Certains la surnomment « taxe Robin des Bois », d’autres « taxe Tobin », du nom de l’économiste américain qui dès les années 1970 avait formulé l’idée d’un prélèvement sur les opérations de change, dont le produit servirait à lutter contre la pauvreté. La « taxe sur les transactions financières » a fait un retour en force hier dans les discussions du couple franco-allemand sur la crise de la zone euro.

«a France et l’Allemagne […] déposeront sur la table des instances européennes, une proposition commune, dès le mois de septembre prochain, de taxe sur les transactions financières. C’est une priorité pour nous », ont-indiqué Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à l’issue d’un entretien à l’Elysée. Pour Paris et Berlin, il s’agit avant tout de limiter la spéculation sur les marchés financiers, et de dégager des sommes pouvant servir à la fois au désendettement des Etats européens et au financement de l’aide au développement.

L'Europe isolée

Ni le montant ni les modalités d’une telle taxe n’ont été précisés. Cependant, les deux capitales peuvent s’appuyer sur les travaux de la Commission européenne sur le sujet. Dans son projet de budget pour la période 2014-2020, dévoilé en juin, l’exécutif européen prévoit en effet la création d’une taxe de 0,1 % sur les actions et obligations et de 0,01% pour les produits dérivés échangés sur les marchés financiers européens. De quoi générer entre 30 et 50 milliards d’euros de recettes par an, selon Bruxelles qui espère ainsi étoffer le budget de l’Union européenne. D’autres estimations faites par des eurodéputés tablent sur 100 à 200 milliards d’euros par an de nouvelles recettes du fait de l’application de cette taxe en Europe.

Le problème de cette mesure, selon Dominique Barbet, responsable de la recherche économique de marché chez BNP Paribas, est qu’elle risque d’entraîner une perte de compétitivité de la place financière européenne. «La matière taxable est totalement dématérialisée. Elle peut facilement s’évader. La solution ne serait envisageable qu’au niveau mondial. Est-ce qu’à l’heure actuelle l’on peut sérieusement escompter une mise en œuvre au niveau mondial ? La réponse est somme toute négative», estime l’économiste.

Limiter le trading "haute fréquence"

Pour Michael Wong, analyste chez Morningstar, la taxe, si elle s’annonce indolore pour l’investisseur particulier, va en revanche impacter le 'trading haute fréquence', par lequel des programmes informatiques sophistiqués jouent sur les fluctuations du marché à l'échelle de la microseconde pour réaliser des profits. «Pour un investisseur orienté sur le long terme, une taxe sur les transactions financières représenterait un faible montant de l'argent mis en jeu. Mais les courtiers spécialisés dans les échanges à haute fréquence dégagent de très faibles profits, fréquemment. Une taxe représenterait une part importante de leurs profits», explique-t-il. Quant aux places européennes, elles risquent de rester à la traîne des Etats-Unis puisque la taxe «réduirait la probabilité d'une augmentation de la rapidité des échanges en Europe».

Ce dernier argument ne va sûrement pas freiner les responsables politiques français et allemands, car il va dans le sens d’une limitation de la spéculation sur les marchés européens. En revanche, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel risquent de se heurter à un mur lorsqu’ils présenteront leur projet au premier ministre britannique, David Cameron. Celui-ci aura bien du mal à faire abstraction du lobbying de la City, qui craint de perdre son rang face à la montée en puissance des places asiatiques.

Preuve de l’accueil très mitigé réservé à la proposition franco-allemande, les titres des principaux opérateurs boursiers européens plongent ce mercredi. Vers 15h10, l’action Deutsche Börse perd ainsi 4,5%, tout comme celle du London Stock Exchange Group, tandis que le titre Nyse-Euronext abandonne 5,2%.