Durant cet été, les conditions de marché ne se sont nullement stabilisées durablement. Le spectre de la crise des dettes souveraines aux Etats-Unis comme en zone euro et du ralentissement de la croissance, continuent de peser sur le moral des investisseurs. Cette instabilité a notamment pour effet de conduire bon nombre de structures à remettre à plus tard leur introduction en bourse, navigant à vue quant à la date du retour de ces beaux jours pour les marchés financiers.

Le dernier exemple en date vient d’Allemagne, Siemens ayant annoncé ce mercredi le report de l’introduction en bourse de sa filiale Osram, qui pèse près de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Néanmoins, l’entreprise a confirmé vouloir réaliser cette opération et conserver une part minoritaire dans Osram à long terme. Cette opération était initialement prévue pour cet automne, mais «au regard de la haute volatilité des marchés financiers et d'un possible impact sur le secteur (...) Osram entrera en Bourse plus tard». Selon des sources citées par Reuters, l’IPO pourrait ne pas avoir lieu avant l’an prochain. L’entrée en bourse du groupe de chimie Evonik pourrait aussi être reportée voire annulée, selon la presse allemande.

Canal+, Verallia : des précédents sur le marché français

Le groupe industriel allemand est loin d’être le seul dans ce cas. En juin dernier, l’entreprise française de matériaux de construction Saint-Gobain avait annoncé le report sine die de l’introduction en bourse de sa filiale Verallia, «en raison de conditions de marché très défavorables». Le spécialiste de l’emballage en verre pour les boissons et les produits alimentaires a dégagé en 2010 un chiffre d’affaires de 3,55 milliards d'euros pour un résultat d'exploitation de 432 millions. Saint-Gobain espérait retirer près d'un milliard d'euros de la mise en vente de 40% du capital de sa filiale.

Fin août, Lagardère a lui aussi répété que l’IPO de sa participation de 20% dans Canal+ France n’était «probablement pas faisable dans les marchés actuels». En mars, Lagardère avait déjà repoussé l’introduction en bourse de sa part dans Canal+ France du fait de la volatilité des marchés alors liée à la catastrophe survenue au Japon. A l’époque, il s’agissait de reporter l’opération, initialement prévue au printemps 2011, de «quelques semaines probablement», avait indiqué Dominique D'Hinnin, directeur financier du groupe. Bien que ce dernier espère que cette opération pourra avoir lieu avant la fin de l’année, les marges de manœuvre restent serrées notamment en termes de délais.

Les 80% restants dans Canal+ France sont détenus par le groupe Vivendi qui souhaite à terme détenir 100% de sa filiale. Jusqu'à présent, les discussions entre Vivendi et Lagardère sur les 20% de Canal+ France n'ont néanmoins pas abouti. Au printemps dernier, des analystes estimaient cette participation entre 1,1 et 1,5 milliard d'euros. Cependant, cet été, les groupes de médias n’ont pas été épargnés par la tempête boursière.

Facebook, pas pressé d’entrer en bourse

Même le spécialiste des réseaux sociaux Facebook songerait à laisser passer au moins un an, soit septembre 2012, avant de lancer le processus d’IPO, selon le Financial Times. A l’origine, certains s’attendaient à une introduction en bourse au printemps prochain, bien qu’officiellement Facebook n’ait jamais communiqué de date. Cependant, la raison de cette attente ne serait pas liée aux conditions de marché, mais plutôt à l’intention des dirigeants de se concentrer entièrement sur le développement des produits et pas sur une opération boursière, d'après le journal. Certains valorisent cette opération à plus de 70 milliards de dollars. Mais, l’entreprise créée par Mark Zuckerberg pourrait être bientôt contrainte de s’introduire en bourse si elle dépasse le seuil de plus de 500 actionnaires prévu par la loi américaine.

Toujours dans la sphère internet, le site d’achats groupés à prix réduits Groupon prévoirait de s’introduire en bourse dès octobre ou novembre, selon le New York Times. D’après les sources du journal, le groupe pourrait tout aussi bien reporter son entrée en bourse si les conditions sur les marchés restaient fort instables. La société fondée par Andrew Mason avait indiqué en juin dernier avoir soumis un dossier d’IPO à la SEC, autorité boursière américaine. Toutefois, début septembre, le groupe aurait envisagé de suspendre son projet pour quelques semaines à cause de la volatilité sur les marchés.