L’euro fort a-t-il fait long feu? A 1,31 dollar ce mardi, la monnaie unique affiche son plus bas niveau depuis un an et semble bien partie pour descendre plus bas. C’est en tout cas l’avis des stratèges de Goldman Sachs qui ont révisé en forte baisse leurs prévisions concernant la paire euro/dollar.

Dans une étude parue lundi, ils tablent sur une parité de 1,29 dollar à un horizon de trois mois, de 1,25 à six mois et de 1,20 à douze mois. Au-delà, l’euro poursuivrait son repli – ou le dollar sa hausse- jusqu’à atteindre la parité de 1 pour 1…en 2017. Une hypothèse à prendre avec des pincettes, l'euro ayant montré sa résistance au cours des dernières années, y compris au plus fort de la crise financière. Sur quels arguments la banque américaine fonde-t-elle sa prédiction?

Tout d'abord, la divergence des politiques monétaires de la Fed et de la Banque centrale européenne. La première menace de resserrer le crédit en relevant ses taux directeurs en 2015 tandis que la seconde a baissé les taux en juin et envisage les réduire encore dans quelques jours. Pour Goldman Sachs, il s’agit là d’un « changement fondamental de dynamique dans la zone euro », où les taux devraient rester bas plus longtemps qu’aux Etats-Unis. Les investisseurs à la recherche de rendement devraient donc se détourner des placements en euros (notamment les obligations souveraines) et acheter du dollar (bons du Trésor américain).

Ensuite, la banque souligne l’écart de croissance entre la zone euro et les Etats-Unis, qui plaide lui aussi pour un rééquilibrage du niveau de leurs monnaies respectives. L’économie américaine a crû de 4,2% au deuxième trimestre en rythme annualisé contre une croissance de seulement 0,7% pour la zone euro, et le taux de chômage est près de deux fois moindre aux Etats-Unis. Surtout les exportations américaines sont beaucoup plus dynamiques et entraînent des flux d’achats en dollars. Plus qu’une baisse de l’euro, on assiste donc à une remontée du dollar face aux principales devises. Mais cette hausse reste pilotée par la Réserve fédérale américaine qui ne laissera pas le billet vert s’envoler sous peine de saper la compétitivité de l’industrie américaine. Cela, les analystes de Goldman Sachs l'oublient un peu rapidement.