Fin 2011, le monde comptait 196 millions de personnes au chômage. Fin 2012, ce chiffre devrait progresser à 202 millions. Ainsi, 6,1% de la population globale devrait se retrouver sans emploi selon le rapport annuel de l’Organisation intitulé "World of Work Report 2012". Ce taux devrait évoluer à 6,2% fin 2013, avec 5 millions de chômeurs additionnels.

Cet état des faits découlerait essentiellement de ce qui se passe en Europe, autrement dit du déploiement des politiques budgétaires très austères et de la mise en oeuvre de réformes structurelles du marché du travail non adaptées. "L'austérité budgétaire a jusque là été contreproductive. Elle n'a pas produit de croissance économique. Qui plus est, les réformes adoptées relativement au marché du travail n'ont pas eu d'effet positif non plus. Ces réformes, dans des situations de crise, tendent à mener à plus de destruction d'emplois et que de création au moins à court terme" commentait dans un communiqué Raymond Torres, directeur de l'Institut pour les études sur le travail international au sein de l'OIT, et auteur du rapport.

La situation est critique dans les deux tiers des pays de la région. Seulement cinq pays sur le Vieux continent n'ont pas vu leur taux de chômage déraper 2007 : l'Autriche, l'Allemagne, le Luxembourg, Malte, la Pologne.

En Espagne, le taux de chômage a atteint 24,4% à la fin du premier trimestre. C'est le taux le plus élevé enregistré en vingt ans et l'un des pires taux dans le monde. Or, en Espagne, le déficit a été réduit de 9% du PIB en 2010 à 8,5% du PIB en 2011. "La réduction a été très faible comparativement à la dureté du programme budgétaire mis en oeuvre" remarque M Torres.

Le nombre de chômeurs dans l'Hexagone a monté pour le onzième mois consécutif en mars pour toucher son niveau le plus haut depuis 1999, selon les statistiques du ministère du Travail datant de jeudi dernier.

"La détérioration du marché de l’emploi en Europe se serait propagée petit à petit dans les autres coins du monde".
La seule zone dans laquelle, le marché de l'emploi semble recouvrer une certaine santé, est l'Amérique latine, notamment en Argentine, au Brésil et au Mexique.

Un changement de cap nécessaire

Selon l’OIT, dans les pays avancés, particulièrement en Europe, le marché de l'emploi ne devrait pas revenir à son niveau d'avant crise avant 2016, soit deux années plus tard que la date prévue initialement.

Pour l’OIT, les pays européens se doivent de réorienter leur politique. «Nous comprenons, au sein de l’OIT, que les déficits budgétaires ne puissent pas rester à leur niveau actuel longtemps. Il est certes, important d'avoir une stratégie de consolidation budgétaire à moyen terme. Cependant, cette consolidation doit se faire à un rythme et avec un contenu réaliste" soutient Raymond Torres.

L’Organisation internationale recommande alors aux pays européens aujourd’hui confrontés à un marché de l’emploi sinistré de privilégier la stimulation de la qualité des emplois et le renforcement des institutions plutôt que d'aller vers une dérégulation tous azimuts.

Une meilleure utilisation des fonds structurels européens est également requise ainsi qu'une hausse des salaires minimaux pour fixer un plancher aux répercussions négatives de la récession.