« Il est difficile de croire que la plus grande bulle sur le marché des obligations dans l’histoire se terminera sans carnage » a indiqué Michael Hartnett, responsable de la stratégie d’investissement au sein de Bank of America dans une note publiée ce vendredi 31 mai, destinée aux investisseurs. Pour ce dernier, « le risque d’un krach obligataire est élevé ».

Les investisseurs semblent de plus en plus nerveux face à l’éventualité de voir la Réserve fédérale américaine réduire sensiblement son programme de rachat d’actifs sur le marché. Le président de la Banque centrale, Ben Bernanke, a indiqué la semaine dernière que la Fed pourrait effectivement diminuer ses acquisitions si les membres du comité de la politique monétaire sont suffisamment confiants sur le fait que l’amélioration de la croissance économique américaine est durable.

Le taux à dix ans américain est passé de 15,8% en septembre 1981 à 1,38% en juillet 2012, note Michael Hartnett. Le gap est considérable.

Ce taux a atteint 2,09% ce matin, après 2,17% jeudi. Un pic récent à 2,23% a été touché le 29 mai.

Selon M Hartnett, le taux à dix ans américain devrait évoluer à 2,25% d’ici la fin de l’année. La Fed devrait commencer à amoindrir l’ampleur de ses opérations d’achat en avril 2014.

Le stratégiste recommande alors de s’orienter vers les actions des banques américaines, européennes et japonaises, de même que vers les actions des marchés émergents, comme le Brésil, la Chine, l’Inde, la Turquie, la Russie.

Le point de vue de Goldman Sachs

Pour les analystes fixed income de Goldman Sachs, dans une étude parue jeudi 30 mai, le mouvement de ventes massives des obligations américaines, de même que celles d’autres obligations de longue durée de pays développés, a commencé. Ces derniers conseillent également aux investisseurs de sortir le plus rapidement possible de ce compartiment. «Quiconque a trop d’obligations avec une duration importante va souffrir. Les investisseurs doivent se monter très vigilants sur les fonds lourdement investis dans les obligations de qualité, dites obligations refuges, comme les obligations américaines ou les obligations d’entreprises bien notées [ndlr obligations investment grade] ».

Les raisons invoquées sont la conjoncture économique, la possibilité pour la Fed de sortir progressivement de sa politique d’assouplissement quantitatif et les incertitudes rattachées à la stratégie menée par les autorités budgétaires et monétaires au Japon.

Le taux à dix ans américain est attendu à 2,50% à la fin de cette année et le taux à dix ans allemand à 1,75%.
Goldman Sachs a alors une vue positive sur les actions européennes. « La corrélation entre la performance du marché des actions européennes et la hausse des taux obligataires a été positive depuis 1999. Autrement dit, des taux plus hauts ont été synonymes de bénéfices en hausse ».

La conviction de Warren Buffett

Selon le milliardaire Warren Buffett, fondateur et président de la multinationale Berkshire Hathaway, s’exprimant dans le cadre d’une interview accordée à la CNBC le 6 mai, les obligations constituent un investissement terrible à l’heure actuelle. « A chacun, je conseillerais d’avoir suffisamment de cash sous la main pour se sentir confortable et d’investir le reste en actions raisonnablement pricés ».

Pour M Buffett, le prix de chaque actif détermine son attractivité. Or les obligations ont un prix artificiel du fait du rachat massif de la Réserve fédérale américaine. Cela devrait changer à un moment donné. Et lorsque ce changement aura lieu, les investisseurs pourraient perdre beaucoup d’argent en restant positionnés sur les obligations de long terme.

« Un jour prochain, les taux obligataires seront bien plus élevés qu’aujourd’hui. Je ne sais pas quand est ce que cela se produira mais je sais que cela sera le cas » a déclaré M Buffett.