître un fort développement dans les années à venir. Le système breveté PREON® marine développé par nos équipes R&D représente une solution tubulaire innovante et écologique pour ancrer dans le sol les éoliennes offshore. Cette solution permet d’économiser des matériaux, du temps et de l’argent, tout en préservant l’environnement. Comparée aux solutions utilisées jusqu’à présent PREON® marine permettra d'édifier plus facilement, plus silencieusement et à moindre profondeur les structures de base des éoliennes en mer. Ces tubes seront produits par nos usines en Allemagne. Nous devrions être prêts pour la commercialisation d’ici 3 ans mais le pic de la demande devrait réellement commencer à culminer dans 5 à 10 ans ce qui correspond à la courbe de croissance attendue du développement de l’éolien offshore.

Propos recueillis par François Schott