Interview de Duval Pierre : Directeur général  et gérant de Palatine Asset Management

Duval Pierre

Directeur général et gérant de Palatine Asset Management

Nous nous sommes dernièrement renforcés sur l'action Total, pour laquelle nous avons un objectif de cours à 55 euros

Publié le 11 Avril 2014

Quel regard portez-vous sur l’évolution du marché des actions françaises à ce stade de l’année ?
Le marché nous semble aujourd’hui correctement valorisé. Comme les résultats des entreprises sur le dernier trimestre 2013 ont été relativement moyens, la poursuite de la hausse des actions nécessitera une amélioration sur ce plan cette année.
Nous sommes d’avis que cela sera le cas. Cependant, la progression du marché devrait s’avérer modérée, entre 10% et 12%, dividendes compris.

Avez-vous une estimation de hausse des bénéfices ?
Les secteurs étant très disparates, donner un chiffre agrégé serait hasardeux. Aussi nous évitons de nous avancer sur ce point.

Croyez-vous que les opérations capitalistiques et les flux constitueront des éléments de soutien importants au cours des prochains mois ?
Les opérations capitalistiques ont été nombreuses en ce début d’année, comparativement à l’an passé. L’expansion des sociétés seulement sur l’appui d’un développement organique n’est pas simple. Parallèlement les trésoreries sont abondantes. Par conséquent la croissance externe devrait continuer à être privilégiée d’autant plus que les valorisations ne sont pas excessives. En somme les annonces de nouvelles alliances devraient continuer à animer le marché au cours des prochains mois.

Il n’est pas évident de prévoir quels secteurs et quelles sociétés vont être concernés par ces opérations. Peu de monde avait anticipé le rapprochement entre Lafarge et Holcim. Pour autant, certains secteurs sont a priori plus enclins à connaitre une consolidation que d’autres, comme la santé, l’agroalimentaire, les spiritueux. Ce sont des secteurs dans lesquels il est possible d’acheter des parts de marché avec des marques reconnues qui permettent de croître.

Du coté des flux, les investisseurs sont revenus sur la zone euro, depuis environ 15 mois. La confiance revient progressivement. En témoigne le resserrement des spreads obligataires entre l’Allemagne et les pays périphériques de la zone euro. Des points bas historiques ont été atteints jeudi, à la suite du retour de la Grèce sur le marché.
Il est fort probable que le mouvement de flux positif sur les actions de la zone euro, et donc sur les actions françaises, perdurera. Le caractère abordable des cours et le redémarrage de l’activité devraient y aider.

L’environnement politique franco-français pourrait-il également être un moteur ?
Nous n’agissons pas du tout en fonction d’un environnement politique franco-français. Nombre des sociétés que nous détenons ont une dimension internationale. Néanmoins, il est évident que tout ce qui pourra redonner confiance aux investisseurs dans l’économie française sera porteur.

Vous attendez-vous à un effet psychologique favorable chez les investisseurs induit par une intervention supplémentaire de la BCE ?
Le fait que la BCE injecte de la liquidité de manière abondante dans le système pour soutenir l’économie de la zone euro sera forcément une bonne chose pour le marché.

L’important pour nous ne réside pas dans un assouplissement de la politique monétaire conduite à l’heure actuelle mais dans un raffermissement de la reprise. C’est le véritable juge de paix. Dernièrement le FMI a révisé à la hausse ses perspectives de croissance au niveau mondial. C’est un élément encourageant pour la capacité des entreprises à accroitre leur chiffre d’affaire et à renforcer leur marge bénéficiaire.

C’est également, parallèlement le principal risque que vous identifiez ?
Si l’activité est moins significative qu’attendu et que les résultats des sociétés déçoivent, le marché sera contraint d’en prendre compte dans un sens négatif.

Quelles sont les principales caractéristiques de votre allocation d’actifs du moment ?
Notre stratégie d’investissement est très active. Nous ne suivons pas d’indice. Le portefeuille est toujours concentré entre 30 et 40 valeurs.

Nous sommes relativement neutres sur les financières. Nous surpondérons les sociétés liés à l’investissement, comme Legrand ; les sociétés de gaz industriel comme Air Liquide, les secteurs liés à la retraite comme Orpea et Korian qui ont une croissance régulière sur le long terme et crée de la valeur pour l’actionnaire.

Nous pensons que les valeurs de croissance exposées sur les marchés émergents, qui ont fortement sous performé depuis environ 18 mois, ont été survendues. Nous commençons à considérer des titres comme LVMH et sa maison mère Dior. Nous pensons que ces actions renferment le plus important potentiel de plus values dans les années à venir.

Nous avons aussi une préférence pour des secteurs qui devraient tirer pleinement avantage de la reprise. C’est notamment le cas du secteur automobile, en particulier les équipementiers. Nous avons une grande conviction sur Valeo. C’est pareillement le sort du secteur des services informatiques, avec un titre comme Capgemini, ou encore du secteur de la publicité avec un groupe comme Publicis.

Quels sont les derniers mouvements opérés dans votre portefeuille ?
Sachant que nous avons la possibilité d’avoir 10% d’actions non françaises dans notre portefeuille, nous avons nouvellement rentré Deutsche Post. Le segment de la poste allemande présente un potentiel de gains de productivité et d’augmentation de marge. L’activité de transport de colis, dans laquelle Deutsche Post est très présente, est en pleine évolution. La croissance bénéficiaire devrait être in fine non négligeable avec une génération de cash flow opulente permettant une hausse des dividendes.

Nous sommes revenus sur Unilever, société de croissance qui a été quelque peu maltraitée et qui est revenue sur un cours attractif. Le groupe a les moyens de dégager un rendement intéressant. La croissance de 3% à 4% l’an devrait persister.

Nous avons complété notre positionnement sur Total. La société pétrolière est très sous cotée et offre une meilleure visibilité quant au coupon qu’elle est en mesure de distribuer, de l’ordre de 4% et 5%.

Quel potentiel de revalorisation envisagez-vous pour ces trois valeurs ? A quel horizon de temps ?
Il est délicat de se prononcer sur le timing. Nous nous efforçons d’acheter des actions sur lesquelles, en considérant la revalorisation et le coupon, nous pouvons avoir une plus value d’au moins 20%.
Nous avons acquis l’action Deutsche Post à 26 euros. Nous escomptons une progression à 33 euros.
Nous avons un objectif de 55 euros pour Total, que nous avons acheté autour de 46 euros.
Enfin, le cours d’achat d’Unilever était de 28 euros. Nous voyons le titre monter jusqu’à 34 euros.

A l’inverse sur quelles valeurs avez-vous décidé de vous alléger dernièrement ?
Nous avons allégé nos positions sur Zodiac Aerospace et sur les banques françaises-Société Générale et BNP Paribas-à la suite de leur très beau parcours.



Propos recueillis par Imen Hazgui