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Interview de Jean-Eric Petit : PDG d'Europlasma

Jean-Eric Petit

PDG d'Europlasma

Nous sommes en train de transformer une société de R&D en société commerciale

Publié le 16 Octobre 2014

Vous avez pris les rênes d’Europlasma en janvier dernier, avec pour mission de redresser la situation financière de cette entreprise porteuse d’une technologie de pointe –la torche à plasma- mais très endettée. Où en êtes-vous ?
L’histoire d’Europlasma ces vingt dernières années est fabuleuse sur le plan du développement technologique mais douloureuse sur le plan du développement économique. Aujourd’hui nous sommes propriétaires de plusieurs technologies de pointe, brevetées et maîtrisées, qui répondent à des attentes fortes partout dans le monde mais qui ne sont absolument pas valorisées. La torche à plasma est la seule technologie permettant de délivrer des très hautes températures sans combustible fossile, avec des applications très nombreuses et diversifiées dans le domaine du traitement des déchets (industriels, radioactifs, amiante) et des énergies renouvelables. Europlasma a ainsi mis au point une technologie innovante de production d’électricité verte par gazéification améliorée de déchets et biomasse. Notre première usine (CHO Power) sera pleinement opérationnelle au premier trimestre 2015 à Morcenx dans les Landes. Et nous venons d’obtenir l’agrément pour la construction d’une deuxième usine à Thouars dans les Deux-Sèvres. Il s’agit d’une étape cruciale dans notre stratégie de valorisation de notre portefeuille. Nous sommes en train de transformer la société d’une société de R&D en société commerciale.

Quels revenus ces deux usines vont-elles générer?

A compter du 1er trimestre 2015, l’usine de Morcenx générera un revenu annuel de 8 à 10 millions d’euros issu de la revente de l’électricité produite à EDF. Le prix de revente est garanti par contrat pour une période de 20 ans. Nous allons par ailleurs démarrer la construction de l’usine de Thouars dans le cadre du projet Tiper qui associe différents producteurs d’énergie renouvelable. La conception, la construction et la livraison de cette usine clé en mains représentera un revenu de 40 millions d’euros sur deux ans, auquel il faudra ajouter des revenus récurrents annuels équivalents à ceux de la première usine (8-10 millions par an).
(ndlr : Europlasma a publié un chiffre d’affaires de 12,6 millions d’euros en 2013, une perte opérationnelle de 9,1 millions et une perte nette de 11,7 millions).

A quoi va servir l’augmentation de capital de 27,8 millions d’euros avec maintien des droits préférentiels de souscription qui court jusqu’au 23 octobre ?

Cette nouvelle augmentation de capital répond à plusieurs objectifs. La moitié du montant (15,6 millions, ndlr) servira à convertir une partie de nos dettes en actions. Nos actionnaires de référence, Credit Suisse Europlasma SPV (joint-venture avec le fonds d’Abu Dhabi Masdar Cleantech, ndlr) et le fonds suisse Gottex nous ont prêté de l’argent plusieurs fois au cours des deux dernières années, dans des situations de trésorerie tendue. En convertissant ces créances en actions ils affirment leur confiance dans l’avenir de la société et nous permettent d’assainir notre structure d’endettement.
L’autre moitié va servir à garantir la continuité d’exploitation de nos usines pendant douze mois, à terminer les travaux d’optimisation de la centrale de Morcenx et à financer notre quote-part d’investissement dans la deuxième usine CHO Power à Thouars.

Pourquoi avez-vous choisi de suspendre votre cotation pendant six mois cette année (avril-septembre) ?

Le cours de bourse a été suspendu deux fois en deux ans en raison de tensions sur la trésorerie qui entraînaient un manque de visibilité pour les investisseurs particuliers. Ces tensions étaient liées aux retards de livraison de notre usine de Morcenx. Aujourd’hui l’usine de Morcenx a atteint sa capacité nominale et nos actionnaires de référence se sont engagés à souscrire à l’augmentation de capital, via la conversion de leurs créances. La visibilité s’est nettement améliorée.

L’essentiel de vos revenus provient aujourd’hui de votre filiale Inertam spécialisée dans le traitement de l’amiante. Quelles sont vos perspectives sur ce marché ?
Inertam est la seule entreprise au monde à proposer une solution d’inertion par vitrification des déchets amiantés (torche à plasma). Elle traite 5000 à 6000 tonnes de déchets par an, soit environ 5% du marché français. Le reste, soit 95%, part en décharge. Aujourd’hui la pression réglementaire est de plus en plus forte, au niveau européen, pour inciter les entreprises et les administrations à trouver des alternatives à l’enfouissement de leurs déchets amiantés. Nous avons donc un marché considérable à adresser.
Cependant Inertam a souffert de sous-investissement pendant plusieurs années qui ont engendré des problèmes techniques et débouché des pertes opérationnelles. Nous sommes en train d’améliorer la situation et je peux vous dire que l’usine sera rentable en 2015. Nous sommes très confiants quant au potentiel de cette activité.

Propos recueillis par François Schott

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