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Interview de Christian Jimenez : Président de Diamant Bleu Gestion

Christian Jimenez

Président de Diamant Bleu Gestion

BNP Paribas, ArcelorMittal, Saint-Gobain, Safran, Vallourec : le Cac 40 pourrait atteindre 4700 points d'ci fin décembre 2014

Publié le 30 Janvier 2014

Que vous inspire la France cette année sur le plan boursier ?
Un focus géographique peut être source d’anomalie dans l’allocation dès lors que certains secteurs ne sont pas nationalement très étoffés. Cependant, il y a souvent la tentation de s’intéresser à un pays soit pour y investir davantage que dans les autres soit pour au contraire l’éviter.
Sur le plan économique, il y a des environnements en Europe plus porteurs qu’en France. Outre-Rhin, même si le Dax a beaucoup monté, certains titres allemands restent de belles opportunités à saisir. En Espagne et en Italie, un rattrapage est à jouer sur des valeurs décotées qui offrent un fort potentiel de rebond.
Sur le front fiscal, la taxe sur les transactions financières nationale, qui ne s’applique pas de manière similaire dans les pays voisins, n’est pas un élément favorable aux transactions sur les actions françaises, sauf à vouloir les conserver dans la durée.

Quel regard portez-vous sur la valorisation moyenne des trois principaux segments d’actions françaises ?
Si l’on considère le PE moyen, il est de 15 sur le Cac 40 autrement dit le segment des large caps, de 22 sur le segment des mid caps et de 70 sur le segment des small caps.

Ainsi les large caps sont à leur prix, les mid caps un peu chères et les small caps très chères. Pour notre part nous n’allons quasiment pas sur les small caps même si les belles valeurs connues peuvent encore s’apprécier sous l’impulsion des flux grâce à la création du nouveau PEA PME.

Etes-vous en mesure d’avancer un potentiel de hausse pour ces trois segments ?

Le Cac 40 pourrait gagner 8% à 10%. L’indice pourrait atteindre 4700 points en fin d’année.
Les mid caps pourraient se rehausser de 15%. Nous avons vu avec l’Allemagne que bien que chères des actions peuvent encore afficher une belle performance.
Il n’est pas exclu que les small connaissent le même rallye que les mid mais non sans volatilité plus importante.

Quelles variations des bénéfices escomptez-vous ?
Nous nous attachons surtout aux estimations de bénéfices des large caps. Là-dessus nous nous appuyons sur les travaux d’analyse des grands courtiers.
Quelle prévision vous semble la plus plausible ?
Les profits pourraient bien augmenter d’une dizaine de pourcents.

Quels principaux risques appréhendez-vous ?
Les risques principaux viennent de l’étranger. Nous pouvons considérer qu’au sein de l’Hexagone, le plus dur est derrière nous. La croissance devrait s’avérer positive cette année.
Le gouvernement a fini par envisager des mesures plus énergiques pour améliorer la compétitivité.

Les mauvaises nouvelles pourraient provenir dans un premier temps des pays émergents. On accuse la Fed de déclencher des mouvements de rapatriement de capitaux aux Etats-Unis au détriment des pays émergents. Mais nombre de ces pays présentent une situation intrinsèquement dégradée. Il y a une prise de conscience de la part de certaines grandes banques centrales de la nécessité d’enrayer les flux sortants d’agir en resserrant la politique monétaire et en relevant les taux comme en Turquie, en Inde, ou au Brésil. Cependant la menace persiste.

Une autre source de préoccupation réside dans l’ajustement de la politique monétaire américaine. Une diminution des injections de liquidité a été entreprise. Nous ne sommes pas à l’abri d’un emballement de la croissance outre-Atlantique qui pousserait la Fed à réduire la liquidité plus rapidement.

Vous évoquiez au début du mois le risque d’un dérapage au niveau du taux souverain français consécutivement à un retrait massif de la Banque nationale suisse des OAT français. Qu’en est-il à présent ?
Nous avons pour le moment évacué ce risque à la suite des dernières annonces de François Hollande des différentes mesures qu’il envisageait pour renforcer la compétitivité du pays.
Soit François Hollande met en œuvre ce sur quoi il s’est engagé et le risque disparaitra, soit le marché constate dans quelques mois que les résultats ne sont pas au rendez-vous et alors le risque réapparaitra. D’ailleurs dernièrement Moody’s a confirmé la note de la France à AA1. L’agence de notation a précisé qu’elle prenait le temps de constater les effets de mesures annoncées.

Les annonces de François Hollande vous ont-elles conduit à une modification dans votre allocation d’actifs ?
Non car nous étions déjà positifs sur les actions.
Dans un portefeuille entièrement investi dans les actions européennes, quelle part représente la France ?
Nous avons une stratégie de sélection de valeurs. Le poids de la France dans notre allocation est donc la résultante de notre sélection. Nous n’avons pas d’objectif en amont strictement géographique.
Aujourd’hui nous sommes plutôt sous pondérés sur la France au profit de valeurs allemands, notamment dans le secteur industriel.

Pourriez-vous mentionner quelques convictions françaises que vous avez en portefeuille ?

Nous aimons bien le secteur bancaire, le secteur industriel et le secteur de la technologie. Nous avons ainsi un certain engouement pour BNP Paribas, un groupe solide et bien géré, et pour Safran qui devrait profiter des commandes qu’Airbus est en train d’engranger.
Dans l’automobile nous avions mis l’accent sur Peugeot quand le titre cotait 6 euros. Nous ne sommes plus dessus à présent que l’action à grimpé à 11,5 euros. Nous tablons sur une correction de la valeur à 9,5 euros en raison de l’augmentation de capital. Nous envisageons de revenir après l’opération car la société devrait pouvoir s’appuyer sur son actionnaire chinois pour investir le vaste marché de la deuxième puissance mondiale et devrait également pouvoir mieux pénétrer le marché iranien. Le potentiel de revalorisation est à nos yeux élevé.
Dans la technologie, nous apprécions Ingenico et Gemalto spécialisés dans les systèmes de gestion de transactions.

De quelle manière appréhendez-vous cette année. Sera-t-elle caractérisée par un premier semestre en baisse et un second semestre en hausse ?
La bourse cette année ne sera pas un long fleuve tranquille. Les actions françaises comme les autres actions internationales ne monteront pas de manière linéaire. Des corrections à l’instar de celui que l’on a connu entre jeudi 23 et jeudi 30 janvier sont tout à fait plausibles. Du fait des tensions observées dans les marchés émergents, le dévissage sur le Cac 40 a été de 6%, ce qui est significatif.

Propos recueillis par Imen Hazgui