Pour le PDG du groupe, d’autres turbulences macroéconomiques et politiques seront assurément à attendre dans la zone euro. Cependant la gestion de ces turbulences ne devrait pas poser problème.

Vers une mise en défaut de la Grèce ?

Pour ce qui est de la Grèce, Frédéric Oudéa ne voit pas de défaut en septembre. Parce que compte tenu des réformes et de la réduction du poids de la dette, la récession dans le pays est très importante, de deux choses l’une, considère le président «soit il y aura une re-négociation du calendrier soit il y aura une restructuration de la dette grecque détenue par les instances publiques ».

A ce jour, l’essentiel de la dette grecque se trouve entre les mains de ces instances et non plus entre celles des créanciers privés qui ont pris des pertes importantes en 2011. «Le point devrait être examiné en septembre. Je ne doute pas que la meilleure combinaison sera trouvée».

Sur le cas de l’Espagne

Pour M Oudéa, l’Espagne ne devrait pas avoir besoin d’une aide financière supplémentaire. «A la lumière des résultats publiés par les banques espagnoles, j’ai le sentiment que l’aide financière de 100 milliards d’euros est amplement suffisante. Ce montant a récemment été confirmé par des audits indépendants».

Qui plus est, les autres grands pays de la zone- Italie, France, Allemagne- ne devraient pas connaître le même sort que la péninsule ibérique. «Depuis cinq ans, les crises qui ont secoué le secteur bancaire ont résulté d'un éclatement d'une bulle immobilière, que ce soit aux Etats-Unis, en Irlande ou en Espagne. Or que ce soit en Italie, en France, ou en Allemagne, nous n’observons pas l'existence d'une telle bulle».

La nécessité de réduire les taux obligataires de l’Espagne et de l’Italie

Pour M Oudéa, les efforts considérables effectués en Espagne et en Italie ne doivent pas être annihilés par un coût d’endettement exorbitant comme c’est le cas aujourd’hui.
En conséquence, il est important au cours des prochains trimestres que des pays comme l’Espagne et l’Italie puissent accéder à des financements à des niveaux de taux raisonnables. L’Irlande est revenue sur les marchés avec un niveau de dette sur PIB supérieur à celui de l’Espagne parce qu’elle a su montrer qu’un modèle de croissance prenait le relais.

Sur ce point, Frédéric Oudéa n’a pas souhaité prendre position concernant une éventuelle future intervention de la Banque centrale européenne, sur le marché pour racheter des titres émis par ces deux pays.
La semaine dernière Mario Draghi s’étant engagé à faire le « nécessaire » pour sauver la zone euro, le marché anticipe fortement une réactivation du programme de rachat des obligations souveraines espagnoles et italiennes de la part de l’institution monétaire.
«La diminution des taux offerts sur le marché primaire sera la conséquence d'un jeu collectif entre les Etats et la BCE. Les Etats continueront à prendre les mesures qui s’imposent pour retrouver leur compétitivité et des moteurs de croissance qui ne reposent pas sur la dette. La BCE aidera à gérer la période de transition. Je suis confiant sur le fait que les outils adéquats seront utilisés par l’institution monétaire».

Interrogé sur le soutien que pourrait apporter les banques pour justement contribuer à la réduction de ces taux obligataires en investissant dans les titres émis par les Trésors espagnol et italiens, Frédéric Oudéa répond que les institutions bancaires n’ont jamais été des acheteurs naturels et qu’il est judicieux que cela demeure ainsi. «En cela, la stratégie consistant à détacher le sujet des banques et celui des pays est une bonne idée».

En début d’année, à la suite du lancement des opérations de refinancement à long terme de la BCE, la question avait été soulevée de savoir si les banques allaient se porter massivement acquéreurs des titres de dette souveraine. «Cela aurait permis aux banques de générer des résultats significatifs. Nous avions tout de suite déclaré que cela n’était pas une bonne démarche à suivre. Le risque sous-jacent était de renforcer le lien existant entre les Etats et leurs institutions bancaires et d’aboutir à ce que les difficultés rencontrées par les uns aient encore plus de répercussions sur l’état de santé des autres ».

Vers la création d’une union bancaire européenne

Une des grandes décisions qui a émané du dernier sommet européen réside dans la création d’une union bancaire européenne.

L'idée est de mettre en place un gendarme supra national qui travaillera en étroite liaison avec les gendarmes nationaux pour veiller à rétablir une solidité du système bancaire dans la zone euro qui soit sans faille et éviter d'autres dérapages dans l'avenir. «Cette union est de nature à rassurer le monde extérieur sur le système bancaire et à accompagner la transformation de ce système vers un fonctionnement plus de marché».

Effectivement, d'après le responsable de la Société Générale, les nouvelles règlementations tendent à faire évoluer le financement de l'économie européenne avec des banques qui feront moins de crédit et qui aideront davantage à un financement par les marchés. « La gestion de la sécurité de ce système dans cette nouvelle configuration sera cruciale» souligne Frédéric Oudéa.

Cette union bancaire devra certainement être dotée d’un Fonds de garantie des dépôts européen. Cependant, là-dessus, Frédéric Oudéa appelle à la patience et à la prudence. «Pour que ce Fonds de garantie voie le jour, il ne doit pas y avoir de risque matériel à devoir faire face à une solidarité. La question des banques espagnoles devra préalablement être réglée, le gendarme supra national devra être mis en place. Ce système de supervision supranational permettra d’éviter un laxisme dans la prise de risque sous prétexte qu’il y a une assurance collective».