« Nous sommes inquiets par la France. De ce fait, notre vue est assez négative sur ce pays sur le plan de l’allocation d’actifs » avance Mathieu L’Hoir.

Deux principales sources d’inquiétude sont mises en avant par le stratégiste : l’insuffisance des réformes structurelles et le manque de crédibilité budgétaire.

Pour ce qui est des réformes structurelles, des pas ont été faits mais un long chemin reste à parcourir surtout si l’on compare la France avec ses voisins européens, l’Espagne et dans une moindre mesure l’Italie. Le problème est que le gap apparent dans la mise en oeuvre des réformes ne peut pas être comblé à l’aide de leviers traditionnels que sont la politique monétaire et la politique de change. Au sein de l’union monétaire, la France se retrouve en concurrence directe avec des pays dotés de la même monnaie, soumis au même traitement de la Banque centrale européenne, mais qui ayant effectué des ajustements importants se révèlent à présent bien plus compétitifs.

«La part de la France dans les exportations diminue de manière constante, de même que la production industrielle. Parallèlement nous observons une hausse du chômage» déplore Mathieu L'Hoir.
Ce dernier ne s'attend pas à un inversement sensible de la courbe du chômage au moins avant le second semestre 2014. «Les entreprises françaises ont vu leur marge baisser considérablement en raison d’une rigidité des coûts du travail. Avant de commencer à embaucher de nouveau, elles chercheront à augmenter leur marge. Un retard devrait donc se dessiner entre la reprise économique et le rétablissement du marché du travail».

Du coté de la crédibilité budgétaire, en 2013 le gouvernement s’était engagé initialement à atteindre un déficit de 3% du PIB. Il terminera finalement l’année avec un déficit au-delà de 4% du PIB, présage Mathieu L'Hoir.
L’écart entre l’engagement et la réalité est donc de 1% cette année. Le dérapage devrait être de 1,5% en 2014. Autrement dit, le déficit devrait s’établir à 3,5% contre une promesse de 2%. Par la suite, pratiquement aucune contraction du déficit n’est anticipée en 2015 et 2016.
« C’est la raison pour laquelle nous pensons que le processus de dégradation de la note de la France devrait se poursuivre. La probabilité est élevée que Moody’s et Fitch suivent S&P, qui de son côté devrait en rajouter une couche ».

Une nouvelle crise ?

Cette dégradation se fera de manière lente si bien qu’elle ne sera pas de nature à créer un choc systémique similaire à celui que l’on a eu avec l’Italie et l’Espagne. « Ces deux derniers pays avaient été confrontés à une forte hausse du déficit avec un déséquilibre externe massif et une dépendance des capitaux étrangers pour se refinancer. La France n’est pas dans une telle situation. En outre, le problème de l’Espagne et de l’Italie avait été accentué par la détérioration du secteur bancaire. En France le secteur bancaire est résiliant et la qualité des crédits est relativement bonne » conclut Mathieu L’Hoir.