Depuis plusieurs semaines, l’Espagne est au centre de toutes les attentions. Son secteur bancaire a besoin d’argent frais, sous peine de s’écrouler sous les crédits immobiliers douteux. Face à l’urgence de la situation, les dirigeants de la zone euro sont tombés d’accord, samedi, pour aider Madrid à recapitaliser les établissements les plus en difficulté. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) prêtera jusqu’à 100 milliards d’euros au « Frob », le fonds espagnol de restructuration des banques.

Cette aide, sans contrepartie en matière de réduction des dépenses publiques, est une première depuis le déclenchement de la crise grecque il y a trois ans et demi. Elle a été bien accueillie par les marchés, soulagés de voir les Européens introduire enfin un peu plus de solidarité entre eux. Il faut dire qu’ils n’avaient pas le choix : compte tenu de son poids dans l’économie de la zone euro, l’Espagne est « too big to fail », trop importante pour faire faillite, fût-ce son seul secteur bancaire.

La question qui se pose désormais est celle d’un renforcement plus durable de la solidarité, via une véritable « union bancaire ». L’idée, avancée par la Commission européenne et par l’Espagne elle-même, consiste à garantir les dépôts des épargnants de l’ensemble des Etats membres grâce au Mécanisme de solidarité européen, quitte à placer les établissements bancaires sous une surveillance plus étroite des organes de contrôle européens.

Un tel dispositif pourrait être difficile à mettre en place. Londres a déjà prévenu qu’il n’entrerait pas dans une union bancaire et veillerait à ce qu’elle ne porte pas préjudice à sa propre place financière. L’Allemagne semble pour le moins réticente à l’idée d’apporter sa garantie aux banques des autres Etats membres. Quant à la France, on voit mal comment elle pourrait accepter de placer ses établissements, très influents, sous une tutelle européenne.

Dans ces conditions, la bouffée d’oxygène apportée à l’Espagne risque d’être de courte durée. Surtout si la Grèce, qui vote à nouveau le 17 juin, tourne le dos à ses engagements européens.