Plusieurs facteurs techniques expliquent la hausse de l’euro contre le dollar.
En premier lieu, le différentiel des taux d’intérêt de référence de part et d’autre de l’Atlantique. « Il y a une corrélation très visible entre l’évolution de la parité et l’évolution du différentiel des taux d’intérêt. Vis-à-vis de ce différentiel, la parité n’est que légèrement surévaluée » avance Eric Brard.

Il y a ensuite un retour des investisseurs internationaux vers les actifs de la zone euro aussi bien dans les actions que dans les obligations. Le phénomène des flux joue donc à plein dans l’appréciation de la devise européenne. « Nous avons eu énormément d'entrées dans le crédit, à la fois le crédit de bonne qualité et le crédit à haut rendement ».

Enfin, des éléments d’ambiance plaident pour une perception plus favorable à l’égard des actifs risqués au sein de l’union monétaire. Dernièrement, par exemple, l’agence de notation Standard & Poor’s a révisé à la hausse sa perspective sur l’Espagne.

Au final, l’euro se présente comme « la victime expiatoire de la guerre des devises » considère Eric Brard.

Pour l’expert d’Amundi, ces dernières années, la zone euro a appris à vivre avec une parité située entre 1,20 et 1,50. Nous serions ainsi présentement « quelque part au milieu du guet ».

Jusqu’à 1,40, la situation devrait être gérable, considère Eric Brard. A 1,50, niveau atteint en 2009, les choses pourraient s’avérer bien plus compliquées pour de nombreuses entreprises européennes, et par voie de conséquence pour la croissance de la zone euro. Il est fort probable alors, que passé ce cap, la Banque centrale européenne intervienne pour tenter d’influencer indirectement le taux de change. A maintes reprises le président de la BCE, Mario Draghi a répété que le taux de change n’était pas a proprement parler un objectif poursuivi par l’institution monétaire mais qu’il constituait un paramètre important pris en compte dans la conduite de la politique monétaire.

Pour de nombreux experts, la BCE pourrait décider de peser sur le taux de change en établissant son taux de rémunération des dépôts des banques européennes en dessous de 0.
Dans une interview accordée à Easybourse le 18 novembre dernier, Dominique Barbet, responsable de la recherche économique de marché chez BNP Paribas expliquait « historiquement, il y a toujours eu une relation entre le taux de dépôt négatif et un objectif taux de change. Lorsqu’une banque centrale décide de mettre son taux en dessous de 0 c’est très souvent parce qu’elle souhaite déprécier sa devise nationale. Même si l'argumentaire mis en avant par la BCE n'est pas celui du change, cette considération sera pleinement dans les esprits des banques commerciales et des investisseurs. Ensuite, un taux de rémunération des dépôts négatif décourage les établissements bancaires d'accepter les dépôts des épargnants. Les banques doivent en principe garantir le capital. Un taux négatif des dépôts signifie une fin de garantie du capital ipso facto. Soit les banques peuvent en vertu de la loi imposer un taux négatif à leurs propres clients, soit elles peuvent tout simplement refuser les dépôts. Les investisseurs internationaux ou les investisseurs de la zone euro sont alors davantage tentés de déposer en devises étrangères pour ne pas subir de pénalité. Ils deviennent vendeurs d'euros ».

« L’impact d’un taux de change doit s’apprécier comme un élément de l’indicateur global des conditions monétaires. L’euro est certes élevé mais toutes les autres composantes de l’indicateur -les spreads, les taux longs, les variables pilotés par la BCE, les marchés d’actifs- sont favorables. Ainsi, en dépit d’un euro fort, l’indicateur agrégé des conditions monétaires est plus favorable que par le passé » tempère néanmoins Pascal Blanqué, directeur général délégué d’Amundi.

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