Dans son discours prononcé hier, le président de la banque centrale des Etats-Unis, Ben Bernanke, a plaidé pour le maintien d'une "politique monétaire accommodante " face à une reprise économique "désespérément lente". En effet, seulement 54 000 emplois ont été créés aux Etats-Unis au cours du mois de mai, chiffre en net retrait par rapport aux 232 000 emplois du mois d'avril.
Dans le secteur privé 83 000 nouveaux emplois contre 251 000 en avril. Les emplois publics se sont réduits rapidement encore une fois (-29 000 en mai et -25 000 en moyenne depuis janvier). Pour la première fois depuis octobre le secteur manufacturier a détruit des emplois (-5 000).
Le taux de chômage est remonté à 9,1 % contre 9 % en avril. Ceci est sans compter la baisse du taux de participation au marché de l’emploi, autrement dit, les personnes qui auraient renoncé à rechercher de l’emploi.
La durée moyenne du chômage, à 39,7 semaines, est la plus élevée jamais constatée.

Parallèlement, l'indice ISM du secteur manufacturier s'est établi à 53,5 contre 60,4 en avril. Le repli des indices de nouvelles commandes et de production explique la majeure partie du recul de l'indice.

«Même si les dernières statistiques ne sont pas bonnes, même si des zones d’ombres importantes existent, notamment s’agissant de l’emploi, pour autant il n’y a pas lieu de dramatiser» rassure Vincent Treulet.

Pour l’expert, l’économie américaine va se recaler sur le rythme de croissance observé en fin d’année dernière, aux environs de 3%.

Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, un certain nombre de composantes cycliques dans l’activité économiques aux Etats-Unis ne seraient jamais véritablement reparties, notamment le logement. «La construction se situe toujours sur un point bas. De même l’investissement des entreprises a rebondi mais demeure à un niveau très faible. Imaginer que l’économie américaine va rentrer dans une récession dans ces conditions est prématuré. Ce serait la première fois que nous verrions un cycle mourir avant que les éléments cycliques ne redémarrent» constate Vincent Treulet.

Un simple mécanisme technique devrait permettre à ces dynamiques de s’activer. «Le niveau de mise en chantier est trop faible sur longue période par rapport aux besoins. Le stock est par ailleurs surévalué, du fait de la disparition d’une partie de l’offre par obsolescence comme après chaque grande crise immobilière» précise alors Vincent Treulet.

Les conditions monétaires restent, en outre, porteuses pour la croissance. «Le taux réel américain est très négatif. Le taux court est à 0,25%. Le taux d’inflation est entre 2 et 3%. En conséquence le taux réel est suffisamment négatif pour être une forte incitation à l’utilisation du crédit» signale M. Treulet.

Dans la pratique ce crédit est encore relativement faible, les banques ayant fortement durci leurs conditions d’octroi du crédit pendant la crise. Mais nous serions à présent, selon le responsable de BNP Paribas Asset Management, dans une phase de détente. «Dans le dernier sondage fait auprès des banques, la demande de crédit est repassée en territoire légèrement positif ». Ainsi le crédit ne serait plus un facteur de restriction, mais au contraire un facteur de soutien à la croissance américaine.

L’indicateur ISM a été particulièrement pointé du doigt pour parler de l’essoufflement de l’économie américaine, cependant la lecture de cet indice est à considérer avec prudence. «On peut avoir l’impression que cet indice aussi bien pour les services que pour le secteur manufacturier s’est beaucoup contracté. On a simplement assisté à un retour à la réalité. Ces indices avaient beaucoup progressé, à tel point que les niveaux atteints supposaient un taux de croissance implicite de l’économie de 5-6%. On a simplement assisté à une correction de la surévaluation de ces indices» explique Vincent Treulet.

Pour ce dernier, il faudrait que l’ISM reste sensiblement au dessus de 50 pour valider le scénario de non rupture.

Ces éléments n’incitent pas à un optimisme béat sur les perspectives à long terme des Etats-Unis, cependant ils montrent qu’il est prématuré de jouer l’affaiblissement de l’économie dès maintenant. Ce qui conduit l’expert à préférer jouer les actions américaines que les actions européennes.