L’explication de cette dégringolade n’est pas à rechercher bien loin, la crise de la dette souveraine en zone euro qui pousse les investissements financiers dans la région à être perçus comme de plus en plus risqués.

Néanmoins, cette évolution ne devrait préfigurer de ce qui se passera en 2011. «Nous avons beaucoup de volatilité, et pas de tendance claire » commente Antoine Berthou. C’est ainsi que la devise européenne enregistre un gain de 0,73% sur trois mois et de 6,20% sur six mois. «Nul ne peut prédire avec certitude que l’euro va continuer à se déprécier dans les prochains mois».

Pour l’expert du CEPII, tant que nous n’aurons pas réformé le Pacte de stabilité, nous continuerons à avoir beaucoup d’agitation sur le marché des changes. «Il faut concrètement que nous aboutissions à un accord sur les règles de fonctionnement monétaire dans la région, sur les mesures contraignant un Etat de se désendetter, sur la gestion de la dette des pays les plus fragilisés» pour tendre vers une accalmie durable.

Cette instabilité est encore plus néfaste qu’une évolution tendancielle continue, qu’elle soit à la hausse ou à la baisse. Les incertitudes induites par la forte volatilité du cours de l’euro ont pour conséquence une certaine paralysie des acteurs économiques. Les décisions d’exporter, et d’importer sont gelées. «Parallèlement, une appréciation de l’euro sur le long terme n’a pas que des effets néfastes. Elle permet d’importer des biens intermédiaires à des prix plus faibles et de renforcer la compétitivité des entreprises qui ont une structure de production fragmentée verticalement».

L’objectif de parité sur le long terme (à 3 à 4 ans) en prenant en compte les fondamentaux de base, par exemple les gains de productivité relatif, se situe autour de 1,3 dollar.

Entre temps, des évènements imprévisibles peuvent se produire et conduire à des chocs de court terme. La fourchette de fluctuation établie serait comprise entre 1%et 1,6%.

«Les inquiétudes ont basculé entre les Etats-Unis et la zone euro tout au long de l’année 2010. Il n’est pas du tout impossible que les craintes des investisseurs continuent à osciller des deux cotés de l’Atlantique en 2011 , même si à court terme on a le sentiment que l’économie américaine devrait mieux se porter en raison du paquet fiscal décidé par le président Obama et du quantitative easing mené par la Fed.
De mauvaises nouvelles du coté de l’immobilier américain ou du taux de chômage qui aurait du mal à se résorber ne sont pas à exclure. De même de bonne nouvelles dans la zone euro qui révèlerait une situation qui s’arrange mieux que prévu ou qui n’est pas aussi dramatique qu’attendu ne sont pas à écartées
» remarque Philippe Waechter, responsable des études économiques au sein de Natixis AM. Tout ce news flow a vocation à inciter à de brusques mouvements sur le marché des changes.