Intraitables en 2010-2011 lorsque la Grèce se débattait face à ses créanciers privés, les agences de notation se montrent nettement plus conciliantes face à l’impasse des discussions entre le gouvernement d’Alexis Tsipras et les créanciers internationaux du pays (Union européenne, BCE, FMI).

Même si la Grèce ne remboursait pas ses prochaines échéances auprès de la BCE, en juillet-août, « Standard & Poor's n'abaisserait pas la note souveraine de la Grèce à +SD+" (défaut sélectif) mais pourrait quand même la faire descendre au dessous du niveau actuel CCC », a indiqué lundi l’agence. Athènes doit rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI le 30 juin ainsi que 6,7 milliards en deux tranches à la BCE, la première de 3,45 milliards le 20 juillet et la deuxième de 3,2 milliards le 20 août. Sans prolongation du plan d’assistance financière de l’UE et du FMI (qui s’achève le 30 juin) le pays ne sera pas en mesure d’honorer ces échéances. Et compte tenu des « divergences majeures » encore constatées ce week-end, la perspective d’un défaut se rapproche à grand pas.

S&P ne considère pas qu'un Etat fait défaut s'il manque un paiement auprès de ses créanciers publics, comme le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale ou une banque centrale. « A notre connaissance, la BCE a gardé la totalité des obligations d'Etat qu'elle a reçus durant une opération d'échange (swap) en 2012. C'est pourquoi le non-paiement de ces obligations n'affecterait pas directement les créanciers privés », indique-t-elle. De même Moody's « n’attribue pas de note aux obligations actuellement détenues par la BCE », qui détient l’essentiel de la dette grecque (142 milliards d’euros), et ne déclarerait vraisemblablement pas le pays en défaut. 

La ‘clémence’ dont font preuve les agences de notation ne doit pas cacher la gravité de la situation. En effet, si la Grèce ratait l'échéance de fin juin, le FMI ne lui verserait probablement plus d'aide. La BCE pourrait de son côté mettre un terme aux liquidités d'urgence (ELA) qu'elle accorde aux banques grecques, ce qui mettrait rapidement ces établissements dans des situations intenables, notamment si les épargnants se mettent à retirer massivement leurs fonds ("bankrun"). Un scénario aujourd’hui agité comme une menace par les responsables européens. « A ce stade, les grandes banques grecques sont solvables et les collatéraux qu'elles apportent sont adéquats », a déclaré Mario Draghi, le président de la BCE, lundi lors d’une audition devant la commission des affaires économiques et monétaire du Parlement européen à Bruxelles. Mais, a-t-il ajouté, « la situation est en évolution et nous allons devoir suivre de très près » la suite des événements.