La transparence du financement des campagnes politiques aux Etats-Unis a permis au Réseau Action Climat, un regroupement de 450 associations environnementales, de lever le voile sur le lobbying intensif mené par certains industriels européens auprès des sénateurs américains afin que ces derniers bloquent toute nouvelle législation américaine sur le climat.

Son rapport publié lundi montre que des groupes comme Lafarge, GDF Suez, ArcelorMittal, Bayer ou encore BP ont contribué au financement des campagnes des sénateurs les plus « climato-sceptiques » en vue des élections législatives du 2 novembre prochain. Au total, «ce sont plus de 240 000 dollars qui ont été distribués en 2010 par les principaux pollueurs européens aux climato-sceptiques et autres opposants à la loi de lutte contre les changements climatiques, élus au Sénat américain. Ce montant représente près de 80% du total des financements engagés par ces entreprises pour subventionner des candidats durant leur campagne pour les élections de mi-mandat 2010. Près de 35 000 dollars de Lafarge, et plus de 20 000 dollars de GDF-Suez ont ainsi rempli les poches de sénateurs climato-sceptiques ou opposés à l'instauration d'un marché du carbone aux Etats-Unis», indique Réseau Action Climat.

La législation piétine

Si le financement des campagnes électorales par des entreprises est tout- à-fait légal aux Etats-Unis, la participation de groupes européens à cette campagne démontre tout l'enjeu de la lutte contre le changement climatique voulue par Barack Obama. Le président américain est en effet favorable à un système de limitation des émissions de gaz à effet de serre sur le modèle européen (quotas d'émissions) mais le projet de loi déposé en ce sens au Sénat est resté bloqué en raison de l'opposition des Républicains et d'une partie des Démocrates.

La victoire annoncée des Républicains aux élections de mi-mandat risque de compliquer un peu plus la tâche des défenseurs de l'environnement. Une victoire que souhaitent les industriels européens afin de pouvoir continuer à s'opposer à tout durcissement de la législation européenne, selon Réseau Action Climat. Les ONG réclament en effet un effort supplémentaire de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui ferait passer l'objectif de réduction de 20 à 30% d'ici 2020, mais les industriels leur répondent que cela pénaliserait l'économie européenne vis-à-vis des autres grands pollueurs (Etats-Unis, Japon) qui ne font pas autant d'efforts.

Réseau Action Climat soulève un autre point qui explique la volonté de statu quo des entreprises. Selon plusieurs études, le système actuel de quotas d'émissions (le marché européen du carbone) profite aux industriels au lieu de les contraindre à changer leurs modes de production. L'ONG Sandbag a ainsi évalué que, grâce au surplus de quotas qui leur ont été distribués de manière gratuite, les industriels européens vont réaliser des gains de l'ordre de 18 milliards d'euros entre 2008 et 2012, dont 330 millions d'euros pour Lafarge.

On comprend dès lors que ce dernier consente à verser 35 000 dollars pour s'assurer que les Etats-Unis ne montrent pas l'exemple dans le domaine de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.