Premier partenaire commercial de la Russie, l’Allemagne est également l’interlocuteur privilégié de Moscou dans le bras de fer qui se joue sur le dossier ukrainien. Or, ces derniers jours, les dirigeants allemands ont multiplié les mises en garde à l’encontre de l’hôte du Kremlin.

La Russie s’expose à des conséquences économiques et politiques «énormes» si elle ne s’engage pas dans des négociations constructives pour résoudre la crise ukrainienne, a averti Angela Merkel jeudi lors d’une allocution télévisée. «Si la Russie poursuit sur sa trajectoire des dernières semaines, ce ne sera pas seulement une grande catastrophe pour l’Ukraine, a lancé Mme Merkel lors de cette allocution télévisée à travers le pays. Cela causera des dommages énormes à la Russie, autant économiquement que politiquement», a-t-elle déclaré.

Le referendum sur le rattachement de la Crimée à la Russie, qui aura lieu dimanche, pourrait ouvrir la voie à des sanctions « rapides ». Jusqu’à présent, les Européens s’en sont tenus à des sanctions diplomatiques en boycottant les Jeux Paralympiques de Sotchi ainsi que les travaux préparatoires du sommet du G8 prévu dans cette même ville au mois de juin. Hier cependant une première sanction économique est tombée : l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a suspendu le processus d’adhésion de la Russie. D’autres pourraient suivre comme le gel d’avoirs russes par les pays européens.

Cette perspective est loin d’enchanter les marchés. Depuis un mois le Dax a perdu 7% de sa valeur tandis que la bourse de Moscou a lâché 21%. L’institut de recherche Oxford Economics estime qu’une guerre économique entre l’Union européenne et la Russie se traduirait par une hausse des prix du gaz de 15% en Europe. L’impact sur le PIB de la zone euro ne serait pas négligeable. Mais la Russie serait encore plus affectée, les sanctions pouvant entraîner une chute du rouble, un regain d’inflation et une baisse du PIB de plus de 5% d’ici fin 2015, selon cette estimation. Avec 6000 entreprises implantées en Russie, l’Allemagne est en première ligne parmi les pays européens. A titre de comparaison le CAC 40 n’a cédé que 2,5% sur un mois.