Les gouvernements de la Chine, et du Brésil n'ont pas hésité à exprimer une certaine rancœur. En tant qu'émetteur de la principale monnaie de réserve mondiale, les Etats-Unis doivent faire preuve de responsabilité vis-à-vis des pays émergents menacés par les capitaux spéculatifs.
«Les Etats-Unis n'ont pas suffisamment conscience de leur devoir sur le marché des capitaux et n'ont pas suffisamment réfléchi aux attaques que subissent les pays émergents de la part des capitaux trop volatils qui s'élèvent à 10.000 milliards de dollars dans le monde, contre 9.000 milliards au début de la crise financière» a déclaré aujourd'hui le vice-ministre chinois des Finances, Zhu Guangyao.

Les inquiétudes portent notamment sur la montée de 'inflation et sur la création de bulles d'actifs.

Une inflation galopante

L'inflation dans les pays émergents est déjà importante. En Inde, par exemple l'inflation est de 8,2%.
La baisse du dollar et la crainte d'une hyperinflation découlant de la politique de la Fed, aux Etats-Unis et par contrecoup dans le monde développé, poussent les investisseurs à rechercher des «refuges», notamment dans les prix des matières premières. Le 4 novembre, le cours du sucre est ainsi monté à son plus haut niveau depuis 30 ans à New York.

De fait, la recherche des matières premières agricoles pourrait encore stimuler la hausse des prix alimentaires, qui serait alors très déstabilisante. D'autant plus qu'en inondant les marchés de dollars à bas prix, la Réserve fédérale permet aux spéculateurs d'emprunter à bon compte aux Etats-Unis pour les réinvestir.

Ces prix alimentaires font l'objet de pondérations importantes au sein des indices de prix des pays émergents (l'alimentation représente par exemple 33% de l'indice des prix à la consommation en Chine et même 50% aux Philippines).

Des bulles spéculatives en perspective

Aujourd'hui les marchés émergents sont une classe d'actifs prisés par les investisseurs. «À cause de l'abus d'émission de monnaie de la part des États-Unis» cette tendance a vocation à s'accentuer considère Xia Bin, conseiller de la banque centrale de Chine. Selon JPMorgan, les flux vers les fonds de dettes émergentes ont été de 56 milliards de dollars sur les huit premiers mois de l'année et pourraient s'élever à 70 milliards de dollars sur l'année entière.

Les investisseurs cherchent en effet à tirer parti à la fois de l'écart de devises et de taux d'intérêt. A cinq ans, le Brésil offre un taux de 11,7%, soit un spread de 1.010 points de base (pb) par rapport à l'Allemagne.

Le risque est cependant que ces investissements volatils et spéculatifs se retirent brusquement en cas de stress financier, et que la bulle éclate.

La politique du quantitative easing contribue à annihiler la volatilité des prix des actifs - l'indice Vix de la volatilité implicite des actions est désormais tombé à son plus bas niveau depuis avril, alors que l'indice Move de la volatilité obligataire s'est effondré dans le sillage de la réunion du FOMC la semaine dernière. Ces baisses de volatilité encouragent les investisseurs à augmenter leur détention d'actifs des pays émergents.

Un début de réaction

Sauf à laisser la devise s'apprécier ou à mettre en place un contrôle des afflux de capitaux, les économies émergentes importeront les conséquences négatives du nouvel assouplissement monétaire quantitatif américain.

La Chine maintient de longue date un contrôle sur les mouvements de capitaux. Les entrées et sorties sont soumises à autorisation, que ce soient les investissements directs ou les flux de portefeuilles via les licences QDII et QFII, Qualified Domestic Institutional Investor et Qualified Foreign Institutional Investor.
Même s'il existe des moyens de contourner ces contrôles, la libre circulation n'est pas assurée et cela permet à Pékin de mener une politique monétaire relativement autonome et de maintenir la stabilité du taux de change effectif (objectif atteint même en cas d'appréciation limitée face au dollar, comme c'est le cas actuellement).

Depuis juin dernier, la Thaïlande, l'Indonésie, la Corée et Taiwan ont annoncé des mesures visant à limiter, à la marge, la libre circulation des capitaux. Dans chaque cas, les restrictions ne portent que sur une catégorie d'actifs (les obligations en Thaïlande, les titres émis par la banque centrale en Indonésie, les dérivés de change en Corée et les dépôts à terme à Taiwan). Rien à voir donc avec le système en vigueur en Chine.

Le Brésil a durcit sa taxe sur les opérations financières que devront acquitter les investisseurs non-résidents sur leurs investissements en obligations brésiliennes de 2% à 6%.

Pour le moment, les grands pays émergents comptent sur le sommet du G20 pour trouver un terrain d'entente avec les Etats-Unis et faire en sorte que les 600 milliards de dollars annoncés ne soient pas effectivement déversés dans le système, mais si la Fed affiche sa volonté de poursuivre sa politique envers et contre toute contestation, ces différentes réactions ne pourraient être que les prémisses de comportements bien plus protectionnistes.