Pour les deux auteurs, il ne fait nul doute que la situation de crise que nous connaissons aujourd’hui ne sera pas résolue tant que nous demeurerons dans la gouvernance actuelle dominée par l’intergouvernementalité. « Cette intergouvernementalité consiste en un jeu stratégique des Etats pour défendre leurs intérêts nationaux. Pour l’essentiel ces intérêts sont contradictoires. De ce fait, les compromis sont évanescents » explique Michel Aglietta.

Une nouvelle forme de gouvernance-qualifiée de « transnationalisation démocratique »-s’impose par conséquent.

Trois conditions sont essentielles à remplir pour y parvenir. En premier lieu il faut créer un ordre constitutionnel fédéral. Les décisions politiques ne seront pas ainsi perçues comme arbitraires et seront enchâssées dans ce système juridique validé par le peuple. Le Parlement européen aura un caractère souverain. La Commission européenne, comme tout organe exécutif, rendra des comptes à ce Parlement.

Deuxième condition à respecter : la mise en place d’une union bancaire et d’une union budgétaire. «Les deux unions sont indissolubles. Il n’est pas possible d’avoir un système d’assurance des dépôts commun sans avoir un budget fédéral. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’est guère fait mention de ce système dans le débat actuel sur l’union bancaire » note Michel Aglietta.

Enfin le troisième élément requis est une solidarité civique. « Si les citoyens européens ne se considèrent pas comme citoyens européens, si un processus de débat n’est pas déployé pour organiser la société européenne, alors nous n’avancerons pas vers la fondation d’une conscience européenne » s’inquiète l’économiste.

Une feuille de route

A court terme, l’idée est de mettre en œuvre certaines décisions phares qui ont été prises et d’arrêter l’austérité généralisée qui ne permettra pas le rétablissement durable de la croissance. «Les trois dernières années de resserrement budgétaire ont conduit à une diminution de 17% du revenu par tête en Grèce, de 7,5% du revenu par tête en Espagne. Nous ne pouvons pas continuer dans la même logique » assure M Aglietta.

A la place, une politique industrielle devra être définie centrée sur le développement durable. «L’horizon de l’innovation d’ici 2050 est tourné vers les enjeux de détérioration des fondements écologiques de nos sociétés. Cela suppose une adaptation au changement climatique, une amélioration du capital naturel, une instauration d’une nouvelle taxe carbone, la construction d’un système financier pour remplacer l’incapacité des banques à agir en raison de la forte réduction nécessaire de leur bilan ». C’est cette politique industrielle axée sur les considérations environnementales qui constituera la base de la recomposition du régime de croissance européen.

A moyen terme, s’imposera la création aux cotés de la Banque centrale européenne, d’un institut budgétaire européen qui aura vocation à se transformer en Trésor européen.

Le caractère réversible de l’euro

En restant dans la gouvernance d’aujourd’hui, la possibilité qu’un nouvel accident conduise par sa mauvaise gestion à un éclatement de la zone euro n’est pas nulle, met en garde M Aglietta.

«Avec Chypre nous pouvons mesurer à quel point n’importe quel choc peut créer une menace pour l’union monétaire. Il n’est pas envisageable de vivre sur le long terme dans cette situation. Il ne suffit pas d’affirmer que l’euro est irréversible pour qu’il le soit » conclut l’expert.